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CHAP. XXII. — SUITES D’UNE RÉPARATION AMIABLE

On veut bien vous dire ceci : MUe Hersilie est née, en 1812, à Milan , de M. Charles Rouy et de Mademoiselle Chevalier, M. Rouy étant marié à Mme Stevens, laquelle femme légitime est décédée ultérieurement, de sorte que MUe Hersilie, déclarée Rouy sur les registres italiens, se verrait dépouillée de ce nom à la moindre demande de rectification d'état civil, fait qui a été reconnu par V Assistance publique.

Quant à la question séquestration (bien gros mot !} M1'8 Hersilie a été conduite par ordre de la police administrative dans un asilede l'État, etil faut réellement croire que les honorables docteurs de cet asile n'y ont pas prodigué leurs soins à une personne, pendant vingt-quatre ans, sans qu’il y ait un motif sérieux à leurs yeux de l’y conserver.

Il n’y avait pas de réponse à faire; il n’y avait qu’à constater une fois de plus, et toujours pièces en mains, que ma malheureuse famille parle de tout à tort et à travers, croit pouvoir renseigner, influencer, gouverner tout le monde, sans rien savoir de ce qu’elle dit ; que déplus, depuis vingt-cinq ans, elle fait scandale, cherche à me déconsidérer partout, ne recule devant aucun moyen pour cela, attaque jusqu’à l’honorabilité de ses propres parents pour me forcer, malgré moi, à lui donner, à ses dépens, une leçon dont elle souviendra assez, je l’espère, pour devenir prudente à l’avenir.

Je me bornai à adresser poste pour poste, à M. Georges Rouy, un numéro du Journal du Loiret que je ne lui avais pas encore envoyé, plus un numéro du Mouvement médical du 18 janvier 1879 publiant in extenso une lettre que j’avais adressée au docteur Halmagrand au sujet de mes sueurs si abondantes, si

extraordinaires: elles avaient duré quatorze jours, sans interruption, dans l’hiver de 1860 et me faisaient dire, à moi, si rebelle aux larmes, que mon corps sanglottait malgré moi. Le docteur avait accompagné ma lettre de ses observations personnelles sur ce que j’avais éprouvé depuis qu’il me soignait, et le Mouvement médical avait publié le tout. J’avais précisément été prise d’une crise analogue au moment où j’obtenais ma pension, et on avait bien cru que je n’y survivrais pas.

Cette communication mit fin, pour le moment du moins, aux rectifications anonymes de a fausses nouvelles et fausses affirmations. »

M. Camescasse avait succédé à M. de Crisenoy. Je venais de toucher le trimestre de ma pension dans les premiers jours de juillet, lorsque mes hôtesses, MMllcs Moufflet, vinrent m’-apprendie, tout étonnées, qu’elles avaient reçu la visite du commissaire du quartier, venant leur demander :

1° Quelles étaient les personnes que je fréquentais ;

Celles que je recevais;

3° Quelles étaient leurs opinions politiques ;

4° Si moi-même je ne parlais pas politique et si elles pouvaient donner quelques détails sur mes opinions.

Elles avaient répondu que j'étais fort malade, ne sortais presque jamais, ne m’occupais que de mes affaires, et avaient donné les noms des quelques personnes qui avaient la bonté de venir me voir.

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Très-surprise d’être eu butte à une semblable inquisition de la part de l’autorité, j’en parlai à M. le Normant, qui obtint, de la bouche même du commissaire, la confirmation de la démarche qu’il avait faite par ordre de M. le préfet du Loiret.

Je crus devoir quelques explications à M. Cames casse, aux yeux duquel on semblait vouloir transformer en affaire politique une affaire de séquestration et d’état civil, et je lui adressai un exposé des faits avec une lettre dont voici les passages essentiels :

Monsieur le directeur,

On est venu de la part de la préfecture du Loiret aux renseignements sur moi, et d’après cette enquête j’ai acquis la certitude qu’on ne savait en aucune façon ce que signifiait le secours que je reçois du ministère.

C’est très-naturel.

Ayant été cachée pendant quatorze ans dans les asiles d’aliénés sous le nom de Chevalier , on ne connaît réellement

que ce nom La pension que me faisait (bien malgré lui)

M. Durangel était inscrite sous le nom de Chevalier ( aliénée ) (1).

Ce n’est que depuis l’étude sérieuse et sur documents authentiques que M. de Ci isenoy a faite de mon affaire que cette pension et cette indemnité m’ont été allouées, sous mon nom légal d'Hersilie Rouy, par l’arrêté du 30 novembre 1878.

La transaction qui a mis fin à toutes revendications de ma part doit être au dossier du ministère.

Ce n’est pas, comme vous le verrez en lisant le rapport de votre prédécesseur à M. de Marcère, une charité que M. le Ministre me fait sur les fonds dont il dispose ; c’est une indem-

(1) Bien qu’elle me fut payée à Orléans sous celui de Rouy.

nité, une réparation qu'il m’accorde et que j'accepte sous forme de secours, pour amoindrir les conséquences de faits monstrueux et pour empêcher un affreux scandale.

Je n’eus pas de réponse de M. Camescasse ; mais ma pension continua à m’être servie régulièrement.

Tranquille sur mon sort, M. le Normant n’en poursuivait que plus activement son désir d’une réforme générale, et rien plus que ma lamentable histoire ne pouvant en démontrer la nécessité, il se mit en rapport avec un des conseillers généraux de la Seine qui avait pris chaudement à cœur la question des aliénés, tant au point de vue de leur bien-être, fort peu sauvegardé dans les asiles, que des finances de la ville, souvent gaspillées sans profit. L’honorable M. Manier reçut avec grand intérêt nos communications et nos documents, étudia mon affaire et y découvrit précisément un point qui, en venant à l’appui de son argumentation, lui permettait de développer et de faire connaître les nombreux abus dont j’avais été victime du premier au dernier jour de ma séquestration.

Il saisit la troisième commission, dont il faisait partie, d’une proposition tendant à recouvrer les frais d’entretien de Mlle Hersilie Rouy, retenue pendant quatorze ans dans les asiles de la Seine et considérée à tort comme indigente.

Cette commission, dite de Y Assistance publique, était composée de MM. Lafont, président; Bourneville,

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