‹ Mémoires d'une enfantChapitre 8 sur 13 · LE CHUE · texte numérisé non relu

LE CHUE

escalier, étroit, léger, obscur au bas, lumineux dans les hauteurs. Je croyais qu'il rapprochait du ciel ; j'allais m'asseoir sur la plus haute marche quand j'étais triste ou que j'aimais plus le bon Dieu. Au-dessous de l'escalier, une immense cage pour donner à de pauvres poules les dernières joies de la vie dans un ample banquet. Mon père, qui avait connu trois fois le martyre de la captivité, facilitait toujours les évasions. Ma mère se fâchait, puis finissait par laisser tout son monde au soleil, à la liberté. La cage restait vide.

Au fond du chaie s'alignaient les belles bûches de Noël, et tout près les sarments dont la flamme pétillante et gaie nous faisait rire l'hiver, quand nous revenions transis de nos récréations sous la gciéa. Contre le seul mur resté libre, s'étageaient les tonneaux vides. Le vin voulait plus de fraîcheur et passait au cellier. Ici et là, comme perdus dans l'espace, une foule de menus objets d'ameublement domestique, placés sans ordre, dans un aimable pêle-mêle. Il semblait que ce lieu solitaire retînt encore quelque chose d'une vie absente.

Ma sœur, qui était la précision même, se tourmentait parfois de ce beau désordre sans avoir le

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