‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 12 sur 86 · CHAPITRE PREMIER. — ABRÉGÉ DE MA VIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — ABRÉGÉ DE MA VIE

Mon. frère ayant été averti par le directeur de Sainte- Périne qu’on ne pouvait pas le garder, voulut Lien se charger de trouver une maison de santé et s’occuper des démarches à faire pour Re placer, ainsi que pour obtenir de l’assistance publique de la Seine le revenu de la somme assurée viagèrement à Sainte-Périne. I vint me chercher de bon matin avec ma belle-sœur, car mon père ne voulait voir personne, et ils n’osaien forcer sa porte sans que je fusse là. En effet, il sauta à bas de son lit et demanda pourquoi on entrait chez lui. Dès qu’on lui eut dit que c’était parce que sa fille voulait le voir : <r Laquelle ? — Hersilie. — Où est-elle qù est- elle? »

Il se plaignit à moi de cette violence. Malgré tous mes efforts, je ne pus lui persuader qu’il fallait quitter sa chambre pour m’accompagner ailleurs.

Je fus obligée de me retirer dans une autre pièce avec mon frère et ma belle sœur, tandis qu’on i'entraînait de force.

Nous suivîmes, dans une seconde voiture, celle qui l’emportait entre quatre gardiens, et nous arrivâmes avec lui à la maison de santé de Mme Reboul-Pûchebraque, rue Picpus.

Il y fut installé dans une belle chambre, claire, gaie et tranquille.

Nous allâmes, ma belle-sœur et moi, le voir le surlendemain. Il nous regarda en silence, semblant ne pas nous reconnaître. Il nous en voulait sans doute.

La visite suivante fut pareille. Désirée alors déclara que, puisqu’il ne reconnaissait plus personne et qu’il était bien, il était inutile de venir plus de deux fois par mois, et m’engagea à la prendre tous les quinze jours, afin de lui faire visite ensemble. M. le docteur Piotta, médecin de l’établissement et associé de Mme Reboul- Richebraque, nous avait accompagnées. Il nous dit qu’il y avait de l’argent et des papiers' dans le coffre-pupitre, et qu’il ne fallait pas laisser de tentation au service. Ma belle-sœur visita ce pupitre, y trouva un livret de la caisse d’épargne, différents papiers et le testament de mon père. Elle .emporta le tout chez elle : on donna un tour de clé au pupitre qu’on laissa là, après s’ètre assuré qu’il ne contenait plus rien de précieux.

Je ne pus rester quinze jours sans revoir mon père. J’y arrivai donc peu après ; on me dit à la porte qu'il n’y avait personne dans la maison portant le nom de Rony. Je demandai à parler à Mms Reboul-Ricbebraque, qui parut fort embarrassée par ma présence. Elle m’expliqua que mon frère, ne désirant pas, à cause de sa position, qu’on sût son père dans une maison de santé, tout en l’ayant fait régulièrement enregistrer sous le nom de Rouy, avait dit de ne lui donner que celui de Daniel dans le service et à la poste, « avait détendu de le laisser voir à qui que ce fût, sinon accompagné de lui ou de l’un des siens; qu’elle ne voulait pas prendre sur elle d’enfreindre ces ordres, parce que mon père pourrait me faire du mal... Je la rassurai sur ce point.

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