‹ Mémoires d'une enfantChapitre 3 sur 13 · TRADUCTION LITTERALE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LITTERALE

L'agneau que m'as donné S'en est allé paître la prairie.

L'agneau que m'as donné S'en est allé paître dans le pré.

S'en est allé sur l'herbe, le pauvre S'en est allé pour chercher sa mère L'agneau que m'as donné S'en est allé paître dans le pré.

sauvages que lous auraient arrachées, et qui étaient mes favorites.

Près de l'eau, aux petits bassins qu'avaient creusés les pluies d'orages, à la lisière du bois, naissaient, vivaient, mouraient, des forêts de piaules naines, délicates et blanches étoiles, clochettes d'odeur suave. Tout cela, mystérieux, éphémère, d'autant plus aimé, regretté.

Ma mère dormait encore, nous étions seules entre nous... mais voilà la cloche qui sonne, il faut aller reprendre le travail surveillé.

Si j'étais comme l'alouette, vive et gaie, j'avais ainsi qu'elle, certaines timidités craintives, qui parfois, tout à coup, font qu'elle se blottit au sillon. Un mot, un regard, une ombre, c'était assez. Le sourire s'effaçait, je rentrais toute en moi, et je n'osais bouger.

« Pourquoi ma mère a-t-elle préféré se donner, après moi, trois garçons plutôt que trois filles? » Cette question singulière me revenait souvent. « Les garçons ne lui servent à rien qu'à déchirer des blouses qu'ils ne savent pas raccommoder... Si elle avait songé à moi, au plaisir <[i4.' m'eût fait une sœur, une petite sœur! Que je l'aurais aimée î grondée peut-être par mo-

ments, mais surtout tant caressée! Nous aurions travaillé, joué ensemble, sans penser à messieurs nos frères. »

Ma sœur aînée était trop loin de mon âge. Entre nous, c'était tout un siècle. Je ne me rappelle pas l'avoir jamais vue enfant à la table d'étude. C'était une jeune créole, toute au ménage ou à l'aiguille. Elle languissait sur les livres. Mon père, non sans tristesse, la laissait à ma mère. Tout la séparait de moi. Elle allait à la ville, moi jamais. Au retour, elle s'enfermait avec ma mère. Sans entendre, je sentais bien qu'elle en rapportait tout un monde qui m'était étranger.

J'avais bien un ami (mon cbat Zizi) , mais si volage! ce n'étail pas un compagnon, je le tenais à peine. La gouttière le charmait bien plus que mes genoux.

Je cherchai en moi. Je me disais : Comment me faire une compagne? et comment crée-t-on les poupées?

Je n'imaginais pas dans ma solitude qu'on les achetât toutes faites. Je croyais bien plutôt que les' mamans aidaient leurs filles à les faire, qu'elles en fabriquaient elles-mêmes. Je ne doutais pas que ce ne fût en faisant et refaisant des

poupées, que ma mère en était venue à avoir des enfants comme nous. Mais d'où commençât-elle? et que fut sa première poupée? J'aurais bien voulu le savoir. Comment oser le demander?

Tourmentée et presque malade de ces idées, je sentais la difficulté de sortir d'embarras. Le menton dans la main, je songeais, je réfléchissais aux moyens de créer seule mon petit enfant. — La passion domina la crainte, et j'entrepris de tirer tout de moi

Le bois m'eût semblé dur. La froide argile m'aurait glacée. Je pris un beau petit linge blanc, bien net et j'y plaçai une poignée de son, net aussi.

Là j'étais comme les sauvages qui veulent avoir un petit dieu à aimer et à adorer. Ils lui font une tète pour penser et entendre ce qu'ils diront, un buste, comme un cœur pour sentir. Le reste importe moins et flotte aux limbes de l.i vie ;i venir. C'est ce que je fis, arrondissant d'abord la tête et liant fortement. Le cou vint, un peu roide, une bonne poitrine suffisamment bombée. Pour le

bas, mon étoffe, qui flottait décemment, me dispensa d'y trop songer.

Les bras (deux petites branchettes bien ouatées) avaient peut-être peu de grâce. Mais ils étaient mobiles , ils remuaient comme d'euxmêmes... Je fus saisie d'admiration. Et pourquoi ma petite tout entière ne remuerait-elle? J'avais appris déjà qu'au premier jour Dieu souffla sur Adam et Eve. De mon cœur ému, de toute ma vie de six ans, je voulus lui donner la mienne, je soufflai... Et je regardai... Elle ne bougea pas. — N'importe, j'étais sa mère, elle m'aimait... C'était assez.

Le danger ajouta à nos sentiments mutuels. Elle naissait à peine qu'elle me remplit d'inquiétude. Comment la garderais-je?

