BU
Bu
Quan seray morta rebond me {Bis, Al pus priou de la cava a, e, i, o u, etc.
Bit)
Tots los romious que pa««aran (Bis) Prendran ayga senhada a, c, i, o, u, etc.
E diran : Quai es mort ayssi ? Bis) Aco's la paubra Joana
a, e, i, o, u, Aco's la paubra Jonna.
Quand le bouvier vient du latour.
Plante son aiguillon
a, e, i, o, u. Plante son 3igui.lon.
Trouve Joane au pied du feu Toute désordonnée
a, e, i, o, D, Toute désordonnée.
Si es malade, dites oui!
Te ferons un potage
a, e, i, o, u, etc.
Avec une rave et un chou, Une alouette maigre a, c, i, o, u, etc.
(Bis)
Bis)
'Bis)
Quand je serai morte, enterre-moi Bis) Au plus profond delà cave a, e, i, o, u, etc.
Mets moi les pieds à la manille, Bis La tète juste la canelle a. e, i, o, u, etc.
Tous les pèlerins de Rome qui pas?e- Prendtontdel'eaubé;ute roiit Bis] a, e. i, o, u.etc.
Et diront : Qui est mort ici?
C'est la pauvre Joane
a. c, i, o, u, C'est la pauvie Joane.
varie d'intonation, de mouvement. — Au premier, il laisse voir sa lassitude. Il plante son aiguillon, s'en fait un appui. Lesvoye ll< a ei o u, marquent surtout le rhythme et le trait de l'aiguillon qui pique le bœuf. — Au second couplet, douloureux étonnement. Il croit trouver sa soupe prête, et Joane est là, inerte, dans le demi-rêve de l'ivresse. — Le troisième et le quatrième se chantent dans une délicate ironie. Il voit bien son état, mais feint de la croire malade, semble s'intéresser. — Réplique superbe au cinquième couplet. Elle n'est ni humble, ni repentante. Toute à sa vision, elle la poursuit au delà du présent, ne prie pas, ordonne.— Au sixième il v a ime mélodie imitative d'un bel effet. On voit les pèlerins qui passent. La voix porte indéfiniment, eile imite le défilé. — Le dernier couplet semble venir d'en bas. La voix est lente, plaintive, voilée. C'est la vie qui, comme le chant, se meurt.
A cette poésie de l'arrière-saison se mêlaient parfois quelques ombres. Cet homme qui labourait la terre et dont nous suivions le chant d'année en année, n'allait-il pas bientôt nous quitter?
Le jour de la Saint-Martin, il se fait un grand mouvement dans nos campagnes. On déménage d'une ferme à l'autre. A cette entrée de l'hiver, toujours austère, nos parents eussent aimé à sentir près d'eux la sécurité, à ne pas voir l'étranger sous leur toit.
Notre maison n'était pas indépendante de la ferme, elle en évitait seulement le regard. Hou père n'avait pas voulu tenir ses métayers à distance comme des ennemis.
Dès que le jour baissait en hiver, nous avions des appréhensions. Notre propriété, par ses fourrés, ses corridors de charmilles, son petit bois, ménageait partout des retraites d'où l'œil pouvait nous suivre.
Une nuit, lorsque, toutes portes closes, la maison dormait profondément, ma mère s'approche de mon lit, me secoue, me dit : « Lève-toi. » À l'instant je fus droite sur mes pieds. Je saisis d'une main mal assurée les plis de sa jupe, et la suivis à tâtons dans l'obscurité. Elle tira doucement le verrou de la porte, se glissa sur la terrasse, serrant le mur. La lune, nouvelle de quelques jours, se couchait, ne donnant qu'un faible rayon. Les ormes projetaient sur nous leurs ombres. Nous avancions presque invisibles. Ma mère s'assit, et moi près d'elle. La nuit était tiède. Je luttais entre le sommeil et la peur. Tout à coup je me redressai: «Regarde, me dit-elle. » Une pâle lumière sans rayonnement s'avançait dans le jardin. On eût dit une luciole. Était-ce un esprit? un fantôme? Il me semblait en voir la forme vague. Il venait sur nous, allait nous atteindre... Je tressaillis, mes cheveux se dressaient. Je tirai du côté de mon père, je n'es-
pérais qu'en lui. Ma mère, calme et brave, ne l'éveilla pas. Elle frappa de ses deux mains et vivement sur les volets. La lumière s'éteignit, tout disparut.
