AVIS
u On désirerait trouver huit jeunes gens , n'ayant point peur de mourir, pour monter^ comme volontaires, sur un corsaire en armement à Saint-Malo. S'adresser au citoyen Godefroy , rue aux Foulons. »
AUX CITOYEIflTES PATRIOTES.
t( Celles qui voudront employer quelques instants de loisir à tricoter des bas pour nos frères des frontières, peuvent s'adresser anx citoyens Bascon , rue d'Estrées ; Bouvard, hôtel de ville ;Gathois,place d'Estrées, qui leur fourniront la matière nécessaire. »
d'vn sars-culottb bas breton. 95
ARKÉTÉ DELA jnUiriCIPALITÉ.
« Les mauvais citoyens sont divisés en trois classes :
«1 1** Les conspirateurs et chefs de parti.
Leurs têtes tomberont sur-le-champ !
t( â"" Les fomentateurs de troubles par leurs discours ou complaisances. La prison.
<c S"* Les gens modérés , les suspects, tous tartufes. L'enceinte de la ville pour prison. )>
Ma première pensée en arrivant fut de courir chez Benoist. Sa femme et lui me reçurent comme un frère ; mais je les trouvai profondément tristes.
Le sans-culoUisme régnait à Rennes dans toute sa brutalité immonde. Les vrais jacobins , qui avaient compris la terreur comme Robespierre , c'est-à-dire sans le vice , en gémissaient sans pouvoir y remédier, car ils étaient en petit nombre et le mal venait surtout des représentants en mission , alors tout-puissants. On eût dit que la plupart avaient pour but unique, d'encanailler la révolution.
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C'était Carrier qui, à son passage en octobre , avait pris soin d'annoncer à Rennes les nouvelles doctrines révolutionnaires {proclamées par Hébert et ses amis. L'athéisme, la cruauté et le cynisme en formaient la base. Le missionnaire était digne de la religion !
Il commença par ordonner l'établissement d'un registre de renseignements civiqties où chacun pourrait écrire ses dénonciations ; le renouvellement des autorités et le mariage des prêtres qu^avait éclairés la philosophie.
Le Coz, évêque dlle-et-Vilaine, s'opposa à cette dernière mesure qu'il regardait comme une violation des statuts ecclésiastiques. C'était un chrétien sincère qui avait accepté la république sans renoncer à aucune de ses croyances et comme Favénement du règne de Dieu sur la terre. Carrier le fit venir, et, s'avançant vers lui avec un geste furieux :
— Rends-moi tes lettres d'ordre ! s'écriat-il ; toutes ces jongleries doivent finir ; il faut que tu renonces à tes croyances fanatiques , il faut que tu n'adores plus d'autre divinité que la république.
D*DN SAN.S-C(ILOTTB BAS BBETON. S5
Et comme le Goz secouait la tète en gardant le silence :
— M'as-tu entendu ? demanda le conventionnel avec emportement.
— Je t'ai entendu.
— Qu'as-tu à répondre alors?
L'évêque le regarda fixement et , croisant
les bras avec calme, il se mit à répéter d'une voix lente et cadencée :
Abandonner un Dieu que Ton craint dans son cœur, G^est le crime d'un lâche, et non pas une erreur ; C'est trahir à la fois, sous un masque hypocrite. Et le Dieu que Ton prend, et le Dieu que Ton quitte.
Le soir même Carrier le fit emprisonner comme suspect!
Mais à Rennes il était trop connu et trop aimé; les patriotes sollicitaient son élargissement ; on le fit partir de nuit pour le Mont Saint-Michel.
Débile et souffrant, le Coz denianda à ses conducteurs la permission de prendre un cheval ; on lui répondit que le principe sa/cré de l'éguHté s'y opposait! il fallut marcher plusieurs jours sous la neige , les pieds en
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sang, haletant de fatigue, de fièvre!... et aucune impatience ne se trahit pourtant ; aucune plainte ne se fait entendre! tandis que rhomme soufiFre dans sa chair, le chrétien élève sa pensée au ciel et laisse tomber de ses lèvres un harmonieux cantique.
Seigneur, je te bénis ; ta bonté paternelle, Vient, en m'humiliant, me prouver ion amour ;
Qu'il est heureux, ce jour Qui me rapproche ainsi de mon divin modèle !
Gomme toi méprisé, garrotté comme loi.
Sans doute on me conduit au lieu de mon supplice ;
Voilà Tamer calice Que des hommes impurs ont préparé pour moi.
Je le boirai, Seigneur, en dépit du murmure Qu*excilent dans mon sein des sens trop délicats ;
Je saurai, sur tes pas.
Marcher avec la grâce, et dompter la nature.
Cependant au milieu de sa résignation, une inquiétude poursuit sans cesse Févêque ; s*il meurt, que deviendra ce qui lui a été confié? car il garde un trésor qu'il a su cacher jusqu'à ce moment à tous les yeux.
d'L'« sans-culotte bas BRETOIT. 27
et ce trésor est le dépôt d'un ami : c'est le manuscrit des Origines Gauloises % envoyé d'Espagne par la Tourd'Auvergne avec trente louis destinés aux frais d'impression! S'il meurt, à qui remettre le livre et l'or; s'il vit, comment les dérober longtemps aux recherches? Il y réussit pourtant à force de soin, d'adresse , de prudence ; et plus tard, lorsqu'il fut rendu à la liberté , il put annoncer à la Tour d'Auvergne la conservation inespérée de son dépôt.
