ACTE SIGNÉ PAR LA NOBLESSE DU LANGUEDOC
«< Les soussignés font, par le présent écrit, déclaration, publication et protestation solennelle, de refuser toutes sortes d'appels et de ne se battre jamais en duel pour quelque cause que ce puisse être, et de rendre toutes sortes de témoignages de la détestation qu'ils ont du duel comme chose tout à fait contraire à la raison,
au bien et aux lois de l'Etat, et incompatible avec le salut et la religion chrestienne ; sans pourtant renoncer au droit de repousser par toutes voyes légitimes les injures qui leur seroient faites, autant que leur profession et leur naissance les y obligent ; estant aussi toujours prests d'éclaircir de bonne foy ceux qui croiroyent avoir lieu de ressentiment contr'eux et de n'en donner sujet à personne, etc.,
a Armand de Bourbon; Bellefond; de Cha*teauneuf, baron des Esta ts; Tournel, baron des Estats; Q. de Rebév baron des Estât* ; Gange*, baron des Estats; Villars, premier gentilhomme de la chambre do prince de Conti; Canaples; Calvisson; Breguigni, escuyer du prince de Conti ; Maureillan ; de Mierles ; Duperier ; LaTardens ; Barbesieus ; Chémeraut ; Fabrègne* ; le chevalier de Caderonsse ; Carbourt de Mont* bars ; Saint-Martin ; Gramont, baron des Estats ; le chevalier de Terlon ; Barrabes; Viverousset Tremolet; Delabaulme; Castelnau; Valon; Convertis; Haulteroche ; Loubatières; Du mon Nostre Dame; Villecul; Rodes; Nescies des Rochers ; Le Mesnil, capitaine des gardes du prince de Conti ; Le Bernet ; Mont mirait de Corn ha» ; de Belsunce ; du Buisson; Anisac; de Bermond; Dalmeras; Malvillc; Antissac; Laitier; Senneville; Dangcnoust; d'Auterive; Saint-Maurice; de La Treille; Bernas; Laribc; La Vaqueresse; Baudan; Montarnaud, et plusieurs autres dout on n'a pu lire les noms. »
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L'évoque de Valence passa presque constamment à la cour le période de temps pendant lequel il resta attaché, sans fonctions titulaires, au prince de Conti ; admis au jeu de la reine mère, Anne d'Autriche, et à l'intimité du Cardinal, il prit part à une foule d'événements qu'il rapporte dans ses Mémoires.
Les commotions politiques laissent toujours après elles un levain de discordes. Le parlement de Paris, ramené au silence par la fermeté dont Louis XIV avait fait preuve d'une manière si ostensible à son égard, gardait une sourde rancune. Les parlementaires entêtés et les mécontents de la cour et de Paris se groupaient autour de M. de Bel lièvre, premier président, ennemi déclaré du cardinal Mazarin. Le ministre s'effraye des dangers nouveaux qui peuvent surgir. Daniel de Cosnac intervient entre le Cardinal et le Premier Président, il sait prendre ce dernier par son faible qui était la vanité, et son adresse obtient une réconciliation. Un autre parlement, celui du Dauphiné, appuie le refus de cette province de payer un subside : la cour veut sévir ; l'évêque de Valence s'efforce de ménager les droits de la couronne et les intérêts de la province, et pour mettre fin à la position pénible de ceux des membres du parlement que le roi avait mandés à la suite de la cour, il n'épargne ni soins, ni voyages, ni dépenses, et parvient à terminer heureusement ces difficultés.
I /auteur sauve par la hardiesse de ses démarches la ti'to du comte de Barbezières. Pendant un séjour momentané dans son diocèse, il reçoit à Valence le duc de Candale, et les deux rivaux d'influeuce auprès du prince de Conti se séparent en se promettant une amitié qui eût été fragile, sans doute, comme le sont les amitiés
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cle cour, si elle n'eût été mise à l'abri des épreuves par la mort inopinée de ce jeune et brillant seigneur. Il sollicite à la cour pour les intérêts du prince de Conti, lai fait avoir de grandes charges, des terres, des pensions, double et triple ses revenus, lui obtient, presque malgré lui et malgré le Cardinal , le gouvernement du Château- Trompette , et veut le lui conserver avec une insistance qui exige, pour être bien comprise, que Ton songe que l'art des sièges ne faisant que commencer à naître , rendait la possession des places fortes bien autrement importante qu'elle ne Test aujourd'hui. Gourville, qui se mêle de toutes choses, arrache adroitement la démission du Château-Trompette, et à partir de ce moment apparaît l'ingratitude du prince de Conti , qui abreuve d'injustices et de dégoûts un serviteur dévoué , dont le seul tort était de le vouloir trop bien servir, mais dont r imprudence fut de laisser trop voir son ascendant sur le prince , dont l'amour-propre , habilement excité par une coterie , finit par se blesser au vif. La princesse de Conti se joint à son mari ; l'évêque de Valence songe à se retirer; mais la reconnaissance qu'il ne perd jamais l'engageait à retarder encore, lorsque le prince de Conti demande son exil et voit sa mauvaise intention échouer contre le crédit de l'évêque prévenu à temps par la duchesse de Mercœur, et soutenu par le Cardinal, par la reine mère et par le roi lui-même. L'évêque de Valence donne alors une preuve bien rare de ce que peuvent la volonté ferme du devoir et l'oubli des ressentiments : par vengeance peut-être , c'est à lui-même que le prince de Conti s'adresse pour obtenir du Cardinal le commandement de l'armée d'Italie à la place du duc de Mercœur, dont la femme vient de donner à l'évêque un si
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grand témoignage d'attachement et d'estime. L'épreuve était cruelle pour une âme sensible et reconnaissante ; mais Daniel de Cosnac ne crut pas pouvoir refuser, il demande la destitution du duc, l'obtient, et fait à la duchesse l'aveu de ce qu'il vient de faire. Cette nouvelle la désespère; mais elle lui répond qu'elle eût cessé de l'estimer, s'il en eût agi autrement '.
L'évêque de Valence, dégagé des liens qui le retenaient dans la maison du prince de Conti, achète, pour ainsi dire malgré lui, la charge de premier aumônier de Monsieur, frère de Louis XIV, sur les instances de la reine mère et du cardinal Mazarin, qui, jaloux du crédit que prenait chaque jour le surintendant Fouquet , voulait empêcher le frère de celui-ci d'obtenir cette charge. Il se décide sur un incident de minime importance, mais qui semble prouver chez le jeune prince une fermeté que la suite ne tardera pas k démentir.
Pendant les deux ou trois premières années, l'évêque de Valence fut peu assidu à remplir ses nouvelles fonctions, et séjourna presque constamment dans son diocèse.
De Valence il se rendit à Lyon pour assister à l'entrevue des deux cours de France et de Savoie, et fut un des premiers k apprendre , par une parole échappée au Cardinal qui se croyait seul avec la reine, que le mariage projeté entre le roi et la princesse de Savoie était abandonné en raison de l'espoir nouveau d'obtenir la main de l'infante Marie-Thérèse d'Espagne. L'année suivante, en 1660, l'évêque de Valence accompagna la cour aux
* Vnv »ur cette di\grâr« «le l'auteur, uutrr \v% deux terwm* dr «*n Mémoire*, *•* deux letfrr» iiiM;rr«-* parmi !«•* Ptt\*s Jttnchcrs, t. II, p. 439
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Pyrénées, afin d'assister à la célébration de cette union, pour laquelle il fut chargé d'adresser aux royaux époux l'allocution d'usage. A son retour à Paris, il fut témoin, non sans quelques regrets , de la mort du cardinal Mazarin , emportant avec lui la promesse de la restitution de deux bénéfices qu'il lui avait remis dans un moment d'abandon généreux.
Du mariage de Monsieur avec la princesse d'Angleterre, célébré en 1661, date l'époque où l'évêque de Valence s'attacha plus particulièrement à la personne de ce prince. En qualité de son premier aumônier , il bénit son union avec la descendante des* Stuarts, avec la fille de l'infortuné Charles Ier. La princesse d'Angleterre, sauvée encore enfant des mains sanglantes des rebelles, avait passé ses jeunes années à l'école du malheur sous l'aile de sa royale mère, Henriette de France, fille d'Henri IV, Tout à coup l'horizon s'éclaircit : un remords s'est emparé du fils de l'usurpateur , Monk salue de son épée fidèle le souverain légitime de l'Angleterre, Charles II pose sur son front la couronne; presque en même temps la princesse Henriette, sa sœur, devient la compagne du duc d'Orléans. Louis XIV multiplie autour d'elle les splendeurs et les fêtes , la jeune princesse en est l'ornement ; mais sous ces apparences trompeuses la fille des Stuarts ne trouva point le bonheur.
Monsieur, bien fait de sa personne, d'une jolie figure, n'avait de culte que pour sa propre beauté; son âme était incapable de comprendre les nobles sentiments. Si la nature a été si avare de ses dons les plus précieux envers Philippe d'Orléans, il ne faut pas l'en accuser seule, son éducation avait eu pour but de développer et non de combattre ses inclinations mauvaises. Mazarin, porté par
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sa position à se comparer sans cesse avec le cardinal de Richelieu, craignait de trouver dans le frère de Louis XIV un autre frère de Louis XIII , et croyait entendre à Pavance la sourde rumeur des conspirations. Pour calmer ses inquiétudes, il avait choisi, pour gouverneur du prince, le maréchal du Plessis, homme de quelque réputation à la guerre, mais d'une capacité médiocre et dont le dévouement à ses intentions lui était connu. Anne d'Autriche avait concentré sur le roi, son 61s aîné, son affection maternelle; d'ailleurs, se conformant toujours aux vues de son ministre, elle laissa sans peine le jeune Philippe passer sa vie au milieu de ses filles d'honneur, empruntant leurs goûts et même leur costume. Cette étrange manie avait alors des sectateurs; l'abbé de Choisy, pendant sa scandaleuse jeunesse, en fut un des héros, et dans la partie restée longtemps inédite de ses Mémoires, adressée sous forme de lettre à la marquise de Lambert, il fait le récit suivant d'un bal donné au Palais-Royal :
« Monsieur le commença avec M"* de Brancas, qui étoit fort jolie (c'a été depuis la princesse d'Harcourt), et un moment après il alla s'habiller en femme, et revint au bal en masque : tout le monde le connut. D'abord il ne cherchoit pas le mystère , et le chevalier de lorraine lui donnoit la main ; il dansa le menuet et s'alla asseoir au milieu de toutes les dames. Il se fit un peu prier avant que doter son masque; il ne demandoit pas mieux, et vouloit être vu. On ne sauroit dire à quel point il poussa la coquetterie en mettant des mouches, en les changeant de place, et peut-être que je fis encore pis. Ijcs hommes , quand ils croient être beaux, sont une fois plus entêtés de leur beauté que les femmes, »>
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Ce jeune prince avait peu d'énergie naturelle , on l'amollit encore davantage ; le sentiment du courage, dont plus tard cependant il a donné des preuves , était peu développé dans son cœur, on l'éloigna des occasions qui pouvaient le faire naître ; loin d'avoir de l'ambition, il ne ressentait pas même ce noble penchant qui porte tout homme à se distinguer; au lieu de lui inspirer cette ardeur qui lui manquait , on dirigea son esprit vers les petites choses , on le noya dans les bagatelles. Ainsi s'étaient passées l'enfance et l'adolescence du due d'Orléans; la lecture des Mémoires fera connaître si son âge mûr répondit à ces commencements.
