CHAP. VI. — DE CHARENTON A LA SALPÉTRIÈRE
à la Salpêtrière, mais moi! moi!! Et à cette idée, la pauvre petite fondit en larmes, tant la chose lui parut abominable, inouïe, etc., etc....
Je ne savais plus que faire pour la consoler... de mes malheurs, et je pris, pour atteindre ce but, un petit air indifférent sur mon sort, qui, je l’assure, n’était pas vrai du tout, car j’avoue que le cabanon me faisait voir les choses en laid, et même en très-, laid.
Cette jeune femme, après avoir dit tout ce que l’indignation pouvait lui suggérer, finit, par se calmer un peu en ne me voyant pas trop chagrine, et elle me raconta que c’était la seconde fois qu’elle passait par la préfecture de police, parce qu’elle était pauvre, avait de fréquentes rechutes; que sa maladie durait assez longtemps, et que son mari aurait été obligé de payer ou de faire des démarches extrêmement pénibles s’il ne l’avait placée pour un mois à Charenton, qui, n’étant plus payé, la transférait comme indigente à la Salpêtrière, ne gardant les gens que tant qu’il y avait de l’argent pour eux.
Je ne savais pas encore comment on s’était arrangé à mon sujet ; mais j’avais vu plusieurs personnes à Charenton à qui semblable chose était arrivée, et qui me l’avaient racontée, comme étant un moyen très-commode de se faire soigner pour rien.
On m’avait bien dit qu’on était moins bien à la Salpêtrière qu’à Charenton ; que l'argenterie était
MÉMOIRES T)’ CNE ALIÉNÉE.
remplacée par l’étain, mais aussi... on ne payait pas !
Il y avait environ une heure que nous étions là toutes deux, quand on nous amena une épileptique fort méchante, à ce qu'il parait, car la malheureuse était souillée de bave, de houe, et camisolée au cadenas Sitôt
arrivée, elle fut prise d’un accès, tomba, et je n’eus que le temps de mettre une des couvertures sous sa tête pour l’empêcher de se la casser contre le bois du lit et la pierre
A cette épileptique succédèrent deux idiotes à ne
pas prendre avec des pincettes Le gardien les
annonça par leur nom, tout haut.
Une fois tout ce personnel installé, on nous apporta à chacune une jatte de bouillon... (gras à en allumer un lampion), un gros morceau de bœuf et un plus gros morceau de pain ; enfin, de quoi ne pas nous laisser mourir de faim, j’en réponds, le tout dans des écuelles de bois, avec des cuillères pareilles.
Je fis mon repas, et ma pauvre compagne, sur ma prière, suivit mon exemple... Puis, voyant que les idiotes ne regardaient que dans le vague, je me mis en devoir de les faire manger, ce qu’elles firent aussi machinalement qu’elles regardaient.
Comme j’étais occupée à cette besogne, on tira brusquement les verrous, et la porte s’ouvrit toute grande .
Deux hommes s’arrêtèrent sur le seuil.
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