Entourée de garçons malins, les ennemis jurés des poupées de leur sœur, je cachai bien vite la mienne, dans un coin obscur, au fond d'une remise. Nous étions en hiver; nos visites étaient difficiles et raies. Cet isolement d'elle à moi me la rendait encore plus chère. — Je jouissais presque de celte privation. Ne la voir qu'à la dérobée, dans le mystère, me faisait une joie à part d'autant plus vive. Parfois cependant, il me la

fallait absolument près de moi. C'était dans les soirées tristes qui suivaient un jour de pénitence. Je ne concevais d'autre consolation que de coucher avec elle. Quand je la retirais toute froide de son pauvre réduit, je m'oubliais, m'attendrissais sur elle, la couvrais de baisers. Pour la réchauffer, je la plongeais dans mon petit lit près du chat frileux qui tenait ma place. A l'heure du coucher, je la mettais sur mon cœur encore gros de soupirs, et elle soupirait avec moi. Si dans la nuit je ne la sentais plus, je m'éveillais tout à fait, je la cherchais, le cœur me battait fort. Souvent elle était au fond du lit, je la ramenais, je croisais mes bras sur elle, et je me rendormais heureux

Tout cela vous fait rire. Eh bien, vous avez tort. Si j'avais eu une autre amie, celle-ci eût été moins pour moi. Je l'aurais caressée, bercée, mais sachant très-bien ce qu'elle était. — Ma solitude en fit uneàme. — Même les grands parents ignoraienl sa naissance. Eut-elle été aussi mienne si iiKin père el ma mère l'avaient connue? J'aimais mieux la soustraire à tous les regards. Au jardin, quand nous étions seule-, c'étaient des dialogues sans fin. Je la grondais bien un peu,

mais ne la punissais jamais. L'envoyer coucher avant l'heure, la mettre au pain sec, frapper son petit corps à peine formé, m'eût semblé trop cruel. J'aurais trop souffert, je me serais punie moi-même. Si j'avais quelque peine, je ne lui parlais pas de moi, je préférais lui conter des histoires de petites filles malheureuses qui s'en allaient se perdre dans les chemins, bien loin. Le soir, on cherchait avec des lumières, on appelait. . . C'était fini, l'enfant était perdue et pour toujours.

Une chose me manquait. Ma poupée avait une tête, pas de figure encore. Je lui aurais voulu des yeux pour s'attacher aux miens, un petit sourire , une physionomie , quelque ressemblance avec moi.

Le dimanche était le grand jour où chacun, ayant vacances, se livrait à son occupation favorite. Celle de l'enluminure faisait fureur chez nous. En hiver, autour du feu, les plus jeunes peignaient des soldats. Deux coups de pinceau dans la verticale formaient le pantalon, deux coups dans l'horizontale donnaient les bras. Quelques pâtés marquaient le reste. Mon frère aîné, véritable artiste, et qui avait de fines couleurs,

enluminait des jupes, des corsages de jeunes filles. Nous regardions d'un œil ébloui et charmé les merveilles qui naissaient sous ses doigts.

Ce fut dans ce jour de préoccupation générale que ma fille bien cachée sous mon tablier arriva invisible au milieu de ses oncles trop absorbés pour rien voir autour d'eux. Le difficile était de saisir les pinceaux, de tracer les premiers traits, J'en vins à bout, mais ne fis rien de bon ; ma main trembla, tout alla de travers.

Alors, je pris un parti héroïque, ce fut vaillamment de parler, de demander le secours de mon frère. Il fallait que la tentation fût forte pour oser braver les malices de tant d'espiègles.

J'avançai, et d'une voix que j'essayais d'assurer (quoique au fond très-émue), je lui dis : « Voudrais-tu taire une figure à ma poupée? » Et lui, d'un grand sérieux, sans montrer nulle surprise de cette exhibition imprévue, la prit, l'examina, parut choisir les pinceaux qui convenaient le mieux, puis, d'un coup de main rapide, il traça deux larges raies en croix rouge et noire et me rendit ma poupée en éclatant de rire. L'étoffe n'était pas gommée, elle but avidement; les couleurs se mêlèrent, c'était pitié...

Exclamation de tous, on se jette vers moi, pour voir comment est faite cette merveille. Un cousin, qui faisait avec nous son dimanche, la prit, l'envoya au plafond. Elle retomba durement, s'aplatit sous le choc. Je m'élançai la relever, et le mauvais garçon l'eût payé sans sa fuite.

De ce jour commencèrent nos épreuves. Epiées dans nos tête-à-tête inquiets, nous n'eûmes plus cet heureux abandon des premiers temps. Que de fois la pauvre poupée cachée, mais découverte dans le buis, dans les herbes, fut malmenée! Tout le monde lui faisait la guerre, jusqu'à mon chat Zizi, qui pourtant couchait avec elle. Si d'aventure elle tombait sous sa patle, si mes frères, par un malicieux plaisir, la lui livraient en mon absence au beau milieu des allées poudreuses, c'était un jeu pour lui. Prise, reprise, lancée, rattrapée, lancée encore, ce n'était bientôt plus qu'une masse grise, informe et souillée de poussiriv.