Louis XIV, héritant à l'égard de son frère des vues de son ministre , l'éloignera constamment des affaires, lui refusera toujours un gouvernement de province, le verra avec peine , grâce à de bons conseils , saisir quelques occasions de se distinguer. On ne saurait se défendre d'un mouvement de surprise , lorsque l'on considère la politique du grand roi à l'égard d'un prince qui méritait si peu de défiance.
L'évéque de Valence se berça longtemps de l'espoir de faire du duc d'Orléans un prince digne de Madame, un prince considéré dans l'État, par son courage dans les armées et son jugement éclairé dans les conseils. On a déjà reconnu combien d'obstacles étaient à vaincre pour arriver à ce but en avant duquel le caractère efféminé de Philippe d'Orléans et la politique de Louis XIV venaient se dresser comme autant d'infranchissables barrières. Le premier aumônier de Monsieur se met à l'œuvre avec ardeur, donne des conseils, rédige des instructions écrites, accompagne le prince à sa première campagne, et joignant l'exemple au précepte, le mène dans la tran-
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chée sous le feu de l'ennemi ; il entretienl avec Rcnaudot une correspondance pour Caire insérer dans les gazettes des bulletins destinés à célébrer le courage du prince et à faire briller l'auréole de gloire qu'il rêve autour de son nom ; il conçoit enfin le projet de placer la couronne de Naples sur la tête du duc d'Orléans. Cette entreprise se présentait avec des chances bien autrement favorables que celles de la folle tentative du duc de Guise en 4648; elle aurait pu réussir, si Monsieur avait eu un caractère plus entreprenant, et sans l'opposition de Louis XIV, qui paraît avoir failli, en cette occasion, au but qui dirigeait sa conduite envers son frère. Si l'évéquc de Valence eût vu l'accomplissement de ses desseins, quelle influence il eût exercée, sans le savoir, sur les destinées de la France !
Jetons actuellement un coup d'œil sur l'intérieur de la maison du duc d'Orléans : nous y trouvons la gracieuse figure de Madame, trop souvent ombragée des teintes de la tristesse ; d'abord la froideur , ensuite une indigne passion du prince viennent empoisonner sa vie; ellemême , pour dire la vérité tout entière , par une conduite plus légère que coupable, autorise à un certain point les mauvais procédés dont elle souffre. Cette princesse, que le roi avait dédaignée dans son enfance, avait acquis depuis un charme indéfinissable qui ravissait plus encore que sa beauté ; rien n'égalait la séduction de son regard , la grâce de sa personne et l'amabilité de son esprit. Elle ne dédaignait pas de plaire , cédant facilement a ce dangereux entraînement qui porte les femmes à se faire gloire des passions qu'elles font naître, cjuand elles se sentent la vertu de ne les point partager; il y avait riiez elle irréflexion île jeunesse et une teinte des-
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prit romanesque alors de mode dans une cour où le roi commençait à donner l'exemple des galanteries; il y avait aussi une certaine fierté d'âme mal entendue qui au dire de l'auteur des Mémoires , lui faisait envisager un devoir comme une bassesse et lui persuadait que son rang la mettait au-dessus de certaines règles de convenance à l'usage des autres femmes.
Au milieu de tant de périls nés de la conduite de Monsieur, de son propre caractère, de son entourage, où brillaient de l'éclat le moins pur Mmc* de Monaco , de Coetquen , de Thianges , sœur de M™ de Montespan , elle sut pourtant, malgré des apparences légères, conserver intact l'honneur du nom de son mari. M™ de La Fayette qui, de son consentement, écrivit ses romanesques faiblesses, preuve qu'elle ne les considérait que comme un amusement en quelque sorte innocent , rapporte ses dernières paroles à Monsieur à l'heure suprême de la mort , à l'heure où l'on peut garder le silence, mais où le mensonge expire sur les lèvres : « Hélas, Monsieur, vous ne m'aimez plus il y a longtemps; mais cela est injuste : je ne vous ai jamais manqué. » Les lettres écrites par Madame à l'évêque de Valence et à Mme de Saint- Chaumont, sont un document curieux à consulter pour parfaitement connaître son caractère; l'auteur en a transcrit un certain nombre dans la première version de ses Mémoires , et se contente de dire qu'il les possède dans la seconde; elles sont le portrait d'Henriette d'Angleterre , tracé par elle-même ; elles la font voir dans l'abandon de l'intimité , innocente dans sa conduite et profondément malheureuse. Sa dernière lettre surtout, datée du 26 juin 1670, à son retour d'Angleterre, est l'expression la plus frappante des chagrins qui venaient
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assaillir cette aimable princesse au milieu de sa joie passagère et de ses triomphes.
Parmi un essaim d'adorateurs qui environnent Madame, un jeune seigneur de la cour ne sut pas imposer à son ambition , plutôt qu'à son amour, les bornes respectueuses qu'il n'aurait pas dû franchir. La calomnie s'empare de quelques indices , un libelle de nature à noircir la réputation de Madame s'imprime en Hollande , l'évêque de Valence fait disparaître la fâcheuse édition, rendant ainsi à la princesse le service le plus précieux pour l'honneur d'une femme. On peut remarquer que l'auteur se fait peu valoir dans Tune et l'autre version de ses Mémoires pour l'importance de ce service; l'abbé de Choisy, tout en donnant des détails moins précis , est beaucoup plus explicite à cet égard.
La disparition de ce libelle ne fut pas aussi complète que l'abbé de Choisy et l'auteur des Mémoires ont paru le croire; mais pour le moment il n'en fut plus question et c'était l'essentiel. Cet opuscule a reparu plus tard sous le titre de la Princesse ou les amours de Madame imprimé parmi les œuvres de Bussy-Rabutin , bien que rien n'établisse qu'il en ait été l'auteur. On le trouve pour la première fois dans l'édition de 1754 de son Histoire amoureuse des Gaules. Charles Patin, fils du célèbre Guy Patin , qui fut envoyé par Daniel de Cosnac en Hollande pour lui rapporter l'édition tout entière, a été accusé d'en avoir gardé plusieurs exemplaires et de les avoir distribués à des amis infidèles. Quoi qu'il en soit de l'accomplissement plus ou moins scrupuleux tlv sa mission, ce qu'il y a de certain c'est que sa destiné** on subit une fâcheuse influence. Sur une dénonciation des syndics de la librairie de Paris, il fut traduit devant la
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juridiction du Chatelet eu 1668 et condamné aux galères , peine à laquelle il n'échappa que par la fuite en se réfugiant en Italie , où il est mort , en 1 693 , professeur à l'université de Padoue. L'auteur du Dictionnaire des anonymes et pseudonymes français incline à croire que le vrai motif de sa disgrâce fut d'avoir détourné quelques exemplaires du libelle ; cependant comme témoignage en faveur de Charles Patin, il cite un fragment de la première version des Mémoires manuscrits de Daniel de Cosnac qui lui ont été communiqués, dit-il , par un ami *, preuve nouvelle , que nous ferons remarquer en passant , de la connaissance que l'on a eue de tout temps de l'existence des Mémoires que nous publions , mais argument bien faible en ce qui concerne Charles Patin, car ce passage dans lequel l'auteur se borne à lui donner un certificat d'intelligence, n'offre rien de bien concluant. La Correspondance administrative sous le règne de Louis XI Y * renferme les lettres de rémission accordées à Charles Patin en 1 681 par Louis XIV, lettres 4ont il ne profita pas et dans lesquelles il est dit que le roi le relève de la condamnation qu'il avait en* courue par suite de la haine des syndics de la librairie qui, voulant se venger de ce qu'il avait fait imprimer des ouvrages ailleurs qu'à Paris , l'avaient accusé d'avoir frauduleusement introduit en France des livres prohibés. Mais alors, quand on connaît la mission qu'il avait reçue et le but louable de cette introduction, on a droit de s'étonner que Louis XIV Tait laissé succomber sous
1 Dictionnaire des anonymes et pseudonymes français y édit. de 1823, 1 11, n* 7*94.
* Correspondance ailminislt alix't *<*//« le it^nc dt Louis \// , pal D»*pping, édit il 1851, t II
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d'injustes poursuites, ou, pour expliquer crime manière satisfaisante la conduite du monarque, on est force de revenir à cette pensée que la protection royale s'était retirée, parce que la mission n'avait pas été remplie avec toute la fidélité qu'on était en droit d'attendre du mandataire.
L'heure des disgrâces a sonné pour l'évéque de Valence. Le chevalier de Lorraine, jaloux de son empire sur Monsieur, travaille à sa perte et réussit sans peine, grâce au déplorable ascendant qu'il a su conquérir luimême. Les intrigues se croisent, le chevalier devient amoureux de M*1 de Fienne, fille d'honneur de Madame; le duc d'Orléans pour couper court à une passion qui lui enlève son favori , chasse M"* de Fienne. L'évéque de Valence», qui a usé dans son récit de la plus grande réserve k l'égard du prince et du chevalier, laisse échapper un seul mot qui fait assez connaître la vérité lorsqu'il raconte que Madame fut étrangère à l'expulsion de sa fille d'honneur : « M11* de Fienne, publiant cela partout, donna lieu aux ennemis du chevalier de Lorraine de dire que la jalousie de Monsieur avait exigé ce sacrifice du chevalier, et ce mauvais discours fit un terrible tort à la réputation de tous les deux. » Madame fait saisir la cassette de M11* de Fienne pour y trouver des lettres qui puissent perdre le chevalier; elle charge l'évéque de Valence d'en prendre connaissance et de mettre k part les plus importantes. Il a la faiblesse de consentir k ce que veut une princesse à laquelle il ne sait pas refuser, et cet acte devient le prétexte, sinon le motif réel, de son exil dans son diocèse. I^ouis XIV était bien aise de soustraire son frère à une influence qui contrariait ses desseins; l'évéque de Valence avait mal fait sa cour, ni ^'efforçant de re|<*\t»i le due d < Méatis de son abaissement.
