‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 23 sur 86 · CH AP. III. — MON ENTREE A CHARENTON · texte numérisé non relu

CH AP. III. — MON ENTREE A CHARENTON

on ne pouvait continuer à payer ma pension ; qu’eniin ces Messieurs étaient tourmentés au sujet de mes papiers. »

Je ne compris rien à ce qu’elles me disaient. Puisqu’on avait entre les mains tous les papiers que j’avais si soigneusement réunis, de l’argent, etc., que fallait-il de plus?

D’un autre côté, qui pouvait faire vendre chez moi ?

Pourquoi? Je ne devais rien à personne. Ce qu’on me disait là était faux, impossible.

Ne pouvant questionner Mme la supérieure sans compromettre celles qui m’avaient fait ces communications, et pensant qu’on m’en parlerait si c’était vrai, je résolus d’attendre les événements sans rien dire.

Les papiers, divisés en deux paquets et cachés dans mon petit panier, ne m’avaient pas été enlevés, et voici comment.

Il est d’usage de fouiller les malades à leur entrée, afin de prendre note de ce qu’elles possèdent. Les papiers, valeurs, argent, bijoux, sont portés au bureau ou rendus à la famille.

Pour éviter toute scène de violence, on visite les vêtements après le coucher ou à l’heure du bain. J’ignorais cette circonstance et ne compris pas pourquoi, lorsque je me rendis au bain, mes compagnes me conseillèrent de cacher mon petit panier. Pourtant je le plaçai derrière la baignoire avec mes poches dessus, et mis tous mes vêtements sur une chaise. A peine fus-je

dans l’eau, qu’on emporta cette chaise pour fouiller et inventorier mes effets, et je m’applaudis d'avoir pris les précautions qui m’avaient été conseillées. Quand je rentrai dans la division, on crut mes poches et mon panier visités, et on ne s’en occupa plus.

J'ai dit en quelles circonstances la soeur Saint-Sauveur s’empara des papiers contenus dans mes poches.

Le 22 septembre, je reçus la visite de l’inconnu qui s’était présenté chez moi peu avant mon enlèvement. Il me dit avoir pris le titre de docteur et le nom de Chevalier pour parvenir jusqu’à moi, parce qu’on ne pouvait refuser à un médecin de voir une malade.

Il m’engagea à lui rendre les papiers, qui pouvaient m’être pris ou ne serviraient qu’à compliquer l’affaire, et l’argent, qu’on emploierait à payer ma captivité pendant vingt ans et à me dépouiller de ma possession d’état et de mon nom connu, au lieu de me servir à obtenir justice. Il valait mieux aller à la Salpêtrière, où un employé était chargé spécialement de s’occuper des affaires des malades, et là, si j’étais interrogée, dire ce qui m’avait été dit, en priant ceux qui voudraient bien me prendre sous leur protection de faire examiner mes papiers, et de voir si la confusion qu’on s’efforcait d’établir sur mon état civil ne datait pas de mesures prises en 1814.

Il me dit que si j’avais besoin des papiers et de l’argent que je lui restituais, je n’aurais qu’à m’adresser

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