Avec la persistance du grand amour, je refaisais sans cesse ce cher être toujours détruit, et chaque fuis je rêvais de mieux faire. Ce désir de me rapprocher de la réalité calmait un peu le ehagrfs de mes pertes. J'en vins à façonner la

laille, à la faire suivre de jambes assez bien modelées. Une fois, sans trop savoir comment, la jambe prit au bout forme de pied ; je fus émerveillée. Mais plus je faisais de progrès, plus les railleries étaient amères. C'était à me décourager.

One circonstance réveilla mon espoir. J'entendis dire à nos cousines que le bonhomme Noël descendait la nuit de la fête par la cheminée et mettait un souvenir dans les souliers des petits enfants. Je ne l'oubliai pas. A Noël, je mis mon sabot dans le foyer d'une chambre solitaire, et dedans ma poupée, pour que le bonhomme Noël comprît mon souhait. J'aurais voulu qu'il la douât, la fit bulle, semblable à l'enfant de mes rêves.

Le lendemain, malgré le froid très-vif, je ne fus nullement paresseuse, je courus à la cheminée. Je n'y trouvai que ma fdle, non transformée, mais glacée et transie, qui m'en fit ses reproches et reprit un moment chaleur dans le petit lit de sa mère.

Mon frère aîné avait déjà près de neuf ans. Sur lui se concentrait l'attention de la famille, Mon père, qui avait enseigné et qui s'entendait en éducation, ne voulait ni l'éloigner de lui, ni le tenir seul sans émulation, avec des frères si jeunes. L'enfant restait distrait sur ses livres; il eût mieux aimé peindre ou sculpter, comme il le fit plus tard assez adroitement. Pour l'animer, mon père crut devoir lui chercher un camarade de son âge. Il en fit son compagnon spécial, l'asseyant près de lui à la table d'étude, et ne les séparant ni de jour ni de nuit.

Mes petits frères, d'abord tenus à distance par leur sauvagerie et parce que notre aîné voulait avoir son ami à lui seul, se reportèrent un peu

vers moi, jardinèrent un peu avec moi, ce qui me semblait fort doux. Mais bientôt aux récréations, assez habilement, par de petits services, ils se firent accepter du couple souverain. L'association ne tarda pas à être complète. Les jeux en furent plus vifs. On ne regarda pas en arrière. La sœur n'eut plus personne.

Mon travail assidu près de ma mère, mon naturel timide (quoique vif et ardent au fond) me tenait séparée de ce monde bruyant, espiègle, sans gêne. Et pourtant dans mon a parte, toute petite que j'étais, sans me l'avouer nettement, j'entrevoyais comme en rêve un ami possible qui m'aurait appuyée, gardée par moments de la turbulence de mes frères, de ces taquineries qu'entre enfanls les garçons n'épargnent guère au\ filles.

Mais ma dignité de six ans me commandait d'attendre ; même parfois appelée par mes frères, je restais sur mon petit banc. J'étais peu rassurée. Le sans-façon des miens pouvait être imité du camarade, assez doux, mais rieur. Et alors tout serait iini. Au total, un sens assez fin me faisait bien comprendre qu'on a tout à gagner à ne pas faire les premiers pas.

Jacques ne se tourna pas vers moi. Grand garçon de neuf ans, il tenait bien plus compte de ma sœur qui en avait douze. Elle l'occupait visiblement. Il semblait fort content quand, par hasard, il se trouvait près d'elle à table.

Pour la première fois je regardai ma sœur, son visage, ses jolis cheveux, sa taille, qui était d'un roseau. Je dis tristement : « Elle est belle. »

Moi je touchais à l'âge ingrat où rien encore ne perce de la beauté future, où l'âme même ne peut se trahir. Elle entrait dans l'adolescence, à son premier moment, délicat, onduleux, charmant. J'admirai, n'étant point jalouse. Volontiers mon petit cœur blessé n'eût cherché d'abri qu'elle.

Solitaire, je retournai vers ma solitaire, ma poupée. Je m'épanchais avec ma chère petite confidente. Près de celle-ci du moins certainement j'étais plus jolie.

Tout en la chérissant, je n'étais pas fâchée d'être mieux que ma fille. C'est le péché de bien des mères.

Le conte pathétique de /(( Belle et la Bête, que je ne ne savais pas, était quelque peu mon

histoire. Mais à l'inverse de cette pauvre Bête, qui n'osait plus se regarder, je m'en allais au bord d'un réservoir, m'y mirant, espérant me trouver embellie. Mon père m'y vit, et crut bien faire, sans doute, de m'ôter toute illusion. Il dit un jour à des amis tout haut : « Ma princesse sera toujours laide, mais elle sera intelligente. » Arrêt définitif. Toute parole de lui était article de foi. Ma mère, d'ailleurs, à chaque instant le confirmait assez. Nul ne me disait le contraire.