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L'abbé de Choisy donne à cet égard un précieux renseignement; lorsque le roi eut appris du duc d'Orléans luimême que c'était l'évêque de Valence qui lui avait conseillé d'aller à la tranchée au siège deTournay, il lui dit : « Mon frère y son conseil n'était pas trop obligeant pour moi; mais il ne vous conseillait pas mal pour vous. » Ce mot résume tout le mystère de la disgrâce de Daniel de Cosnac qui , s'il n'eût pas déplu au roi , aurait pu facilement résister aux effets de sa défaveur auprès du prince. Mais lorsque Monsieur, dominé par son indigne favori , veut éloigner celui qui a toujours été fidèle à ses intérêts véritables, Louis XIV n'hésite pas à se faire l'instrument de son aveugle colère ; le chevalier de Lorraine peut régner sans ombrage jusqu'au jour où le roi le frappe à son tour, non parce qu'il déshonore son frère, mais parce que, dans sa folle confiance , il a inspiré au prince quelques sujets de mésintelligence avec le roi. Taillant ainsi à son gré dans la maison du duc d'Orléans, Louis XIV prétend mieux assurer son empire sur son frère, dont le mécontentement ne se traduit jamais que par quelques bouderies d'enfant et des réceptions au Palais-Royal , où il se figure que l'on vient pour lui, tandis que l'on s'y rend pour entourer Madame.
L'évêque de Valence vend sa charge, quitte la cour et, à peine arrivé dans son diocèse , écrit à un ami , en réponse à une lettre de condoléance , une lettre que nous avons insérée parmi les Pièces détachées1 , qui donne un curieux aperçu sur les sentiments que son cœur éprouvait de l'ingratitude d'un prince auquel il s'était dévoué
1 T. II, p. 445. L'auteur s'était borné à donner un résumé très-$uccinit de cette lettre dans la première version de ses Mémoires, il, pag. 375.
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tout entier, sur sa difficile résignation, ses liaisons dans la maison de Monsieur, les fausses cabales dont on l'avait accusé. La première version des Mémoires renferme les principales et précieuses lettres * de la correspondance suivie que Madame et la marquise de Saint-Chaumont , à partir de cette époque , entretinrent entre elles et avec Daniel de Cosnac. Mw de Saint-Chaumont , soeur du maréchal de Gramont et tante du comte de Guiche , enveloppée dans la disgrâce de l'évêque de Valence et exilée comme lui t continuait, de concert avec Madame, à prendre chaudement son parti et lui envoyait les lettres que cette princesse lui écrivait.
Cette correspondance roulait sur les regrets de Madame d'être privée d'un serviteur dévoué, sur ses chagrins domestiques , sur ,1e chapeau de cardinal qu'elle voulait obtenir pour Daniel de Cosnac par l'intermédiaire du roi d'Angleterre; enfin , sur son prochain voyage de l'autre côté du détroit, dont elle lui confia le secret important. Elle avait exigé que Louis XIV en exclût Louvois, qu'elle n'aimait pas; il est néanmoins certain que le roi consulta son ministre; il prit aussi l'avis du maréchal de Turenne, dont l'indiscrétion avec M*9 de Coetquen a été révélée par les mémoires du temps. Quant à Monsieur, il fut convenu, de part et d'autre, qu'on le tiendrait dans une ignorance complète. La confiance que Madame avait placée dans l'évoque de Valence explique son vif désir de l'entretenir d'une affaire qui intéressait au plus haut point son royal frère, pour lequel elle avait toujours ressenti une sincère amitié. Il s'agissait d'unir, par un traité, la France et l'Angleterre contre la Hollande,
1 T 1, p. 401 rt suivante*.
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et Louis XIV avait jeté les yeux sur Madame comme sur la négociatrice naturelle de cette alliance. En qualité de sœur, cette princesse pouvait hésiter à engager son frère dans une union moins populaire , en Angleterre , que celle de la Hollande, et, au sortir d'une révolution , il convenait de ménager les esprits; en qualité de Française , de petite-fille de Henri IV, elle ne pouvait que souhaiter une alliance qui permettait au roi de France de réparer la brèche faite à ses conquêtes par le traité d'Aix-la-Chapelle. C'est pour le consulter sur ces hésitations que son cœur éprouva sans doute , qu'elle dut si fortement insister pour faire venir à Paris l'évêque de Valence , malgré sa disgrâce ; elle voulait aussi qu'il lui rapportât les lettres trouvées dans la cassette de M0* de Fienne , dont l'évéque était resté dépositaire , comptant s'en servir , en ce moment qu'elle jugeait opportun, pour empêcher à jamais le retour du chevalier de Lorraine*
Sur d'aussi irrésistibles instances , Daniel de Cosnac entreprit son malencontreux voyage. Les papiers importants dont il était porteur, faillirent tomber, au moment de son arrestation, entre les mains des agents de Louvois; il nous apprend dans ses Mémoires, mais avec des détails qu'il a, par délicatesse, un peu moins circonstanciés que ne l'ont fait l'abbé de Choisy et le duc de Saint- Simon, comment il parvint à les faire disparaître. Il fut obligé de quitter Paris, presque mourant, sans avoir vu Madame, et sa résidence forcée dans son diocèse fut changée en un exil rigoureux à l'Ile- Jourdain, en Languedoc.
Cependant Madame part pour l'Angleterre, et rapporte bientôt à Louis XIV l'heureux traite, dont les conséquences furent l'humiliation de la Hollande et la
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paix de Nimcguc, qui a fait monter à son apogée la gloire et la puissance de la France. Après ce senrice signale , Madame est toute-puissante , elle va faire rappeler l'cveque de Valence, elle va lui faire donner le chapeau de cardinal; mais la nature ou le poison n'accordent à cette jeune princesse que huit jours de triomphe terminés par ce cri éloquent et funèbre qui retentit encore : « Madame se meuit , Madame est morte I » Le récit de la mort de Madame que l'auteur n'a point inséré dans le cours de ses Mémoires et qui forme un épisode contenu dans le manuscrit des pièces détachées, trouve ici sa place naturelle. Daniel de Cosnac ne fut point témoin de cette fin touchante ; mais l'attachement qu'il avait voué a cette princesse est un sûr garant du soin qu'il mit à recueillir des détails exacts.
« Dimanche , vingt-neuf juin ', à cinq heures du soir, Madame sentit tout à coup des douleurs extrêmes et si violentes qu'elle se tint d'abord très-assurée de sa mort. Elle se fit mettre au lit et manda M. le curé de Saint- Cloud, auquel elle fit sa confession.
« Monsieur envoya aussitôt faire prier Dieu dans l'église de Saint-Cloud; on exposa le Très-saint Sacrement, et on fit les prières accoutumées.
« Parmi ses douleurs insupportables, elle levoit souvent les yeux au ciel et disoit : « Pourvu que ces doute leurs me servent de pénitence , je suis consolée. »
« Elle disoit & diverses reprises : « Mon Dieu, je ne « demande point la vie, mais seulement votre volonté; « si vous me rendez la santé , que ce soit pour mieux « \ivre. »
' IV I'jiiiim IH70.
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« Parmi tous ces sentiments , quoiqu'elle n'ait jamais paru avoir le moindre regret de la vie qu'elle perdoit dans une si grande jeunesse , elle fut toujours soigneuse de prendre et de demander tous les remèdes nécessaires.
(( Elle demanda le crucifix sur lequel la reine, sa bellemère , avoit rendu le dernier soupir, et comme il lui fut présenté , elle dit en levant les yeux au ciel : ce Que (( je suis malheureuse, mon Dieu, de n'avoir pas tou- « jours mis en vous ma confiance ! »
« Elle demanda aussi un chapelet sur lequel il y avoit des indulgences pour les agonisants , s'avisant ainsi d'ellemême de tout ce qui regardoit l'heure de la mort.
« Le roi et la reine étant venus, cette princesse leur parla avec une présence d'esprit incroyable et leur dit en peu de paroles les choses du monde les plus touchantes.
« Elle fit effort pour embrasser Leurs Majestés, et dit au roi qui lui témoignoit quelque espérance, que la première nouvelle qu'on lui diroit à son lever seroit celle de sa mort.
« I^e roi avoit le cœur si serré, qu'à peine pou voit-il parler, si bien qu'il fut contraint de se retirer. Madame lui dit : « Embrassez-moi, Monsieur, pour la dernière i< fois. Ah! Monsieur, ne pleurez pas, vous m'attendri- « riez. Vous perdez une fort bonne servante. » Elle ajouta qu'elle avoit toujours plus craint de perdre ses bonnes grâces qu'elle ne craignoit la mort.
« On ne peut exprimer combien fut touchant tout ce qu'elle dit à Monsieur, ni aussi combien ce prince fut ému des maux qu'elle souffroit et du péril extrême où il la voyoit.
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« Elle songeoit beaucoup au roi , son frère , et à la peine qu'il auroit s'il savoit l'état où elle étoit. Elle dit à M. l'ambassadeur d'Angleterre : a Écrivez au roi, « votre maître, qu'il perd la personne du monde qui l'ai- « moit le plus.»