Un matin de novembre, la domestique entre au dortoir dans une grande agitation. «Madame, nous sommes volés! Plus une seule poule! La serrure a été brisée I » Tout le monde se lève, on cherche. D'une centaine de poules, une seule restait blottie, dans les hauteurs, jetant des cris rauques. On ne pouvait la ravoir. Mise à la lumière elle courait, fuyait, cherchait h se cacher, n'en tendait plus la voix de ma mère.
Malgré l'importance de ce vol, mon père était bien tenté de ne porter aucune plainte, craignant de trouver trop près les voleurs. Mais il n'était pas seul en cause, d'autres fermes avaient été pillées. La maréchaussée fut mise sur pied. On trouva, en partie, nos malheureuses poules, liées, déjà vendues sur le marché d'une ville voisine.
282 TRISTES EFREOVES.
Mon père sentit ses inquiétudes plus vives. Peut-être déjà songeait-il à son départ, à notre abandon. Il décida la famille de Jean à venir s'établir chez nous. Nous aimions ce Jean de tout notre cœur ; il nous avait un peu élevés. Le bonheur fut grand de voir arriver les deux frères, leur mère, la Raouline, et sa petite fille à peu près de mon âge. La mère, bien plus fine que la Mélette, n'avait pas ses sombres visions. J'aimais à lui entendre dire aux voisines des histoires de foyers éteints parce qu'ils avaient été mal gardés du follet, ou de fournées de pain manquées, parce que le lutin s'était malicieusement absenté. Cela ressemblait de bien près aux espiègleries que je connaissais. N'était-ce pas nous mêmes? J'écoutais avec un sourire. Le soir seulement, s'éveillaient de petites curiosités du côté du pétrin. Je m'élevais sur la pointe des pieds pour regarder dedans. J'allais m'asseoir sous le manteau de la grande cheminée. La flamme du sarment finissait. Sur la braise qui s'avivait, se mourait, semblait respirer, à la fin, je croyais voir, moi aussi, quelque chose, la danse d'un fugitif esprit.
Jean, le dimanche sous l'auvent, contait à mes frères des légendes, et leur apprenait des coin-
plaintes. Parfois il les traînait d'une voix plaintive. On aurait dit un chant de trépassés. J'écoutais de la porte, le cœur gonflé. Celui de mes frères s'échappait. Nous songions aux tombes du petit bois. Avertis que la ville faisait des processions dans les cimetières à la Toussaint, nous nous disions : « Personne ne vient prier pour nos morts. Si nous allions chanter pour eux? » Tous ensemble, et d'autant plus forts, nous partions à la nuit tombante. Nous mêlions dans notre ignorance aux cantiques d'Église ces mélodies rustiques. Il en est qui semblent venir de dessous terre, sourdes et basses. On dirait le gémissement d'une âme captive, le soupir étouffé de l'attente l.