Malgré la douceur du Midi, notre Montauban, qui a derrière lui le haut et froid Rouergue, et fait comme une pointe élevée sur le Tarn et l'Aveyron, est assez rude l'hiver. Parfois il neige. Le jour est bas. Nos cruelles engelures nous renfermaient. Nous étions trop heureux alors de mettre nos mains endolories dans la fourrure vivante de notre chat, et d'écouter les belles histoires.

Chacun suivait sa pente, marquait son caractère dans ses récits. L'un de nous, vif, ardent, avait la passion des déluges, des grands boulevcr-

gemeots du globe. Il culbutait sans peine toute la création dans les eaux. Tout était emporté, il ne restait plus rien. « Mais, lui disait-on, comment, la terre fut-elle encore peuplée? » Nul embarras. Il appelait à son aide le grand vent de la Genèse, et il ressuscitait tout, finissant gravement ainsi : « Les hommes étaient desséchés, mais ils n'étaient pas morts. » C'est l'histoire des rotifères qu'on ressuscite à volonté.

Mon frère Antonin, d'une nature pensive, réfléchie, savait déjà quelques-uns des beaux récits de mon père sur les traditions des sauvages de l'Amérique du Nord. Il préférait nous les redire plutôt que d'en chercher de nouveaux dans son imagination. La nôtre était vivement excitée par la vue d'un fort beau dessin qui représentait un animal singulier, gigantesque, que nous savions avoir élé l'habitant du pays de ma mère : le mammouth. Mon frère nous contait non son histoire, mais sa fin tragique. Nous l'écoulions sans nous lasser jamais.

« Anciennement, disent les sauvages, un troupeau de ces géants vint à Bigbone, où il commença une destruction générale des daims, des élans, des bisons et des autres bètes que le

Grand Homme avait créées pour la nourriture des Indiens. Le Grand Homme regarda d'en haut, vit cela. Aussitôt il prit sa foudre, descendit sur la terre, se plaça au sommet d'une montagne, sur un rocher où l'on voit encore l'empreinte de ses pieds. De là, il foudroya ces géants jusqu'à ce qu'il les eût entièrement détruits. Le chef du troupeau restait. Il levait fièrement sa tête contre le Grand Homme et repoussait avec son front les foudres qui descendaient. Une fois, il manqua son coup et fut blessé dans le flanc. Il en ressentit une douleur si vive qu'après avoir tourné en rond il se mit à bondir et s'élança au delà des grands lacs où il vit encore. »

Mon frère aîné avait pour lui les fées et les génies. Entre nous, je suppose qu'il prenait le plus beau aux Mille et Une Nuits. Mais nous n'en savions rien et nous l'admirions fort.

Il n'aimait à prendre la parole qu'à la nuit tombante, lorsque la lampe n'étant pas encore allumée, le feu éclairait seul la grande chambre, laissant de côté de longues ombres.

Tant que durait la description des palais en-

chantés, tout éblouissants de lumière, des jardins parfumés, des grottes étincelantes de pierreries où les princesses égarées se paraient, nous ne nous sentions pas d'aise, nous jetions de petits oh ! admiratifs qui soutenaient l'éloquence du narrateur. Mais quand dans le profond silence des pakis déserts tonnait toutàcoup la voix desgénies irrités, ou qu'ils tombaient du ciel dans un éclat de foudre, quand surtout ils prenaient des figures repoussantes, notre cœur se serrait, nous rapprochions nos petites chaises, nous regardions instinctivement du côté du feu pour nous rassurer. Mais la crainte nous ramenait plus souvent vers les angles obscurs d'où nous croyions voir sortir ces démons.

{'écoutais en retenant mon haleine, pour savoir ce que les fées feraient de leur pouvoir. Peu étaient bonnes; il y avait bien de méchants sorts jetés aux pauvres imprudentes. Mon frère, pour s'affermir lui-même, se réfugiait volontiers dans le sourire de quelque fée bienfaisante. Après avoir cédé à l'entraînement du fantastique, il finissait presque toujours par quelque image gracieuse, rassurante pour notre sommeil.

D'autres merveilles aussi faisaient diversion.

Jacques avait vu Paris, la grande ville, si loin ! si loin de nous ! au bout du monde. Il avait vu le Roi et le palais du Roi, les Tuileries, ce jardin magnifique qui valait ceux des fées. Quand, à la Saint-Philippe, on lui montrait de la terrasse au loin quelques fusées tirées de Montauban, il pensait aux feux d'artifice de Paris et riait des nôtres. Mes frères lui faisaient raconter les revues, décrire les uniformes, sans doute pour mieux peindre leurs soldats. Moi, je tenais plus pour les reines qui se montraient au peuple dans leurs beaux habits de gala. J'en étais curieuse pour ma poupée, pour moi peut-être.