« On n'a jamais vu ni de meilleurs sentiments, ni une présence d'esprit plus entière ; ayant vu M. de Creuille très-affligé , elle lui dit : « Adieu, Creuille, adieu ! »
ce On lui parla de quelqu'un dont elleavoiteu quelque mécontentement, elle dit en joignant les mains : « Je « lui pardonne de tout mon cœur. »
« A onze heures du soir, le mal pressant, elle envoya quérir avec un grand empressement M. Feuillet1, chanoine de Saint-Cloud ; elle lui dit : a Vous voyez, « Monsieur Feuillet, à quel état je suis réduite.— Très-bon « état, Madame, lui répondit-il ; vous confesserez à pré- « sent que toute créature doit être soumise à Dieu. — Il a est vrai, mon Dieu, répondit Madame avec un sentiment « de douleur très-vif, il est vrai que jusqu'ici je vous ai « très-peu connu , » et demanda si elle avoit assez de temps pour profiter de cette connoissanec. Il lui dit qu'elle pouvoit l'espérer, pourvu qu'elle employât le peu qui lui restoit de vie à faire pénitence. Il lui représenta très-fortement les obligations que le chrétien contracte par le saint bapttlme , et le crime qu'il court lorsqu'il
* \prt*<» l.i mort »!«■ Ma'Uuir, l'ahl»* Feuillet, qui sr%% fait une certaine célébrité p*ir M»n /«•!«• apostolique , prononça l'oraifton funelirr de cette }»rimr*w «Lui* l"éj»li*e «le Saitit-(!loii<! , il a donné une relation «Je %e* dernier* mnrnriiu que l'on trouve d.m« l'ouvrage intitule : Mémoire* intere%\nni% pour xervu a CUt\ttutf */r t'ratt* 1 , ou tableau hi Mariant, c'irvwfogtauet ptttorr lyue , ec*lraa\tiaue , itnl et militaire tl*\ mttuont rmale*. t hatenus et juin* de% r»»i A* France , |wr Ponret de I<a C.ravr, t III. r«lil «le 17*9.
l NOTICE.
en viole les sacrés vœux. Madame le pria de la confesser, ce qu'il fit en l'aidant, autant que le temps le pouvoit permettre, à faire une confession entière. Il fut surpris des sentiments que Dieu inspiroit à cette princesse pendant ce temps et du langage qu'elle lui tenoit, très-éloigné de celui qu'on entend à la cour. Elle lui demanda avec grande instance le Saint-Sacrement, s'il la jugeoit capable de le recevoir. Il donna ordre qu'on avertît M. le curé, et lui parla tout haut pendant ce temps-là avec beaucoup de force, l'exhortant à s'humilier sous la puissante main de Dieu qui alloit anéantir toute cette trompeuse grandeur. « Vous n'êtes, lui disoit-il, qu'une mice sérable pécheresse, qu'un vaisseau de terre qui va tom- » ber et qui se cassera en pièces. — Il est vrai, dit cette « princesse. » Il l'assura que tous ses péchés passés ne lui faisoient point de peur, pourvu qu'elle en eût une sincère douleur et une ferme résolution de ne les plus commettre. Il lui représenta que Dieu ne s'arrêtoit ni àl'heure, ni au temps, et que le larron avoit obtenu une si grande miséricorde au dernier moment de sa vie. À ces paroles de consolation, elle témoigna une grande joie. Il lui présenta la croix qu'elle avoit demandée, qu'elle baisa fort humblement. Il l'exhorta puissamment à mettre sa confiance en ce sang qui avoit expié les péchés du monde. En ce temps, on apporta Notre-Seigneur, elle l'adora et dit tout haut : « Mon Dieu, que je suis indigne « que vous visitiez une si misérable pécheresse ! » Elle dit son Confiteor, et reçut le Saint-Sacrement avec beaucoup de consolation et de révérence; puis elle pria d'elle-même M. le curé de lui apporter l'Extrême-Onction pendant qu'elle avoit le jugement libre. Elle réitéra plusieurs fois cette demande, disant toujours qu'elle dé-
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si roi t recevoir ce sacrement avec connoissance. Comme on l'eut apporté, on lui proposa un remède; elle dit qu'elle vouloit bien le remède , mais préférablement l'Extrême-Onction. M. Feuillet la prépara à recevoir ce dernier sacrement suivant les intentions de l'Église, il lui expliquoit toutes les prières, qu'elle faisoit avec les prêtres , quand on Jui appliquoit les saintes huiles ; ellemême tira sa cornette, ouvrit son estomac, étendit ses mains et les présenta; elle fit plusieurs actes de foi, d'espérance et d'amour de Dieu.
« Elle entendit quelqu'un qui dit : « Madame est « mieux. — Hélas! dit-elle, ils me trouvent mieux parce « que je n'ai plus la force de me plaindre. » Elle demanda à quelle heure Jésus-Christ étoit mort, « A trois «heures, lui dit-on.— 'Peut-être, repartit-elle, qu'il me « fera la grâce de mourir à pareille heure. » M. Feuillet lui dit qu'il falloit supporter la vie et attendre la mort avec patience.
« Elle supplia Monsieur de se retirer, afin, disoit-elle, qu'elle ne pensât plus qu'à Dieu. Les médecins lui donnèrent une médecine qu'elle prit; et M. l'évêque de Condom ', que Monsieur avoit mandé, étant venu, elle commanda qu'on le fit approcher ; elle témoigna satisfaction de le voir. Il lui dit en l'abordant : « Madame, « l'espérance! » Elle se tourna de son côté et lui répondit: « Je l'ai tout entière, je suis résolue à la mort, je suis «soumise à Dieu, je veux ce qu'il veut, j'espère en sa « misé rico nie. » Ce prélat, autant ravi de la pureté de ses sentiments qu'étonné d'un si triste spectacle , se prosterna en terre avec toute l'assistance, et ayant invité
in NOTICE.
Madame à s'unir à son intention, il fit une prière à Dieu pour demander la rémission des péchés par le sang de Jésus-Christ crucifié, représentant à cette princesse que si Dieu nous traitoit selon la rigueur de sa justice, nous ne devions attendre que l'enfer et la damnation éternelle; mais qu'elle nedevoit espérer que miséricorde et que grâce, pourvu qu'elle mît toute sa confiance au mérite et en la bonté d'un tel Sauveur. Elle dit : « Mon « cœur vous répond. — Vous voyez, lui dit-il, Madame, « ce que c'est que le monde, vous le voyez par vous-même; « n'êtes-vous pas bien heureuse que Dieu vous appelle à « son éternité ? » Elle témoigna par une action bien marquée qu'elle ressentoit ce bonheur.
« Il lui fit faire plusieurs actes , à quoi elle répondit toujours par des paroles courtes et précises, et ayant un peu discontinué pour ne la fatiguer pas, Madame lui dit : « Ne croyez pas que je n'écoute point parce que « je tourne la tête ; je suis fort attentive , continuez. » Alors lui ayant demandé si elle ne vouloit pas professer jusqu'au dernier soupir la foi catholique , apostolique et romaine, elle dit : « J'y ai vécu , et j'y meurs. »
« L'ayant avertie que les personnes de son élévation dévoient un grand exemple au monde , particulièrement en la présence de Dieu et devant ses autels , qu'il falloit qu'elle lui demandât pardon de toutes les irrévérences qu'elle y a voit commises, et qu'elle lui en fît réparation, elle dit : « Je le fais de tout mon cœur. »
« Madame témoignant qu'elle souffroit beaucoup, il lui dit : « 11 faut unir vos souffrances avec relies de Jésus- « Christ , en expiation de tant de pérhés. » Elle dit : ff C'est ce que je tâche de faire ; » et un peu après, lui montrant le crucifix, il lui dit : « Voilà, Madame, Je-
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« sus-Christ qui vous tend les bras ; voilà celui qui vous « donnera la vie éternelle , et qui ressuscitera ce corps « qui souffre tant. » Elle répondit : « Credo! credo! » Puis, ayant demandé un peu de repos avec ce même sourire et cette même douceur dont elle accompagnoit ordinairement ses paroles, cet évêque alla près de la fenêtre. Très-peu de temps après, elle dit à M. Feuillet : « C'en est fait, rappelez M. deCondom. » Il approcha, et la voyant fort changée , il lui dit en trois mots : « Madame, vous croyez en Dieu, vous espérez en Dieu, « vous fainiez. » Il lui entendit dire très-distinctement : « De tout mon cœur. » Il lui présenta le crucifix , lui disant qu'en embrassant Jésus-Christ , elle pratiquoit tout ensemble tous les actes de la piété chrétienne. Elle le prit, le baisa avec beaucoup de ferveur, et le tint ellemême pressé sur ses lèvres , jusqu'à ce que son bras tomba par foiblesse, et le cruci6x en même temps. Il le lui fit encore baiser, disant : « /// manus tuas. » Elle avoit perdu la connoissance, et expira assez doucement, après l'espace d'un Miserere , parmi les prières qu'on faisoit autour de son lit, et les lamentations de tout le monde. « Ainsi mourut à l'âge de vingt-six ans , qu'elle avoit accomplis depuis quelques jours , cette princesse , plus grande par son cœur et par son esprit que par sa naissance , sans avoir jamais témoigné , dans une telle surprise, aucun trouble, aucune foiblesse, non plus qu'aucune ostentation. Tout ce qu'elle disoit venoit naturellement et sans effort , et on ressentoit , en la voyant et eu l'écoutant, que cétoit son cœur qui parloit. Toute la France, qui la regrette au dernier point , est édifiée de sa piété et étonnée de la graiideui' et de la fermeté de sou courage. »
lit NOTICE.
On sait que Madame mourut à la suite des douleurs violentes qu elle ressentit après avoir bu un verre d'eau de chicorée. Mille bruits d'empoisonnement coururent aussitôt : les uns soupçonnèrent le duc d'Orléans, dont la mésintelligence avec Madame était connue ; M"9 de Montpensier raconte que Madame étant souffrante quelques jours avant son embarquement pour l'Angleterre, il avait eu la dureté de lui dire, « qu'on lui avoit prédit qu'il auroit plusieurs femmes , qu'en l'état où étoit Madame, il avoit raison d'y ajouter foi ; » d'autres accusaient le chevalier de Lorraine , qui aurait envoyé d'Italie un subtil poison avec lequel le marquis d'Effiat , son complice, avait frotté , dit-on , l'intérieur du gobelet d'argent dont se servait Madame; beaucoup prétendaient entrevoir entre le duc d'Orléans et son favori une infernale entente. La princesse elle-même se crut empoisonnée et en exprima la pensée. Quoi qu'il en soit d'un mystère qui ne sera jamais éclairci, on peut remarquer que l'auteur des Mémoires, dont l'attachement pour Madame doit rendre le témoignage d'autant moins suspect, loin d'émettre aucun soupçon d'empoisonnement à l'égard de personne , signale même la conduite convenable du duc d'Orléans dans cette triste catastrophe. L'opinion que Madame avait succombé à une mort naturelle eut ses partisans, moins nombreux peut-être, par cet unique motif que le public aime généralement mieux croire aux grands crimes et aux événements extraordinaires. Mlle de Montpensier rapporte que les médecins déclarèrent qu elle était morte du choléramorbus '. Cette opinion cependant ne paraît pas avoir
1 Mlic «le Montpensier dut emprunter cette opinion a l'abbé BourôVlot,
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prévalu parmi les personnes de la cour d'Angleterre; car lord Montague , ambassadeur de Charles II , apprenant que le chevalier de Lorraine avait obtenu l'autorisation de reparaître à la cour, laissa éclater son indignation dans une lettre à son ministre , le comte d'Arlington , dont nous extrayons un fragment accablant , qui se trouvait en chiffres :
« Je n'écris présentement que pour rendre compte à Votre Grandeur d'une chose que je crois pourtant que vous savez déjà : c'est que Ton a permis au chevalier de Ix>rraine de venir à la cour, et de servir à l'armée en qualité de maréchal de camp.
ce Si Madame a été empoisonnée, comme la plus grande partie du monde le croit , toute la France le regarde comme son empoisonneur, et s'étonne avec raison que le roi de France ait si peu de considération pour le roi notre maître , que de lui permettre de revenir k la cour, vu la manière insolente dont il en a toujours usé avec cette princesse pendant sa vie »
Daniel de Cosnac qui n'a donné aucun détail sur la mort de Madame dans le cours de ses Mémoires, et qui s'est borné à énoncer cet événement accompagné de ses profonds regrets, le fait suivre dans sa première version d'un portrait de cette princesse habilement tracé. Le président Hénault l'a jugé digne de figurer dans son Abrégé chronologique de l'histoire de France, dans lequel il en a inséré la plus notable partie, tout en indiquant la ftotircc où il l'avait puisé.
in, qui a écrit dan* et ten* une relation <!<• Li maladie, mort et ouverture du curpé de Madanv- On la trouw au t. III de> Mémoin* publics par Poucet de l«a Gravi* que hou* ainni indique* dan» une noti préréd«*nl«* \p. \u\).
lvi NOTICE.