La présence de ces bons fermiers rassurait la maison. Mais justement de ce côté, elle fut for-
1 A regret, je ne puis les placer ici, près de ceux que je dois à l'obligeance de deux personnes : M. Garisson, l'éminent poète, l'un des hommes les plus lettrés de l'Europe, et M. Devais, Térudit archiviste qui n'a pas seulement le savoir infini des actes et des pièces, mais le sens du pays, et tous ses souvenirs populaires. En parlant do lWveyron, j'aurais voulu pouvoir citer ses travaux si curieux sur nos souterrains tro- -lod\ tiques, ces primitifs asiles qui servirent tant de fois 4ans les mêmes dangers.
temenl attristée. Ce brave Jean, l'excellent jardinier, qui presque était de la famille, Jean tire au sort et tombe. A la vue des gendarmes, au bruit des éperons, des sabres, sa pauvre mère s'évanouit. Celui-ci était le plus jeune de ses enfants et le plus aimé. Jean ému, tint bon et fut ferme, dit : « Je suis prêt. » Elle, s'attachait à son cou, désespérée. Lui, s'arrachait, la calmait d'une voix, étranglée de douleur. « Allons, allons, ma mère ! » Nous le suivîmes en pleurs. Nous venions de perdre un ami.
Les épreuves s'enchaînent. Un jour d'automne de cette triste année, mon père reçut une visite qui le retint au jardin. Le ciel était sombre, à l'orage, on avait peine à respirer. En rentrant il était plus pâle. Il demanda ma mère, fit un effort pour aller jusqu'à elle, tomba de sa hauteur, sans un mot, sans une plainte. Je ne sais qui le releva, ni comment il se trouva porté sur le lit de mon frère. Ma mère, dans une terreur extrême, s'efforçait de le faire revenir. Il était assis, les yeux ouverts, mais semblait ne voir, ni n'entendre. Mon frère en vain s'était jeté sur lui, l'enlaçait de ses bras et le suppliait de parler. Il restait sourd, ne bougeait plus.
J'étais au pied du lit clouée par l'épouvante et par une chose plus cruelle, par la timidité que je gardais près de ma mère.
Ma vision allait donc s'accomplir. J'avais vu mon père couché sur ce même lit, et me tendant les hras. Je voulais m'y jeter, l'étreindre, et de mes baisers lui refaire la vie. Mais un être invisible me tenait à distance. Et mon père toujours m'appelait. De loin je le voyais fondre, s'évanouir. . . Ce n'était plus qu'une ombre, cette ombre m'échappait.
Que la réalité était plus déchirante!... Je me
mourais Mon regard, je ne sais comment,
allait de lui à son portrait. Celui-ci semblait le vivant. Il regardait, il souriait, les yeux tournés vers moi. Ceux de mon père, froids et déjà reculés dans l'orbite, étaient d'une fixité terrible. Dieu pourtant cette fois ne retint pas son âme, il eut pitié de nous. Peu à peu il s'éveilla, nous vit, mais de la main nous éloigna.
Nous n'étions pas sauvés. L'hiver venait contre nous. Ses ombres furent pesantes, continues et sans éclaircies. Malgré les instances de ma mère, mon père garda ses habitudes et coucha dans son cabinet. Nous allions la nuit l'écouter respirer.
Le malin, je courais prendre de ses nouvelles. Deux ou trois fois je trouvai la porte fermée. Son chien fidèle qui veillait, s'inquiétait, timidement grattait. Mon père ne lui répondait pas... Ah! si c'était fini! Je n'osais ni ouvrir, ni avancer. Mais je parlais au chien, j'élevais un peu la voix pour être entendue... Puis j'écoutais. — Une faible et douce voix enfin me rassurait. « Viens, entre, ma princesse. » Je m'élançais. Oh! cette fois plus de prudence! Je livrais tout, ma joie, mes craintes. J'étais longue à me rassasier de baisers, de caresses. «Voyons, disait mon père, allume mon feu et fais-moi mon café. La nuit a été mauvaise, mais tu vas me faire revenir. Tu seras ma petite Circé. » Je ne savais pas bien ce que c'était que cette Circé, mais à coup sûr elle ne ferait pas si bien le café de son père.
