LE CRI DU PEUPLE
Accourons tous ! L’étranger nous menace ; Dans son orgueil il lève un front hautain ; •Sur notre France il veut marquer sa place Et nous tenir dans sa puissante main !
En combattant, apprenons-lui, mes frères, A respecter la force de nos bras.
Courons, amis! courons à nos frontières; 1 Pour le pays devenons tous soldats ! )
Élançons-nous dans la lutte sanglante ; Que devant nous tout fuie épouvanté ; Que le marin, sur la vague écumante,
A nos accents réponde, transporté !
Unissons-nous, et que chacun s'écrie En lui donnant jusqu’à son dernier jour. N’oublions pas que c’est à la patrie Que nous devons notre premier amour !
bis.
Entendez-vous ? la gloire nous appelle !
A son accent volons de toute part;
Que sur les murs d'une cité rebelle Flotte en tous lieux, flotte notre étendard I Que l’ennemi courbe sa tête altière;
Que de la France il reçoive la loi...
Mais épargnons et sa fille et sa mère; Ayons pitié de leur mortel effroi!
Ne pleurez pas! L'honneur, c’est l'existence Pour tout Français connaissant sa valeur! Nous reviendrons au lieu de notre enfance: Calmez, mes sœurs, calmez votre terreur ! Ecoutez bien ! c’est un chant de victoire Qui dans les airs retentit bruyamment.... Vive la France! En célébiant sa globe, i Partons, amis! pai tons joyeusement ! )
Allons, partons ! ifais quoi! mon cœur chancelle. Et je fléchis au moment du départ !
Adieu, ma mère! adieu! Peine cruelle!...
11 faut partir!... Allons, point de retard !
Du combattant gardez la souvenance,
Si près de vous il ne revenait pas.
Dites alors : s II est mort pour la France ! « | ^ . C'est un bonheur qu’un semblable trépas! f ’
Dédié à l'armée française par Hersilie Rour.
Le 1er août 1870.
CHAP. XVI
PÉTITION' AUX CHAMBRES
J’avais vainement cherché un refuge dans tous les établissements de charité publics et privés ; je voulais, en prenant des témoins de la nécessité affreuse qui me réduisait à cette extrémité, demander à rentrer dans un asile d’aliénés, un paradis, disait-on, auprès du dépôt de mendicité, seul abri qui me fût ouvert... et encore moyennant quinze jours ou trois semaines de démarches, tandis qu’il m’eût suffi de signer une lettre L’Antéchrist, ou de dire que j’entendais la voix de Dieu, pour être aussitôt arrêtée, envoyée à la Salpêtrière et transférée en province. Je savais par expérience comment cela se passait Mes amis s’y
opposèrent formellement ; cette résolution désespérée pouvait, malgré toutes mes précautions, être transformée officiellement en rechute. Ils me rappelaient avec instances.
Le désastre de Sedan arriva. J’adressai en quittant Paris une demande d’admission au dépôt de mendicité, afin d’avoir un gîte à tout événement, et le 14 septembre je fus installée, 5, rue de la Grille, à Orléans, tout près de M. et Mme le Normant, qui m’envoyaient ma nourriture de chez eux lorsque j’étais trop malade pour aller m’asseoir à leur table hospitalière.
Puis Orléans fut envahi, et les ennemis m’ayant t chassée de chez moi à deux reprises, je fus recueillie par ces dévoués amis. Ils me donnèrent la chambre de leur fille absente, celle de leurs fils étant occupée par des blessés et leur salon par des Prussiens.