En perdant Madame , l'évéque de Valence vit s'évanouir l'espoir de toucher au terme de son exil. Selon toutes les probabilités, pour échapper à l'ennui de sa solitude de l'Ile-Jourdain, lieu dénué de toutes ressources, il y écrivit la plus grande partie de la première version de ses Mémoires ; il y note avec soin tous les membres de l'épiscopat qui lui donnèrent quelques marques de souvenir, soit en lui écrivant, soit en le visitant dans ce triste séjour, et se plaint amèrement de ceux qui le laissèrent en oubli. Il conclut pendant ce temps le mariage de l'aîné de ses neveux, François , marquis de Cosnac, avec Marguerite d'Aubeterre, petite-fille du maréchal de ce nom , et fille du comte d'Aubeterre, lieutenant général des armées du roi ; il célébra lui-même ce mariage , en 1671, au château de La Serre, près de l'Ile-Jourdain.
Ce fut peu de temps après ce mariage qu'il reçut l'autorisation d'aller à Toulouse suivre quelques affaires d'intérêt pendantes devant le parlement de cette ville. Il y passa quatre ou cinq mois , au bout desquels le roi lui permit de retourner dans son diocèse. L'auteur nous apprend, dans la seconde version de ses Mémoires, que la durée de son exil fut de deux ans et huit mois ; commencé en 1 670, il dut en conséquence se terminer vers la fin de l'année 1672, ou au plus tard dans les premiers mois de l'année 1673. Ainsi se trouve détruite la grave erreur de l'abbé de Choisy, qui prétend que l'exil de l'évéque de Valence à l'Ile-Jourdain dura quatorze ans; nous trouvons une nouvelle preuve de l'inexactitude commise par l'abbé de Choisy dans une lettre adressée de Valence par Mme de Sévigné à sa fille; nous allons en citer un fragment curieux sous plusieurs rapports :
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Valence, vendredi 6 octobre 1673.
« Mon unique plaisir consiste à vous écrire, la paresse du coadjuteur est bien étonnée dé cette sorte de divertissement. Vous êtes à Salon, ma pauvre petite, vous avez passé la Durancc, et moi je suis arrivée ici. Je regarde tous les chemins qui vous verront passer cet hiver, et je fais des remarques sur les endroits difficiles. Le plus sûr, dans l'hiver, est une litière ; il y a des pas où il faut descendre de carrosse ou périr. M. de Valence m'a envoyé son carrosse avec Montreuil et Le Clair pour me laisser plus de liberté. J'ai été droit chez le prélat, il a bien de l'esprit; nous avons causé une heure, ses malheurs et votre mérite ont fait les deux principaux points de la conversation. Il a deux daines de ses parentes avec lui. J'ai vu un moment les filles de Sainte-Marie et madame votre belle-sœur; sa belle abbesse se meurt, on court pour l'abbaye : une grosse fièvre continue au milieu de la plus grande santé, voilà qui est expédié. J'ai soupe chez Le Clair avec Montreuil, j'y suis logée. M. de Valence et ses nièces, fort parées, sont venus me voir, etc. »
Cette lettre démontre surabondamment que si l'exil de l'évêque de Valence n'avait pas cessé dès Tannée 1672, il avait fini au plus tard dans les premiers mois de Tannée 1673 ; elle contient de plus une appréciation de son esprit par un juge bien compétent, et un aperçu intéressant sur l'intérieur de sa maison.
Montreuil ' était son secrétaire : d'un caractère vif et
' L'abbé Mathieu de Montreuil, fiU d'au avocat au parlement de Pari», riait un bel esprit formé à la célèbre école de l'hôtel Rambouillet. Il portait le petit collet, tans être engagé dan» let ordre», ce costume était
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léger, sa tournure d'esprit devait plaire infiniment à Daniel de Cosnac; Mme de Sévigné, dans une lettre à Ménage, l'accuse d'être douze fois plus étourdi qu'un hanneton; il était poète et poète aimable, quoiqu'un peu maltraité par Boileau, qui a dit malicieusement dans son Art poétique :
On ne yoit point mes yen, à Penvi de Montreuil , Grossir impunément les feuillets d'un recueil.
Montreuil cependant écrivit pour Mmc de Sévigné jouant au colin-maillard, ce joli madrigal :
De toutes les façons vous avez droit de plaire , Mais surtout vous savez nous charmer en ce jour; Voyant vos yeux bandés, on vous prend pour l'amour , Les voyant découverts, on vous prend pour sa mère.
Nous ignorons en quelle qualité Le Clair était attaché à l'évêque de Valence; quant aux deux nièces dont parie M** de Sévigné , elles devaient être Suzanne de Cosnac , morte abbesse de Vernaison au diocèse de Valence, et probablement la marquise de Cosnac, fille du comte d'Aubeterre, mère de la comtesse d'Egmont.
Une visite comme celle de la marquise de Sévigné devait être précieuse pour l'évêque de Valence qui, accoutumé à la vie agitée des affaires et de la cour, était sans doute bien aise chaque fois qu'un incident venait rompre pour lui la monotonie de la vie de province. Il ne parle cependant pas de cette visite dans ses Mémoires, probablement parce qu'elle n'amena aucun autre événement digne d'être rapporté que de lui faire passer quelques moments agréables , et aussi parer que Mmc de Sévigné
«lors le passe-port presque obligé des hommes de lettres pour avoir leur* mirées dans le grand monde.
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n'avait point alors la célébrité posthume que ses lettres lui ont aoquise depuis.
Quelques années auparavant, Daniel de Cosnac avait reçu dans son diocèse une visite dont il parle longuement, celle du cardinal Chigi , qui allait à Paris adresser au roi des excuses publiques au nom du pape Alexandre VII, son oncle, pour l'insulte faite dans Rome à l'ambassadeur de France. Cette réception occasionna entre le duc de Lcsdiguières, gouverneur du Dauphiné, et Tévêque de Valence , une querelle de préséance que ce dernier sut habilement faire tourner à son avantage auprès du roi , malgré le mauvais vouloir que lui témoignèrent les ministres.
De Tannée 1673 à Tannée 1681 , Tévêque de Valence séjourna constamment dans son diocèse , s* occupant des devoirs de ses fonctions avec le zèle et T activité qu'il savait apporter aux choses dont il se mêlait. Il faisait de fréquentes tournées pastorales pour stimuler la foi des catholiques et obtenir des conversions parmi les protestants très-nombreux en Dauphiné. Il s'efforçait de réduire le nombre de leurs temples, et ceux qu'on avait établis contrairement aux ordonnances tombèrent tous sous ton marteau vigilant.
Il songeait si peu à quitter cette vie d'un nouveau genre, qu'il refusa d'être nommé député à l'Assemblée du Clergé de 1680, et n'accepta pour celle de 1682 que sur une lettre de l'archevêque de Paris ^ qui lui écrivit que tel était le désir du roi. Il reparut donc à la cour, fut reçu avec bonté par Louis XIV, qui se défendit d'avoir pris part aux persécutions dont il avait eu à souffrir; il revit le duc d'Orléans, et eut avec lui un éclaircissement que sa brusquerie lui fil terminer par une
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boutade dont ce prince parut blessé ; ensuite il se livra exclusivement aux affaires importantes qui avaient motivé la convocation extraordinaire de l'Assemblée de 1682.
Avant de nous occuper de la part que Daniel de Cosnac prit à cette Assemblée , il est nécessaire de revenir en arrière pour rappeler qu'il avait été député à deux autres Assemblées ; nous présenterons ainsi dans un tableau d'ensemble la vie religieuse de l'auteur. Comme il est bien plus connu pour avoir participé à une foule d'événements étrangers à sa profession, nous devons à sa mémoire de constater que s'il s'est plus illustré dans les affaires du monde que dans les travaux de l'Église, ce u'est pas qu'il ait négligé ces dernières occupations. Les procès-verbaux des Assemblées du Clergé auxquelles il fut député, prouvent qu'il en était un des membres les plus occupés et même les plus considérables. A cet égard, la découverte que nous avons faite du manuscrit des Pièces détachées est d'autant plus précieuse, qu'il renferme une partie considérable de ses travaux1 ; et comme dans les deux versions de ses Mémoires l'auteur parle d'une manière très-succincte de ses occupations assidues aux Assemblées dont il fut membre , le récit de sa vie fût resté incomplet sous ce rapport important»
Les Assemblées du Clergé de France étaient de deux sortes : les grandes Assemblées auxquelles assistaient quatre députés par province ecclésiastique, deux du premier ordre, c'est-à-dire deux évequcs, et deux du second ordre; les petites Assemblées auxquelles il n'assistait par province qu'un député de chaque ordre. Dans
1 Voy. m*» ciiu'ours rt rapports aux Assemblées du Cierge, t. H, jMg. 260 et suivante*
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les premières, dites du Contrat, parce qu'on y renouvelait le contrat passé avec le roi pour le payement des rentes de l'hôtel de ville, on s'occupait principalement des intérêts religieux, et en général de toutes les affaires importantes dont le clergé avait à se mêler ; dans les secondes, dites des Comptes, réunies plus particulière» ment en vue des intérêts administratifs et financiers du Clergé, on examinait les comptes du receveur général. l^es présidents étaient toujours choisis parmi les députés du premier ordre , les secrétaires parmi ceux du second. Ces fonctions étaient électives; mais lorsque François de II aria y fut transféré de l'archevêché de Rouen à celui de Paris, il obtint facilement de Louis XIV, en faisant valoir son zèle à le servir, la présidence à vie des Assemblées , en ayant soin de faire exclure de la députation les cardinaux et archevêques plus anciens que lui. Le Clergé consentit h cette dérogation h ses droits. François de Harlay étant mort le 6 août 1695, le Clergé rentra à l'Assemblée de 1700 dans l'exercice de son droit d'élection; mais en 1705 le cardinal de Noailles fit revivre les prétentions de François de Harlay , se déclara luimême seul président, et empêcha l'insertion au procèsverbal des protestations des députés de plusieurs provinces. I-es Assemblées avaient lieu tous les cinq ans, une grande et une petite alternativement; le roi convoquait en outre des Assemblées extraordinaires toutes les fois que les intérêts de l'Etat le lui faisaient juger nécessaire. Pendant l'espace de cinquante-deux années, à divers intervalles, Daniel de Cosnac panit a ces Assemblées auxquelles il fut huit fois nomme députe ; ce sont les Assemblées de llï.Vi . IlitM • IliS'J. MiSfi . 1090. 1tt>:>, 1701 et de 1707
i.mi NOTICE.