Quand la faiblesse était trop grande pour qu'il quittât le lit, il me recommandait ses animaux. J'ai parlé, dans l'Oiseau, du chien Tombo, fils de la louve, qui, je ne sais comment, nous vint de sa forêt. Mon père avait senti que ce sauvage, haï, d'autant plus était malheureux. Mes frères lui faisaient mille misères qui le rendaient féroce. On eut peur et on le perdit. Il revenait toujours,
brisait cordes et chaînes. Il était vieux alors et presque mourant. Je le mis dans mon chaie, chez moi, dans l'ombre et le silence. J'allais l'y voir et le soigner. Il se traînait à moi, posait sa tête sur mes pieds. Ses yeux, déjà voilés, ne pouvaient me quitter, me suivaient quand je m'éloignais.
Il me fallait tout conter à mon père au retour de ces visites. — «Et Moquo, que fait-il? Est-il venu me voir ce matin, me demander? » Si c'était par le temps froid, il me disait : «Tache de le prendre, de me l'amener. » Moquo et moi nous nous connaissions. J'allais, je lui parlais. Il venait, le pauvre malade, se laissait prendre, emporter. Sans que mes frères le vissent, je le passais de mes bras dans ceux de mon père, qui témoignait une véritable joie de le tenir 'près de lui chaudement. Il me faisait tirer les rideaux de l'alcôve pour lui garder nu peu la nuit, le rassurer. Les deux amis, dans celte paix douce et Ira quille, oubliaient, s'endormaient.
Nous reprenions confiance, lorsqu'un dernier coup nous vint qui faillit emporter toute la famille.
Envoyés, par ma mère, près d'un voisin malade, nous en rapportons le typhus. En décembre, nous sommes atteints, mon frère aîné et moi, le même jour.
Cette maladie terrible, à son apparition, décima le pays. Nous qui vivons encore, en sommesnous jamais revenus? Atteints dans les profondeurs de la vie, nous sommes désormais restés faibles.
Ma mère se lit garde-malade, couchant entre nous dans le cabinet de mon père. Il n'était plus là. Mon frère occupait son alcôve. Et moi, d'un petit lit, placé près de la porte, je regardais sans cesse dans mon délire, vers une personne, qui, dans la chambre d'à côté, allait, venait, se couchait, semblait aussi malade.
L'excès du jeûne qu'on imposait alors aurait suffi pour nous tuer, ou nous rendre fous. Dans l'exaltation de la fièvre, je voulais toujours m'échapper, m'élancer, vers l'image mouvante que mes yeux ne quittaient pas. Parfois, elle venait à moi, et se penchait, je croyais la sentir. Tan-
TRISTES ÉPREUVES. k28'J
tôt je l'attirais, tantôt la repoussais avec effroi.
Mon frère luttait plus fortement contre le mal, n'avait pas, après les accès, les prostrations profondes qui semblaient l'agonie. Pour moi, deux ou trois fois on crut que c'était la fin. Malgré le froid d'un cruel hiver, malgré la neige, de jour, de nuit, venait le médecin (le docteur Calvinhac), ami plein de zèle et de cœur. Il espérait peu. Sa contenance nous condamnait. Un matin, il balbutia quelques mots, croyant n'avoir plus à revenir.
Mon père ne cacha pas son désespoir. Il se dit que s'il perdait l'ainé son espérance, sa princesse qui le chérissait, ce serait son arrêt de mort. Il aimait mieux: finir. Des paysans le virent dans notre petit bois, frappant les arbres de sa tète. Revenu à nos lits, il eut de funestes tentations. Allant de l'un à l'autre, nous embrassant, restant sur nous, il prit de ces baisers dans la mort môme, le germe de noire maladie. Ainsi dans le délire, si loin déjà, j'avais senti que cette ombre qui se penchait sur moi, c'était lui.
Nous revécûmes ensemble, et nous revîmes le printemps.
Nous voilà donc encore tous trois sur la terrasse, lui, dans un grand fauteuil, nous à ses pieds le contemplant, lui souriant et reprenant la vie dans son regard .