Il n'en savait pas long là-dessus, quoique son père eût des fonctions aux Tuileries, et que la reine et les princesses eussent fort gâté Jacques et sa sœur, donnant à celle-ci une poupée vraiment merveilleuse. Cette poupée avait des yeux mobiles, des dents... S'en servait-elle pour manger? J'aurais bien voulu le savoir; rien ne m'aurait étonnée venant d'une si puissante reine. Je n'osais le lui demander. Un sourire moqueur était toujours sur ses lèvres lorsqu'il me regardait.

J'avais eu aussi un malheur. La grande reine connue dans nos pays, c'est la fameuse et infor-

tunée princesse dont la montagne garde encore le haut château de Bruniquel. Je m'avisai un jour timidement de lui demander si la reine Amélie n'avait pas quelque chose qui ressemblât à Bruiiehaut. Il en rit fort. Je fus humiliée.

Yl

LES SORCIERES

Je n'en pouvais douter, on en voulait à ma poupée. Je surprenais mes frères se parlant bas entreeux, el leurs regards d'intelligence ne me promenaient rien de bon. Ils m'épiaient. Pour les dérouler, suis cesse je la changeais de place. Que de nuits elle passa à la belle étoile ! Si on l'avait, que de rires et de moqueries! Jacques était fort moqueur. Pouvait-il comprendre que pour moi, dénuée de tout, ma petite amie de chiffon valait autant que la poupée royale qui faisait l'orgueil de sa sœur? Souvent j'aurais dit volontiers : ce Jacques, je n'ai que cela... Ne riez point, ne vous moquez pas. » L'cùt-i! compris? je ne sais. Mais les mots ne pouvaient me venir. Je n'aurais trouvé que des larmes.

Pour tout finir, j'en vins à m'en priver ; je la mis dans un coin obscur. Je semblai l'avoir oubliée. Faut-il le dire? j'eus même une idée trèscruelle, une très-mauvaise tentation. L'amourpropre sauvage faillit étouffer l'amour... Lueur d'un moment, mauvais songe... Que me serait-il resté, si je n'eusse plus eu à l'aimer, celte chère petite qui après tout était moi-même? Je me reprochai cette idée. Je m'en voulus de ma faiblesse qui me faisait la délaisser. Toujours seule dans les ténèbres, ne pouvait-elle avoir peur?

Il eût fallu que d'un coup de baguette la bonne fée dont me parlaient les contes, et dont j'avais k tète pleine, la douât, l'embellit, en fit une belle enfant que j'aurais pu montrer au jour. Ma mère, pour ses enfants, n'était-elle pas aidée par les fées? Je n'étais pas loin de le croire. A la naissance de mon jeune frère, on m'avait montré au jardin ta place où on l'avait trouvé pleurant sous la rosée.

La fée sans doute l'avait mis là la nuit. C'est à minuit, dit-on, qu'elles descendent quand les enfants sont endormis. Couchée tous les jours 4 huit heures, à neuf, j'étais loin de ce monde. Le matin, je m'éveillais triste, mais sans perdre l'espoir de vaincre une fois le sommeil.

Je désirais et je craignais. Il y avait aussi des fées mauvaises. Que serait-ce de moi, si pour la bonne fée venait une horrible sorcière? Les vieilles femmes que l'on nommait ainsi, et qui couraient dans les campagnes, étaient faites pour en donner peur. Elles venaient dans ces troupes sinisi res de pauvres inquiétants qu'on craint dans les fermes écartées : Elles savaient bien qu'on les craignait, et se grimaient pour sembler plus farouches. Leurs cheveux jaunes et roides dépassaient leur coiffe en désordre. Elles allaient marmottant, parlant comme avec un esprit. Elles s'arrêtaient devant les animaux, les arbres, de leur bâton faisaient des passes. Je les voyais venir à la grange, pousser rudement la barrière. l'entendais leur voix chevrotante, leur rire aigu et jeté par saccades. Je voyais luire dans l'ombre leurs paupières creuses qu'elles plissaient pour donner aux yeux, perdus dans le fond de ce vide, un elïei diabolique qu'ont seules nos vieilles du Midi.