T^a durée de ces Assemblées était indéterminée ; les unes ne restaient réunies que pendant quelques mois , d'autres se prolongeaient au delà d'une année; aussi doit-on remarquer en faveur des habitudes de résidence de Daniel de Cosnac dans ses diocèses, qu'à part le temps de ses débuts dans l'épiscopat, où il fut fort as» sidu auprès du prince de Conti , et trois ou quatre an» nées qu'il passa auprès du duc d'Orléans pour y remplir d'une manière plus suivie les fonctions de sa charge , il ne paraissait guère à la cour que pendant la tenue des Assemblées , ou pour quelques voyages nécessités par des affaires provinciales qui ressort issaient souvent des attributions épiscopalcs , dans un temps où la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel était loin d'être aussi tranchée qu'aujourd'hui.
A l'Assemblée de 1655, la première à laquelle assista l'évêque de Valence , les évêques de Viviers et de Grenoble s'opposèrent à sa réception, sur ce motif qu'il n'avait pas encore pris possession de son évéché avant les élections faites pour la députation ; le premier se désista , et le second fut débouté de son opposition. Dorant la tenue de cette Assemblée, qui fut très-longue, puisqu'elle ne fut terminée qu'au mois de mai 1657, l'évêque de Valence s'occupa assez assidûment des questions qui s'y traitèrent , dont les principales furent l'examen des cinq propositions de Jansénius et les difficultés survenues dans l'administration du diocèse de Paris, par suite de l'emprisonnement du cardinal de Retz; il était cependant détourné fréquemment des travaux de la députation par le soin des affaires du prince de Conti et par les inquiétudes que lui causaient les cabales formées contre lui. Le 11 février 1050, Anne de Iiévis de Venta-
NOTICE. lxiii
Jour, archevêque de Bourges, l'excusait de n'avoir pu prendre congé avant de partir pour le Languedoc, par ordre du roi , et annonçait son prochain retour. L'affaire dont il paraît s'être le plus occupé lui était personnelle y il s'agissait d'un conflit de juridiction avec le présidial de Valence ; l'évêque en saisit l'Assemblée , qui nomma des commissaires et appuya la demande présentée au conseil du roi.
A l'Assemblée du Clergé, ouverte le 6 juin 1665 et terminée le 14 mai 1666, le rôle de Daniel de Cosnac s'agrandit : il fut membre de diverses commissions ; la lecture des procès- verbaux constate la part active qu'il prit aux délibérations. On sait que cette Assemblée a puissamment agi contre les protestants par toutes les voies qui lui étaient permises, notamment en provoquant la destruction d'un grand nombre de temples. Quoique les envahissements du jansénisme et la bulle Uniment tus lissent alors grand bruit, il en fut peu question, à part le soin que prit l'Assemblée de faire réformer la déclaration du roi obligeant les ecclésiastiques à signer le Formulaire par-devant les lieutenants généraux des lieux où étaient situés les bénéfices. Le Clergé croyait alors avoir à se plaindre des envahissements de l'autorité temporelle sur les choses de son domaine , particulièrement de la prétention élevée par Colbert, d'obtenir un dénombrement de ses biens. L'évêque de Valence ne craignit pas , dans cette circonstance, de se faire passer auprès de Louis XIV pour un esprit difficile ; il produisit, à l'appui de son opposition, des déclarations authentiques des rois de France.
L'auteur fit dans cette Assemblée les démarches nécessaires pour la reconstruction de la cathédrale de Die.
Lxrr NOTICE.
Le procès-verbal du 23 juillet 1665 expose que l'évêque de Valence se plaignit de ce que les lettres d'impositions de vingt-quatre mille livres n'étaient pas payées, par suite des difficultés soulevées par les intendants du Danphiné, et qu'un secours extraordinaire serait nécessaire. On lit dans le procès-verbal du 29 avril 1 666 : « L'étéque d'Usez rapporte qu'il a été à Versailles faire les réclamations dont l'Assemblée l'a chargé en faveur de l'évêque de Valence , et qu'il a obtenu du roi que la somme de seize mille livres serait imposée en trois termes, pour rebâtir la cathédrale. » L'auteur rapporte que Colbert, qui ne lui garda point rancune de son opposition dans l'affaire du dénombrement des biens du Clergé, lui remit lui-même l'arrêt du conseil rendu pour cet objet. L'évêque de Valence réclama encore une somme de trois mille livres au nom des héritiers de son prédécesseur , pour remboursement des dépenses que celui-ci avait été obligé de faire, étant avec l'archevêque de Rouen et les évêques d'Autun et de Léon , membre d'une commission chargée d'adresser à la cour de trèshumbles remontrances contre un arrêt du parlement de Paris , qui violait les immunités des évêques par la proscription du cardinal Mazarin. L'Assemblée alloua la somme pour être employée par Daniel de Cosnac ans réparations des églises de son diocèse, suivant la destination que voulait lui donner son prédécesseur.
L'évêque de Valence fut chargé d'adresser au roi la harangue de clôture de cette Assemblée : il la prononça à Saint-Germain le 17 avril 1066. Elle figure en tête des diverses pièces insérées à la suite des Mémoires. Ce discours est remarquable par son style, bien supérieur à relui do tous les autres écrits du même auteur: il est
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remarquable surtout par les considérations qu'il contient sur les libertés de l'Église gallicane et par les rapprochements qu'il provoque avec la situation du Clergé sous le dernier règne, par rapport au pouvoir temporel. On voit dès cette époque, d'un côté le gouvernement invoquer en sa faveur et contre les intérêts de la religion, les libertés de l'Eglise gallicane qu'il veut interpréter à sa manière ; de l'autre , l'épiscopat obligé de se défendre contre ces libertés dont on veut faire une arme contre l'Église. Il faut noter dans ce même discours la demande du rétablissement des conciles provinciaux , comme étant un des plus solides remparts de la foi. Enfin, l'évêque de Valence insiste fortement auprès du roi sur cette vérité, que l'Église seule peut faire prévaloir par son enseignement le respect du principe d'autorité, sans lequel tous les gouvernements sont impossibles. Il paraît que ce discours fut applaudi comme il méritait de l'être; nous pouvons en citer, entre autres témoignages, ce fragment emprunté au procès-verbal de la séance de l'Assemblée du 1 8 avril 1 666 :
m Monseigneur l'archevêque de Sens est entré et a dit « que la compagnie étoit si satisfaite d'avoir ouï si bien « haranguer hier Monseigneur de Valence , et l'apprott bation étoit si publique à la cour, qu'il n'avoit pas de « paroles assez fortes pour exprimer le ressentiment « qu'elle en avoit , et qu'il le prioit de sa part de la « donner pour la faire imprimer.
« A quoi Mondit seigneur de Valence a répondu que « la seule gloire qui lui reste est celle d'avoir obéi à la « compagnie, »
^ L'évêque de Valence trouva moyen de se multiplier
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par ses nombreux travaux à la célèbre Assemblée de 1682, dans laquelle furent formulés les droits de l'Église gallicane. L'intelligence de ses divers discours et rapports, que nous avons insérés à la suite des Mémoires , exige que nous tracions un rapide historique de cette Assemblée. Le but de sa convocation extraordinaire était Farrangement des différends survenus entre le roi et l'Église de France, entre l'Église de France et le pape, au sujet de la régale 9 droit par lequel les rois de France, pendant la vacance d'un archevêché ou d'un évêché 9 en percevaient les revenus et disposaient des bénéfices qui étaient à la nomination de l'évêque défunt. Tous les évechés n'étaient pas également soumis à ce droit de la couronne ; plusieurs du moins s'en prétendaient exempts, particulièrement ceux qui étaient situés dans les provinces de Languedoc , de Guienne , de Provence et de Dauphiné. Les rois contestaient ces exemptions, et la querelle fut en* venimée par un arrêt rendu en 1 608 par le parlement de Paris,- qui déclarait que le roi avait droit de régale sur l'église de Belley, comme sur toutes les autres de son royaume. Le clergé s'émut d'un arrêt qui, à propos d'un jugement particulier, tranchait la question dans un sens général et absolu. Il en porta ses plaintes à Henri IV, lequel, par une déclaration du mois d'octobre 1609, sursit pour un an au jugement de tous les procès pendants sur la régale. Ce prince ayant péri l'année suivante , le clergé renouvela ses plaintes auprès de Louis XIII, qui réduisit l'étendue de la régale en la bornant à la simple collation par le roi des bénéfices vacants , et en réservant tous les revenus pour les successeurs; mais on ne trancha point encore la question au fond , en déterminant quels étaient les évechés ou
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bénéfices exempts ou astreints au droit de régale : on se contenta encore, par des arrêts de 1617, 1618 et 1638, de surseoir à toutes les procédures. A l'avènement de Louis XIV, la question n'avait pas fait un seul pas ; pour ajourner une solution difficile , de nouveaux arrêts de 1651, 1654 et 1666 ordonnèrent de surseoir à toutes les poursuites et enjoignirent à toutes les provinces et à leurs églises de produire leurs titres d'exemption dans les trois mois , sous peine de déchéance. Chaque Assemblée du clergé ne manquait jamais de nommer des commissions d'examen et d'opposer ses doléances aux prétentions de la couronne, notamment l'Assemblée de 1670, qui avait chargé l'archevêque d'Embrun, Charles Krulart de Genlis, d'adresser au roi de respectueuses remontrances. Enfin Louis XIV, pour mettre (in à toutes les procédures pendantes , à toutes les prétentions élevées, donna ses déclarations de 1673 et de 1 675 portant que toutes les églises de son royaume sont sujettes à la régale , et que les archevêques et évêques qui n'ont pas fait enregistrer leur serment, le feront dans le délai de deux mois.