Mais le malheureux évéque était sorti de prison, sans souliers, sans habit et sans ressources ; son ami l'apprit ; il voulut lui faire garder la moitié des trente louis; le Coz refusa : ce fut alors que la Tourd'Auvergne lui écrivit la lettre suivante, expression sublime de l'âme la plus naïvement grande et la plus vraiment républicaine, peut-être, de tous les temps modernes.
« Quoique je ne reçoive que vingt-cinq
I Ce n'était poiot le manutcrit original, mnis un exemplaire surohargô de nolea^ et tur lequel devait «^imprimer une teooiide edilîoni revue «t oorrigëe, des Originv» g.auIoi$¥ii.
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livres par mois en numéraire et Je reste en mandats , j*en ai assez pour aller doucement dans la vie. Je me prosterne bien plus volontiers devant la Providence pour la reihercier, que pour lui rien demander ; du pain, du lait , la liberté et un cœur qui ne puisse jamais s'ouvrir à l'ambition , voilà l'objet de tous mes désirs*
« Je vous le répète donc, que le partage soit strictement égal entre nous. Vous ne sauriez en user autrement, sans offenser mon amitié et vous exposer à la perdre pour toujours.
« La Tour d'Auvergne, n
Mais revenons à l'organisation de la terreur à Rennes.
Carrier n'avait fait qu'y passer, et son acte le plus significatif avait été l'arrestation de l'évêque le Coz ; forcé de partir pour Nantes, il laissa ses instructions à Pochole qui ne négligea rien pour le remplacer dignement.
Une commission militaire fut établie pour juger les traîtres en dernier ressort; elle
d'un SANS-Gt' lotte BAJ) BRETON. 29
pouvait condamii€r à mort sur la déposition de deux témoins , ou, à leur défaut, mr le simple procès-verbal d'unfonctionnairepublic. Brutuâ-Magnier en était président , Scévola , greffier.
— Jamais, me dît Benoist, création de tribunal ne coûta moins d'études et de soins. Pochole a fait acheter six bonnets rouges, autant d'écharpes avec médailles, le tout coûtant douze cent soixante et quinze livjres ; il a demandé six sans -culottes de bonne volonté qui voulussent gagner douze livres par jour à sauver la république, et, le lendemain, envoyait affichée sur toutes les murailles l'annonqe suivante :
« La commission militaire révolutionnaire «c tiendra publiquement ses séances chez la « veuve Bezot , rue de la Municipalité, près •( la grande halle.
• « Citoyens, si vous connaissez des scélé- « rats qui cherchent à fomenter Findisciu pline dans les armées , des lâches que ni « rhonneur, ni le devoir ne retiennent à «( à leur poste , dans les moments glorieux « d*un combat; si vous connaissez des dila-
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«( pidateurs, des conspîraCèurs, venez nous « les dénoncer et sur-le-champ vos vœux « seront remplis, vos cœurs seront satisfaits ; <( une prompte justice vous consolera date voir été témoins de forfaits envers la ré- « publique, h
— £t ils jugent tous les jours? demandai-je.
— Du matin jusqu*au soir; l'un d'eux a déjà succombé à la peine! mais la commission militaire est le moindre de nos malheurs. Là , du moins , les accusés trouvent quelque chose comme des juges : on les écoute, pourvu qu'ils ne soient pas trop longs, et on les acquitte parfois. Le fléau véritable, c'est le comité des recherches ; les vrais ennemis , ce sont les agents secrets, espèce d'affranchis dont nos proconsuls sont entourés, auxquels il faut donner une partie de ce que l'on ppssède pour ne pas être dénoncé, et qui vous dénoncent souvent pour avoir le reste. Ce n'est point Pochole que je redoute le plus ici, mais un ex-marquis qu'on appelle Gaïus et que tu trouveras partout où il y a quelque mal à faire ; un ex-prètrc,
B'CN SAIfS-COLOTTfi BAS BRETON. 51
nommé JeanBouet, qui étail obligé naguère de rester au lit lorsqu'on blanchissait son unique chemise, et qui possède aujourd'hui plus de deux cent mille livres. C'est ce dernier qui a voulu forcer Tavocat Kerdellant, chaîné de la garde des registres de rétat civil , à les jeter au feu afin de régénérer Us familles, en détruisant les preuves de leur origine. Kerdellant a eu le courage de refuser; Bouet Fa fait emprisonner comme suspect. Du reste, si tu demeures ici quelques jours, tu verras bientôt toi-même jusqu où le sans-culottisme en est arrivé.
Nous causâmes encore quelque temps, puis on vint chercher Benoist qui fut forcé de nous quitter.
. Cependant Fheure du club était venue,
-^ J'y vais rarement , me dit madame Benoist; mais, aujourd'hui mon mari ne pourra s'y rendre et je crains que son absence ne soit remarquée ; voulez-vous m'y conduire?
# J'acceptai, et nous sortîmes.
£n traversant la place du marché , nous aperçûmes un homme attaché à un poteau ;