Noire fermière, la Mélette, prétendait savoir la puissance que chacune pouvait exercer. Elle disait tête basse : «Celle-ci brûlera notre pailler... Janille, ferme la porte, en voici une qui garde à

ta mère malade de mauvaises paroles... Cette nuit, la Noire est descendue par la cheminée pour me rentrer les côtes; je la vois là-bas qui ouvre le portail. Ah! notre monsieur avec sa bonne âme nous fera avoir des malheurs ! Voilà le Philibert qui a eu un veau à deux têtes parce que ses enfants se sont moqués de la vieille Bouillante... Ne ris pas, malheureuse! elles pourraient te jeter le mauvais œil et te changer toi-même. »

Dans la journée, ou bien encore l'été où les nuits sont si courtes, je revenais de mes frayeurs, mais dans l'automne je me retrouvais plus craintive. En hiver, lorsqu'il me fallait aller chercher mon lit sans lumière, j'avais même peur de l'air que je respirais. Une fois perdue sous mes couvertures entre mon chat et ma poupée, je reprenais confiance.

Parmi ces vieilles, il y en avait une toute petite, qui, dans son corps réduit à rien, semblait avoir une ardeur diabolique. Elle ne marchait pas, elle courait. Curieuse, elle entrait par-

tout. Sans parler, les lèvres bridées sur sa mâchoire édentéo, elle examinait les personnes et les choses. Ses yeux perçants vous traversaient et vous clouaient sur place. Quand de son nez pointu et de son regard fauve, elle avait inspecté tous les coins, elle sortait ou s'asseyait sans dire ni bonjour, ni bonsoir. Elle prenait son pain et son argent comme chose due, parfois même, elle vous jetait un coup d'œil de côté que je trouvais plein de haine. C'était la terreur du pays. Notre vieille Molette se signait trois fois dès qu'elle se montrait au détour du chemin. Jeanneton, la lessiveuse, que tous nous aimions tant, nous criait : « Enfants, fermez ma porte... Jésus ! si elle me voit seulement, elle va faire tourner ma lessive. »

Moi, je me cachais à son heure. La malicieuse vieille s'en était bien aperçue. Une semaine, elle manqua son jour, et mon père disait : La sorcière n'est pas venue, il faut qu'elle soit malade. Mon père se trompait, ce méchant esprit se portait très-bien. N'y songeant plus, je me promenais en travaillant, lorsque je vis d'un coup surgir la vieille de derrière un pailler. «Ah! mon Dieu, m'éeriai-je, la sorcière!

— Eh! oui, mademoiselle, la sorcière, vous allez voir, vous allez voir...» Elle courait sur moi, le bâton levé, ricanant d'une façon qui m'achevait. Je restai devant elle sans bouger, et elle, se trémoussant sur place, jouissait de mon épouvante. Je jetai un regard éperdu vers la ferme, tous étaient absents. — N'y tenant plus, et désirant rentrer sous terre, je levai mes bras vers elle, et je lui dis : « Sorcière. . . , madame, ne me changez pas ! — Ah ! oui , sorcière, madame, vous avez peur n'est-ce pas? Eh bien ! tenez. » Elle étendit sur moi son bâton. Je crus que c'était fait, que je devenais bête, et mon saisissement fut affreux. Alors elle jeta un grand éclat de rire et partit sans rien demander.

Les sorciers m'effrayaient bien moins que les sorcières. Notre Mélette, j'en fis l'observation, s'en occupait peu. Ceux qui passaient pour tels nous arrivaient souvent fort gais des verres de vin bus sur la route. Ils semblaient bons enfants, je ne craignais pas de leur parler.

Mon père présidait aux aumônes. Sous sa garde, moins alarmée, je regardais un peu nos vieilles,

en leur offranl le pain et le demi- vin qu'on donnait. Les yeux un peu fermés (pour qu'on ne vit pas trop ce que j'avais encore de trouble), je distinguais bien les rieuses dont l'abord me glaçait, et les tristes, qui m'allaient mieux. Une surtout m'avait rassurée. Elle ne demandait pas du ton âpre des autres vieilles. Elle avait le regard voilé, des timidités singulières. J'aurais voulu savoir d'abord ce qui la rendait si triste, elle qui, étant fée, avait tout pouvoir pour être heureuse. Si elle se montrait bonne pour moi, je lui raconterais à mon tour mon histoire, mes peines, grandes aussi, et si j'osais, à la fin, je la prierais de venir une nuit, pendant mon sommeil, changer, embellir ma poupée. Mais elle ne me fournirait aucune occasion de lui parler. Son aumône reçue, elle tirait sa révérence et s'en allait seule à travers les chemins.

Le soir, pour me fortifier, mapprendre à dominer la crainte, je m'aventurais dans un corridor tout noir que ma bonne disait hanté par les esprits. Si quelque chose bronchait, si mes pieds faisaient craquer le carreau, j'étais comme une feuille de tremble, et cependant j'allais devant, les dents serrées, je disais : « Voyez si j'ai

peur. » Après deux ou trois expériences, je me crus au-dessus de tout événement ; j'attendis la sorcière, n'importe à quel jour, à quelle heure.