Ces déclarations, qui prétendaient trancher d'autorité des difficultés épineuses, au lieu de terminer les différends, furent l'étincelle qui alluma l'incendie. Les évoques d'Alcth et de Pamiers firent paraître plusieurs ordonnances contre ces déclarations, et portèrent leurs plaintes au pied du trône pontifical. Comme ils refusèrent de faire enregistrer leurs serments, les bénéfices à leur nomination, dont les titulaires vinrent h mourir, furent donnés par le roi comme vacants en régale. On vit se croiser aussitôt dans une effroyable confusion, d'un côté, les excommunications contre les bénéficiera irrégulière-
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ment institues; de l'autre, les confiscations, les exils, les emprisonnements, voire même les condamnations à mort pour soutenir les droits de la couronne. Le pape, inquiet des doctrines indépendantes de l'Église de France à l'égard de la cour de Rome, ne manqua pas de répondre à Fappel des évêques d'Aleth et de Pamiers; il fulmina trois brefs, dans lesquels il qualifiait d'injustes les déclarations de Louis XIV, reconnaissait comme canoni* ques les ordonnances des évêques d'Aleth et de Pamiers, condamnait celles que l'archevêque de Toulouse, métro* poli tain, avait lancées contre ce dernier. Sur ces entre* faites, les deux évêques d'Aleth et de Pamiers vinrent k mourir ; la mort du premier termina les différends qui concernaient son diocèse , la mort du second devint le signal d'une confusion plus grande encore. Tout le clergé de ce diocèse entreprit avec ardeur de soutenir la cause de lVvêque défunt. L'on vit lutter grands vicaires contre grands vicaires : d'une part , ceux qu'avait élus le chapitre; d'autre part, ceux qu'avait institués l'archevêque de Toulouse , en qualité de métropolitain. L'autorité royale recourut à la force, le chapitre fut dissipa, plus de quatre-vingts curés emprisonnés, exilés ou obligés de se cacher. Le parlement de Toulouse alla jus» qu'à condamner à mort le P. Cercle, grand vicaire nommé par le chapitre. De son côté le pape fulmina quatre nouveaux brefs contre l'archevêque de Toulouse en faveur du chapitre de Pamiers.
L'Assemblée de 1682 avait pour objet la conciliation de ces nombreux différends. L'évêque de Valence fut nommé membre de la commission qui devait examiner la célèbre affaire de Pamiers et de Toulouse. Cette grave contestation entre le roi et le clergé se termina par un
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compromis accepté par les deux parties. Un des principaux motifs de l'opposition du clergé à la collation des bénéfices en régale était que la plupart des bénéfices entraînant charge d'âmes, beaucoup de sujets indignes pouvaient être pourvus, et qu'en outre , l'autorité temporelle était incompétente pour conférer une juridiction spirituelle. Louis XIV fit donc paraître, le 24 janvier 1682, un édit confirmant le droit de régale sur toutes les provinces du royaume, mais ordonnant que nul ne pût être pourvu en régale à des bénéfices conférant charge d'âmes, s'il n'avait l'âge, les degrés et autres capacités prescrites par les canons de l'Église. En retour, l'Assemblée consentit solennellement à l'extension de la régale par un acte du 3 février 1682.
Les différends avec la cour de Rome furent d'une conciliation bien autrement difficile. lie roi et le clergé remis d'accord , se tournèrent contre le pape qui avait blessé par son intervention violente dans l'affaire de Toulouse et de Pamiers à la fois la souveraineté temporelle de la couronne, et les libertés alors si chères à l'Église gallicane. Les délibérations de l'Assemblée prirent donc une autre tournure; elle se mit à examiner quelles étaient les limites du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, les attributions de l'autorité pontificale et les bornes de son infaillibilité. On fut ainsi amené, sans y avoir songé d'abord, à la célèbre déclaration gallicane de l'Église de France, aux fameux quatre articles rédiges |>ar Bossue t, qui apparaît comme la grande figure de l'Assemblée de 1682. L'évoque de Valence était membre de la commission de la juridiction ecclésiastique; il prononça un discours sur les limites du pouvoir des papes',
1 Vo\ /n«r««A tin fin j, I ll.p 21>K
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dont la lecture prouve qu'il s'était fortement imprégné des griefs de l'Assemblée. Il n'était pas le seul à tenir un langage qui nous étonne aujourd'hui; ne sait-on pas que Bossuet, auquel revient une si grande part dans les résolutions qui furent prises, rédigea, au nom de l'Assemblée, une lettre adressée au clergé de France, dont Tinflexible fermeté était telle que dans un but de conciliation Louis XIV s'opposa à ce qu'elle fut envoyée * ?
Innocent XI s'émut des dispositions du clergé de France, et fit paraître, le 11 avril 1682, un bref qui cassait tout ce que l'Assemblée avait décidé au sujet de la régale. Le président en rendit compte le 9 mai suivant; depuis ce jour les séances furent interrompues jusqu'au 23 juin , "il il fut donné lecture d'une lettre du roi qui ajournait l'Assemblée au mois de novembre suivant. Cette seconde session n'eut pas lieu , afin de laisser tomber les animosités et d'éviter de pousser les choses trop avant.
Dans cette même Assemblée de 1682, Daniel deCosnac avait aussi été membre de la commission des annates, componendes et changements déjuges.
On se plaignait généralement des abus des annates, taxes perçues à Rome pour la consécration des évéques. L'origine de cet usage remontait à une bulle de Jean XXII, qui réservait au saint-siége les revenus de la première année de la vacance de tous les bénéfices.
Les componendes étaient ainsi nommées parce qu'elles étaient des taxes réglées par composition. Lorsqu'un bénéficier ne remplissait pas son devoir, les fruits étant
1 La suppression de relie lettre lui eau&e qu'elle n'a été connue qu'en 1778, où elle a paru pour la première lois dans l'édition «les œuvre» de BoMuet , publiée par D. Iléforis
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mal perçus et sujets à restitution, il composait à la daterie de Rome, afin d'en pouvoir garder une partie; or, comme ces fruits appartiennent à l'Église et aux pauvres, on objectait que la taxe perçue à Rome n'était pas canonique.
Enfin un dernier grief contre la cour de Rome était sa tendance, dans un but d'accroissement d'autorité, à enlever les ecclésiastiques à la juridiction de l'ordinaire pour évoquer directement devant elle la connaissance de leurs causes.
On verra à la fin des Mémoires les divers discours ou rapports de l'évoque de Valence sur ces questions. Il conclut pour les componendes à ce que les sommes versées par les bénéficiers, cessant d'être perçues à Rome, fussent remises entre les mains des ordinaires pour être employées par eux conformément aux canons de l'Église. Pour les changements de juges, il demande que le pape lui-même renonce, par une constitution, à évoquer directement devant lui les causes dont le jugement en premier ressort appartient aux ordinaires , c'est-à-dire aux évêques diocésains, et il sollicite une déclaration du roi, défenseur naturel des libertés de l'Église gallicane, qualifiant nulles et abusives toutes les commissions qui ne seraient pas adressées aux évêques diocésains. L'évêque de Valence fit encore un rapport favorable sur le livre de M. Gerbais, député à l'Assemblée par la province de Vienne. Cet ouvrage, dont les doctrine* très-gallicanes avaient été déférées à l'examen du clergé, faisait alors sensation.
Daniel de (iosuac se signala dans l'administration de *es diocèses de \ alence et de Die par sou zèle à coni- Iwttre le protestantisme qui comptait de nombreux adeptes dans le Datipliiuc et dans le Vivarais, dont une
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partie dépendait de l'évêché de Valence, et par son infatigable ardeur à détruire leurs temples. II n'employait ni la force ni la violence; mais, les édits royaux à la main, il faisait une guerre sans merci à ceux qui avaient été élevés contre les ordonnances, et tous, avant même la ré* vocation de l'édit de Nantes , avaient complètement disparu. On lit dans le Mercure galant du mois de mai 1 685 :
« Le zèle qu'il a (Louis XIV) pour faire reconnoître la vraie religion dans toute la France , lui donnant un juste discernement pour le choix des prélats capables de la soutenir, fit tomber le sien sur messire Daniel de Cosnac , à présent évêque de Valence et comte de Die. Sa maison est fort illustre et a donné des cardinaux à l'Église. Pour sa personne, je n'ai point d'autre éloge à vous en faire qu'en vous disant que depuis qu'il a été nommé par Sa Majesté, il n'a rien épargné pour détruire l'hérésie dans son diocèse. Un très-grand nombre de temples que l'on y a abattus par le soin qu'il a pris de faire voir les contraventions manifestes aux édits et aux déclarations du roi, parlent mieux de sa gloire que tout ce que je pourrais vous en dire, sans qu'il soit besoin que je vous fasse souvenir de celle qu'il s'acquit dans une des dernières Assemblées du Clergé dans laquelle il ne donna pas moins de marques de sa piété que de son esprit. »
Le Mercure raconte ensuite avec de longs détails la destruction du temple de Montélimart, et la plantation, en grande pompe, sur son emplacement, d'une croix érigée par l'évêque de Valence , en présence des consuls et des populations assemblées ; il donne ensuite les nombreuses pièces de vers écrites à cette occasion en l'honneur du prélat ; nous nous bornerons au fragment suivant de l'une d'elles qui nous a paru la meilleure , et dont
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Fauteur était un jeune gentilhomme qui n'est point indiqué par d'autre désignation :
Illustre et grand prélat dont la sagesse exquise Sert arec tant d'éclat d'ornement à l'Église
Ton œil reillant à tout, l'hérésie aux abois
Apprend de nos édits à respecter les lob ,
Et tandis que Louis, pour ourrir la campagne,
Enlève en conquérant Luxembourg à l'Espagne ,
Qu'au superbe Génois il fait craindre ses coups ,
Ton zèle lui prépare un triomphe plus doux.
Déjà Montélimart t'en fournit la matière ;
Cest par toi que son temple est réduit en poussière.
L'hérétique en frémit , et le voyant tomber,
Avec tout le parti s'attend à succomber.
Poursuis, et nous Terrons bientôt d'autres miracles;
Ta piété jamais ne craignit les obstacles;
On lui résiste en vain , cent temples abattus
Ont assez à la France annoncé tes vertus !
