‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 43 sur 86 · ASILE DE FAINS · texte numérisé non relu

ASILE DE FAINS

;pyj 1 Huit jours après, cependant, le docteur avait permis id’ouvrir ma fenêtre, m’avait rendu mes effets, cher- : ichait à m’être agréable, tout en me tenant strictement Jenfermée. Mais il s’occupait beaucoup de moi, de mes affaires.... J’étais sa captive; il était méridional ; j’eus Speur.... Je saisis l’occasion de cette période de bien- Iveillance pour lui écrire et lui demander, dans l’intérèt de la tranquillité générale, de signer ma sortie, sans chercher à débrouiller ce chaos. Cette lettre le ; mit hors de lui; il me fit aussitôt enlever encre et pa- . pier; sa fureur, son agitation étaient inconcevables.

J’eus la nuit suivante une transpiration si abondante que je dus quitter mon linge mouillé. N’en ayant pas ! d’autre à ma disposition, je me couvris de deux jupons, d’une écharpe de laine et d’un châle qu’on m’avait laissés. Quand l’infirmière m’apporta mon déjeûner, je lui remis mon linge hors de service, qu’elle porta à la sœur d’office pour en avoir de rechange.

Malheureusement, la supérieure, Mme C..., qui dès mon arrivée m’avait été hostile et avait monté le docteur contre moi, était aussi vive, aussi emportée que lui. Voyant cette fille ma chemise à la main, elle cou- ! rut dire à M. Auzouy que j’étais sans chemise dans ma chambre, ce qui lui fit penser que j’étais nue et me conduisais sans doute scandaleusement.

J’étais bien, par le fait, sans chemise, tout en étant fort décemment couverte, et déjeûnais tranquillement, quand la porte s’ouvrit avèc violence. M. le doc-

teur entra comme une bombe avec la supérieure, et, sans rien examiner, la sœur d’ofûce et deux infirmières sautèrent sur moi, m’arrachèrent mon châle et mon tricot, me mirent nue jusqu’à la ceinture devant le docteur et me garottèrent dans la camisole de force, enmoins de temps que je n’en mets à décrire cette scène, qui pouvait me rendre folle de saisissement.

On s’empara de mes effets, des petites bottines d’étoffe qu’on m’avait déjà prises une fois, et que la domestique m’avait rendues en secret. On mit tout en pièces; on coupa ma pauvre robe de chambre; on en arracha les garnitures et les dentelles, pour me punir, disait-on, de mon orgueil et de ma coquetterie. On jeta au feu ce qui semblait trop beau pour une indigente, même une petite tabatière d’écaille contenant de la poudre de quinquina. Mes bottines eurent le même sort, quoique j’eusse immédiatement déclaré les 900 fr. qu’elles contenaient.... Mes 900 fr. furent flambés!

Le lendemain, à la visite, je demandai froidement du papier pour écrire aux ministres. Le docteur, effrayé des conséquences que pouvait avoir la scène du 13 octobre, courut dire au directeur que je voulais le poursuivre en « attentat à la pudeur. y> M. Barroux vint me voir aussitôt; il me parla avec douceur et bienveillance, et me fit donner ce que je demandais.

Comme ce n’était pas le docteur Auzouv qui avait porté la main sur moi, mais, une religieuse et deux servantes, sous les yeux de Mme la supérieure et les

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siens ; qu’on l’avait poussé à cette violence par de faux rapports, je me bornai à raconter la scène, sans en jeter sur lui toute la gravité.

Cependant, aussitôt mes lettres parvenues à la préfecture, M. Chadenay, préfet de la Meuse, fit accompagner et surveiller la visite par un de ses employés. Cela n’a duré que trois jours, et naturellement, pendant ces trois jours, M. le docteur Auzouy a été fort convenable.

Quelques jours plus tard, M. le préfet est venu luimême me voir, et je lui ai raconté la scène du 13 octobre, en lui montrant que je n’avais plus rien qu’un jupon et une petite écharpe en tricot de laine, ce qui était insuffisant, aussi bien pour me lever que pour la saison qui s’avançait.

M. le préfet fit des observations, et le châle qui m’avait été arraché de dessus les épaules me fut rendu. Le reste fut jugé inutile, puisque je ne bougeais pas de ma chambre et pouvais* à la rigueur, rester au lit.

Ce n’est qu’après la visite du procureur impérial qu’on me rendit ma malheureuse robe, toute décousue et déchirée.

Pourtant, trois jours avant sa venue, ne voulant sans doute pas me laisser paraître devant lui en chemise dans mon lit, on m’envoya un petit caraco. Depuis le départ de mes lettres, on m’entourait de soins. J’en fus touchée; je crus au repentir, et lorsque M. le procureur impérial vint pour recevoir ma plainte, je l’aban-

.MÉMOIRES D’iiNE ALIÉNÉE.

donnai, me bornant à lui exposer les faits, à demander mon passage dans une autre maison et à réclamer mes papiers de Charenton.

M. Leroy, le substitut, les lit demander par le juge de paix de Saint-Maurice.

On répondit à la justice ce qu’on avait répondu à l’administration de la Seine : qu'il n’y avait rien à moi dans cette maison.

Je m’adressai alors à M. l’abbé Raulx, aumônier de Fains, en le priant d’écrire lui-même et directement à Mme la supérieure. 11 le fit avec une grande obligeance, après s’en être entendu avec le directeur. Mme la supérieure lui répondit, courrier par courrier, qu’elle avait retrouvé les papiers au secrétariat, (où il est prouvé qu’on ne les avait jamais eus), et qu’elle mettait ce fatras, ainsi que mes effets, à sa disposition, s’il voulait bien les envoyer chercher en remboursant 7 ou 8 fr. qui restaient dus.

Cette lettre fît sensation. Mais on ne donna aucune suite à cette affaire, parce que le docteur Auzouy, étant allé à Paris, y reçut tout à point des offres d’argent faites en ma faveur par un père anonyme , voulant me procurer un peu de bien-être, un piano, de la musique, etc.

Exaspérée par ces faux renseignements venant du dehors compliquer encore le mystère qui m’entourait, je refusai ces offres et réclamai mon acte de naissance, en déclarant énergiquement que M. l’astronome Charles

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