Comment lui parlerais-je? Tantôt je préparais un beau discours, tenant ma fille dans mes bras pour l'attendrir; tantôt je la saluais respectueusement pour qu'elle vît bien que je ne me moquais pas d'elle comme lès autres enfants. Une autre fois je m'informais de sa santé et lui glissais mon dessert dans la main. Ce dernier trait me faisait réfléchir, je le trouvais hardi. Si elle allait changer ma main... Non, il valait mieux ne pas la toucher.

Ainsi raisonnant toujours, ne me décidant pas, j'arrivai au jour de In visite. Je me sentais un peu étranglée, c'était tout. De peur, je n'en avais plus. Relevant la tête et poussant un soupir pour faire sortir les paroles, j'arrachai ce mot : « Sorcière. . . » Elle resta muette. Je repris décontenancée : «Sorcière, je voudrais bien... » Même silence... J'aurais voulu fuir. Enfin d'une voix où éclatait un sanglot, je dis encore : «Sorcière, voyez...» Et je lui tendis ma malheureuse poupée.

Elle me regarda longtemps, mais d'un œil sans colère, puis lentement elle me dit : « Enfant,

vous m'appelez sorcière, qui vous a dit que je Pelais? Vous ne savez donc pas que c'est une injure qu'on fait au pauvre qui vieillit. Votre père esl vieux, et pourtant on ne l'appelle pas monsieur le sorcier; il est riche. » Elle ajouta d'un accent plus triste et aussi plus sévère : « Si je l'étais, je n'aurais pas besoin de vous tendre la main, de recevoir l'aumône. »

Je restai fort troublée, sentant que je l'avais blessée.

Ces sages paroles auraient dû me faire perdre toute croyance au pouvoir des esprits, des fées, des sorcières, à ce monde inconnu du merveilleux. Il en eût été ainsi peut-être, dans une vie plus animée des gaietés de l'enfance. Rien ne trompe l'imagination aussi bien que le mouvement, le libre exercice. Je n'avais ni l'un ni l'autre. Quand les voix joyeuses de mes frères et de leur camarade s'éteignaient au loin, je restais assise seule, isolée, les yeux sur mon travail, pensive déjà, et trouvant doux d'avoir comme un petit monde à moi, tout semblable à celui de mes songes de la nuit qui me consolait.

Un vrai chagrin m'y plongea encore plus. On chercha tant, qu'on trouva ma petite, qui fut

démembrée sans pitié. Le corps, lancé dans un acacia, se prit aux épines. Nul moyen de le ravoir. Aux vents d'automne, aux tempêtes d'hiver, pluies d'ouest, et neiges du nord, elle resta abandonnée. Je n'en pouvais détacher mes regards, j'espérais toujours qu'à un moment, elle tomberait, reviendrait pour moi sur la terre. Lorsqu'au printemps, le jardinier Bartas vint pour la taille des arbres, je lui dis les larmes aux yeux : « Voyez là-haut, rendez-moi ma poupée.» Il ne retrouva qu'un débris de sa petite robe, déchirée, déteinte, dont la vue me navra.

Quand j'eus ainsi perdu toute espérance, je sentis plus dures les sévérités, les espiègleries, de Jacques et de mes frères. L'ennui me gagna, le vide profond. Après ma vie d'émotion près d'elle, de joies cachées, de craintes, ma situation nouvelle fut comme appauvrie, désolée. . . Je regrettais les craintes môme. Toutes ces alternations m'avaient animée, soutenue.

Un très-mauvais désir me vint, je le confesse, de sortir de ce monde. L'étang m'effrayait et m'attirait. Je pensais aussi à menvoler. Toute petite, dans mes mélancolies, quand ma sœur, ses amies, m'excluaient de leurs jeux, je montais dans la

balançoire et je disais au jardinier qui riait : « Je veux m'en aller ! Jean, faites-moi voler haut î bien haut ! » Mais j'en avais bientôt assez. Étourdie, je demandais grâce.

J'eus encore envie de me perdre. Derrière le petit bois qui nous fermait au nord, un talus assez haut, montait, redescendait dans un chemin profond. Non sans périls, je franchis l'obstacle. Mon cœur battait. — Si près encore, que je me sentais déjà loin! Qu'allais-je devenir? Quelle douleur pour mon père î — Et puis où dormir? Je n'aurais point osé demander asile dans une ferme, encore moins me coucher derrière un buisson. Le chat-huant y pleurait toutes les nuits. Sans m'en rendre compte, je revenais à ffes lents.

Les animaux sont plus heureux. Que ne suis-je Laurel (le petit bœuf doré), qui si paisiblement laboure, va, vient, fait sa journée ! Que ne suis-je Grisette ou Brunette, ces deux charmantes àn<sses aimées et caressées de ma mère! Ce serait encore bien plus joli d'être fleur. Hélas! on vil si peu, on vous coupe à peine née. L'arbre a bien plus de durée, mais ne jamais bouger, quel supplice! litre retenu par le pied à demi enterré

et captif dans la terre ! . . . rien que cette pensée m'agitait dans mon lit.

