L ECOLE DES ACROBATES
Il existe un traité, datant de 1579, sur renseignement de la Danse de corde. Il a pour titre: « Trois Dialogues de V Exercice de sauter et de voltiger en ïair^ par le sieur Archange Tuccaro, de l'Abbruze, au royaume de Naples. — A Paris, chez Claude de Monstr'œuil, tenant sa boutique en la cour du Palais, au nom de Jésus. »
Ce traité est précédé d'un sonnet enthousiaste, adressé à son auteur par le sieur Beau vois de Chauvencouit, angevin. Le voici, encore qu'il soit médiocre, avec ses concetti sur le prénom de Tuccaro, mais il montre le cas qu'on faisait, au xvi'' siècle, d'un art dédaigné aujourd'hui.
Se lancer dedans l'air, dans son vuide azuré, Voltigeant, y tracer d'un corps prompt el agile Mille tours et retours, puis se trouver liabile, A terre, d'un plein saut, sur ses pieds asseuré
Faict croire à Tignorant que ce vol aëré N'est seulement conduit que de la main subtile D'un démon imposteur, pauvre sot et débile Qui voudroit que tout fust par son œil mesuré.
Archange docte, expert par son discours, démontre Qu'en cet art ne se faict de charme aucun rencontre Et que la seule cause est sa dextérité.
Il mérite entre tous une double louange
Et qu'on sacre son nom à la postérité.
Car bien dire et sauter sont les faicts d'un Archange.
Ce traité, que prisaient fort les acrobates d'antan, prend Tapprenti sauteur au début même des exercices, et recommande de n'aller que très progressivement. « La première et plus grande diligence et le plus considérable advis dont doyve user nostre maître sauteur en Finstruction de son disciple est de trouver le moyen de Taccoustumer peu à peu dextrement à perdre la crainte naturelle que Ton peut avoir en toutes les choses difficiles à entreprendre, estant le plus souvent occasion de faire abandonner une entreprise de grande conséquence, comme serait celle de faire faire la volte au petit enfant...»