‹ Mémoires d'une aliénéeChapitre 69 sur 86 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Suites d'une réparation amiable.

Les journaux de Paris ayant annoncé la mort du fils cadet de mon frère, je publiai le 8 janvier 1879, dans le Moniteur Orléanais, une note plus détaillée affirmant de nouveau ma possession d’état. Je voulais savoir si elle me serait encore contestée au moment où le ministère en faisait une reconnaissance éclatante. Quelques jours après, les trois journaux d’Orléans publiaient une lettre de moi conçue en ces termes :

Monsieur le rédacteur,

Ce n’est pas pour revenir encore sur ce qui concerne ma séquestration et rna sortie des Hospices d’Orléans, où j’ai eu le bonheur de rencontrer dans l’administration des hommes de cœur et de persévérance, qui ne m’ont pas abandonnée dans la détresse où je me suis trouvée, et dont le nom est dans toutes les bouches, que je m’adresse aujnurd hui à vous ; c’est que je ne puis exprimer, comme je le voudrais, ma reconnaissance à toutes les personnes qui m’ont secourue de leur bourse, de leurs sympathies et de leurs démarches, et que je suis trop faible et trop malade pour écrire individuellement à chacune d’elles.

Aussi ai-je recours à la publicité de votre estimable journal,

que vous avez toujours mise si généreusement à ma disposition, Monsieur le rédacteur, pour faire savoir à tous ceux qui ont bien voulu me porter intérêt ce qui m’est dernièrement arrivé d’heureux.

(Après avoir rappelé ici mes divers secours, ma pension, mon indemnité et ceux auxquels je les devais, je terminais ■ ainsi : )

Après vingt-quatre années de misère, de luttes incessantes et d’indicible douleur, je suis heureuse de vous faire connaître cet acte de justice, de réparation et surtout cet antécédent ; heureuse aussi de savoir que tout ce que j’ai souffert ne restera pas inutile, et que des mesures sont prises pour qu’on ne se fasse plus un jeu de la loi, quelle qu’elle soit, en se mettant à couvert derrière un certificat d’aliénation mentale.

Veuillez recevoir, etc.

Hersilie Rouy.

J’envoyai à M. Georges Rouy, secrétaire au journal le Siècle, fils de ma sœur et par conséquent petit-fils de mon père et de ma mère, un numéro du 8 et un du 14 janvier 1879, pensant que la famille devait avoir connaissance de la note nécrologique et de ma lettre.

Huit jours après, M. Alexandre Godou, rédacteur en chef de Y Avenir du Loiret, donnait à M. le docteur Halmagrand un pli qu’il venait de recevoir, et M. Besson, rédacteur en chef du Moniteur Orléanais, remettait un pli identique à M. le vicomte d’Aboville.

C’était une note non signée que je transcris ici :

On vous rappelle aujourd'hui obligeamment qu’on ne doit pas publier de fausses nouvelles sur les dires erronés d’une vieille demoiselle de soixante-sept ans, qui a été folle pendant vingt-quatre ans.

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