J'aurais dû être oiseau si quelque bonne fée eût eu pitié de moi. Ils ont l'air si heureux, si libres ! Et ils chantent du matin au soir. Oiseau, je reviendrais au bois dans quelque branche, et peut-être plus près, au toit de la maison. Je viendrais revoir mon banc, ma place à table, la place vide, ma mère triste en la regardant. Mais à l'heure on mon père lit seul dans les allées, j'irais tout près de lui... Mon père me reconnaîtrait bien.

Un plus grand malheur me fît oublier ces tristesses.

C'était décembre, il faisait froid sous une brume pénétrante. Nous commencions la classe tout engourdis. Un exprès entra portant une lettre de la ville. Nous vîmes pâlir mon père. Il s'enferma d'abord avec ma mère, puis revenant plus calme, dit à Jacques : « Mon enfant, votre mère est souffrante; habillez-vous, je vais vous conduire près

d'elle. » Il l'emmena pour la journée. Le soir il revint un peu triste, mon père bien davantage.

Deux jours après, à la même heure, l'exprès remit une seconde lettre, et cette fois, mon père leva les bras au ciel et dit : « C'est fini. » Jacques s'en alla en pleurs et nous entendions dire autour de nous : « Sa mère est morte. » La mienne se mettait un mouchoir dans les dents afin de ne pas éclater.

Je ne savais pas encore ce que c'était que la mort. A la campagne, les habitations sont clairsemées, on ne voit pas la vie s'en aller chaque jour comme à la ville. On ne voit pas non plus mourir les animaux. Dès qu'ils se sentent pris, ils fuient l'homme, vont unir dans la solitude. J'ignorais cette chose, terrible à ceux qui restent, et j'étais toute troublée. Un souvenir me revenait. Jadis, toute petite et sur les bras encore, j'avais vu mettre en terre un paysan. J'y avais vu un enfant de mon âge, assis sur le bord de la tombe, qui prenait de la terre à poignées, la jetait sur la bière. Je criais en pleurant : « Arrêtez-le... Il fait mal à' son père. » Ma bonne me donnait sur les doigts, disant : a Laissez, cela se fait ainsi. »

Jacques ferait-il de même pour sa mère? Et lorsqu'on l'aurait descendue dans la terre, ne reviendrait-elle plus pour l'embrasser? Je ne pouvais le croire.

Malgré cette négation instinctive qui s'élevait dans majeuneâme,le premier coup était porté. Au retour de mon père, je vis bien à ses yeux rougis, à son visage tout changé, que c'était une chose amère. Je souhaitais le retour de Jacques pour pleurer avec lui, croyant qu'il pleurerait toujours.

Quand on le ramena au bout d'une semaine, il nous embrassa, sérieux, triste, mais non désespéré comme je m'y attendais. Nous ne l'entourâmes pas moins de soins et d'amitié. La nature fit le reste. Le sourire lui revint sous ses habits de deuil. Mes frères l'enlevèrent dans le jeu, essuyèrent ses dernières larmes.

A la fin des vacances, Jacques partit pour ne plus revenir. La maison nous parut plus grande, plus vide après son départ. Mes frères retournèrent à leurs soldats.

Deux personnes cependant se remettaient moins de cette mort, et j'étais trop attentive à tout pour ne pas m'en apercevoir. Un jour que ma mère, serrée près de mon père, le considérait triste-

mont, j'entendis qu'il disait : « Que voulez-vous,

Emma! la chose serait fort naturelle. Elle était jeune, et moi je suis âgé. Nos enfants vous consoleraient. »

Une ombre dès lors plana sur notre foyer, et je ne la sentais que trop souvent peser sur mon cœur. Elle eut seule empêché mon enfance de s'épanouir. Lorsque j'étais sévèrement punie de ma mère et que mon petit être cherchait refuge en lui, je le voyais qui m'échappait. Je voyais non sans effroi son visage fort pâle et ses cheveux blanchis. Il pouvait nous quitter, il pouvait s'en aller « où l'appelait la cloche du village, » comme il lr répétait souvent. Je n'avais pas la force de cacher mes pensées. Parfois, je lui jetais les bras au cou, je m'écriais : «Papa, ne mourez pas... oh! ne mourez jamais! » Il me serrait sans lien répondre, mais ses beaux grands yeux Doirsse troublaient en me regardant.

Je lui tenais par mille liens, par mille rapport^ intimes, .l'étais la fille de son âge mur et de sa santé' ébranlée. Je n'eus pas l'heureux équilibre que les autres enfants tenaient de ma mère. Mon père était passé en moi. Il le disait lui-même : « Une je le sens ma fille! »

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