L'évêque de Valence fut membre de l'importante As* semblée du Clergé réunie le 25 mai 1685, qui préluda à l'un des actes les plus célèbres et les plus graves du règne de Louis XIV. La grande affaire de cette Assemblée fut de rechercher les moyens d'anéantir à jamais le protestantisme. On trouve à chaque page des procès-verbaux des preuves du zèle et des travaux du prélat. Nommé, suivant son désir, membre de la commission chargée de l'examen des affaires concernant la religion prétendue réformée , il en fut même choisi pour chef, malgré le constant usage qui n'attribuait qu'aux archevêques la présidence des commissions. Il appuie les réclamations d'un sieur de l^a Ra roi ère, déshérité à la fois par son père et par un proche parent pour s'être converti ; il s'entend avec le marquis de Seignelai , secrétaire d'Etat, au sujet de la
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manufacture d'Abbevillc dont les ouvriers catholiques avaient été expulsés par les ouvriers protestants ; il poursuit encore la démolition des temples et obtient du roi F autorisation de détruire les deux derniers qui restaient dans son diocèse; il présente à l'Assemblée un rapport sur les mesures générales à prendre contre le protestantisme, mesures pour lesquelles il demande F intervention de l'autorité royale; il adresse à Louis XIV, le 14 juillet 1 685 au nom de l'Assemblée, une harangue dont l'intérêt historique est d'autant plus grand qu'elle est une complète apologie des efforts du roi pour détruire le schisme , et le dernier stimulant employé par le clergé pour obtenir des mesures plus décisives encore qui se traduisirent , le 22 octobre de la même année , par la révocation de Tédit de Nantes \
On ne peut voir sans quelque douleur une religion qui doit convaincre par la vérité et la douceur, servir de prétexte à des conversions obtenues par la violence, par les armes, par les édits persécuteurs. Parmi les protestants, beaucoup revinrent à la foi de leurs pères; mais la plupart, cédant à la crainte, leur retour ne présente aucun de ces caractères dont la religion peut s'applaudir; les autres refusant de se soumettre à des lois qui prétendaient régir despotiquement la conscience de l'homme, dernier asile de sa liberté , ou se laissèrent entraîner à une insurrection coupable, ou en s'expatriant , portèrent chez les nations voisines leurs talents , leurs industries, leurs capitaux. On a cru longtemps découvrir dans M"* de Maintenon l'instigateur secret qui
1 Voy. cette harangue (i. II. p. :\\(\) |«.«niii les dm rses pièee* des Assemblée* Hn (lierre
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avait poussé le roi à ces mesures extrêmes , mais elle paraît les avoir seulement acceptées dans leur principe sans les avoir provoquées , et , bien moins encore , sans en avoir approuvé les excès. Nous devons à M. le duc de Noailles, dans son histoire de M™ de Maintenon \ la rectification d'une erreur qui avait acquis, pour ainsi dire, force de vérité, et dont nous trouvons l'irrécusable réfutation dans cette lettre à son frère dans laquelle, sans songer certainement à composer son rôle pour la postérité , elle lui disait , après avoir blâmé ses violences contre les protestants de son gouvernement de Cognac : (c Ni Dieu ni le roi ne vous ont donné charge d'âmes , sanctifiez la vôtre et soyez sévère pour vous seul. » Cette, mesure désastreuse à tant d'égards s'explique par l'entraînement puissant et si souvent aveugle de l'opinion, auquel tout absolu qu'il était, Louis XIV cédait souvent à son insu; elle s explique encore par les remords qu'il éprouvait de sa conduite légère et de ses désastreux exemples pendant les plus belles années de sa vie; et d'un extrême passant à l'autre, il croit mieux assurer, par l'exagération de son zèle , un salut dont il se préoccupe. Enfin sa conduite impolitique trouvait peutêtre une excuse politique dans son désir d'aplanir les difficultés toujours existantes avec le saint-siége par une mesure qu'il supposait devoir lui être agréable. Fausse prévision : malgré le bref de félicitations qu'Innocent XI se crut obligé d'adresser au monarque, ces différends se prolongèrent encore durant bien des années. Il restait au clergé de France un rôle magnifique à remplir, c'é-
• \oy YHittiur* th •/•" ,1, MamtrnoH, |mi M. Ir dur t\v NVailln», t. Il, p. 4*>!irt «uitante*.
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tait de refuser l'holocauste que le roi voulait jeter à ses pieds; s'il ne le fit pas, il faut sans doute faire la part des époques de ferventes croyances qui sont peu tolérantes. Le protestantisme avait failli naguère renverser le vrai culte des autels; plus que le clergé de France, il donnait en Angleterre la mesure de son esprit d'intolérance.
Si l'évéque de Valence se fait l'organe des sentiments de l'Assemblée, ce n'est point que les mesures de violence fussent dans son caractère; bien au contraire, il s'est signalé par une conduite tout opposée. Il combattit corps à corps le protestantisme, mais la croix et l'évangile à la main. Comme souvent il faut faire connaître à des esprits peu éclairés la source de leurs erreurs, l'évéque de Valence, s 'apercevant du peu d'efficacité d'une logique sévère pour les convaincre, employa plus d'une fois la causticité de son esprit à faire ressortir le côté ridicule de leurs croyances , et obtint par ce moyen les résultats les plus inespérés.
On lit à ce sujet dans les Mémoires politiques et militaires , publiés par l'abbé Millot, sur les notes et papiers du maréchal de Noailles :
« Malgré les travaux infatigables des missionnaires secondés par l'évéque de Nismes , malgré la présence des troupes et la démolition des temples, les conversions n'étoient pas cependant aussi fréquentes qu'on l'avoit d'abord espéré. D'Aguesseau l'écrivoit au duc de Noailles, et tentoit de son coté les moyens d'une sage politique. Il lui apprenoit que l'évéque de Valence réussi ssoit mieux dans le Dauphiiuf; que ce prélat ayant commencé avec peu de fruit par de bonnes raisons, dont il étoit fort capable, en donnnit à ses auditeurs de proportionnées à
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leur intelligence , qu'on ne pouvoit entendre sans rire, mais qui convertissoient ces sortes de gens. »
Lorsque la révocation de l'édit de Nantes eut occasionné une révolte des protestants du Dauphiné, et que des commissions condamnaient à mort tous ceux qui avaient été pris les armes à la main, l'évêque de Valence obtint du roi la grâce de la vie pour ceux qui se convertiraient, et se mit à parcourir le Dauphiné et le Vivarais sur les pas des exécuteurs pour obtenir les abjurations des prisonniers.
En 4687, Daniel de Cosnac fut promu à l'archevêché d'Aix presque malgré lui : il aurait préféré rester à Valence où ses travaux et ses services lui avaient procuré une existence douce et facile au milieu de ses diocésains; mais les désirs de Louis XIV étaient des ordres auxquels on ne résistait pas. L'archevêché d'Aix ne le séduisait sous aucun rapport; les habitants passaient pour être d'un caractère frondeur et difficile ; les revenus étaient moindres que ceux des évêchés réunis de Valence et de Die, et les dépenses beaucoup plus fortes. Cette dernière considération, sur laquelle insiste l'auteur des Mémoires, peut donner lieu à des réflexions peu bienveillantes de la part de ceux qui aiment à trouver les membres du clergé en opposition dans leur conduite avec leurs enseignements; ils pourront l'attribuer à l'amour des richesses mondaines; mais des juges moins prévenus conviendront qu'il est profitable à la religion elle-même que ceux qui doivent enseigner la charité aient les moyens d'en donner l'exemple; de plus, l'archevêché d'Aix avait des prérogatives de l'ordre administratif et politique qui entraînaient des voyages, des dépenses et une représentation indispensables. Une considération d'une autre nature
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que pourraient alléguer des pei*sonnes scrupuleuses et bien intentionnées , c'est que les différends avec la cour de Rome empêchant alors les nouveaux évêques d'être préconisés, l'évêque de Valence n'aurait pas dû accepter la nomination du roi, et surtout ne pas prendre l'administration de son nouveau diocèse. Si Daniel de Cosnac eut tort en cette circonstance, il erra du moins en communauté avec l'Église de France, qui ne pensait pas que les diocèses dussent être privés de pasteurs à cause de différends qui roulaient en majeure partie sur des intérêts temporels ; les évêques de Valence et de Die , successeurs de Daniel de Cosnac, dont les deux évêchés furent séparés , ceux de Bazas , de Rodez , d'Aire , de Vence et d'Ypre, les archevêques d'Alby et de Toulouse, se trouvèrent dans le même cas. Daniel de Cosnac prit simplement le titre d'archevêque nommé d'Âix jusqu'à sa préconisation, qui n'eut lieu qu'en 1693, et il ne prêta serment au roi en sa nouvelle qualité que le 41 juin
L'auteur des Mémoires eût préféré à l'archevêché d'Aix l'archevêché d'Alby; mais il fut donné à M. de La Berchère, depuis peu archevêque d'Aix. Comme ce prélat avait mal réussi en Provence, où il s'était heurté à son désavantage contre les dispositions peu bienveillantes de ses diocésains, le roi était bien aise de mettre à sa place un homme d'énergie sur lequel il pût compter pour faire marcher selon ses vues une province alors reconnue comme une des plus ingouvernables; c'est ce qu'il témoigna à Daniel de Cosnac en lui disant , lorsqu'il l'obligea à accepter cet archevêché : « Vous êtes bien homme /tour eux. »
Une des raisons qui avaient accru la réputation d'in-
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docilité des habitants de la Provence et indisposé l'esprit du monarque, était leur conduite au temps de la Fronde. Ils avaient fait prisonniers le comte d'Alais, leur gouverneur, et le duc de Richelieu , général des galères; enfin le parlement d'Aix avait offert à celui de Paris un secours de quinze mille hommes. La pacification de 1653 n'avait pas réussi à rendre le calme à cette province; les Marseillais avaient opposé une malveillance obstinée au duc de Mercœur, leur gouverneur, qui s'était tu obligé de restreindre les libertés municipales devenues un instrument de désordres entre les mains des factieux; aussi en 1660 Louis XIV était-il entré dans Marseille par une brèche faite à ses remparts, pour donner à ses habitants une marque éclatante de son mécontentement, et leur prouver l'irrésistible puissance de son autorité.
Le nouvel archevêque eut , en effet , dès le premier jour de son installation , à commencer une existence de luttes multipliées qui eussent découragé tout autre que lui; mais comme Ixmis XIV, qui avait la connaissance des hommes, l'avait prévu, Daniel de Cosnac n'était pas d'un caractère à se laisser abattre; il fit tant et si bien, qu'il finit par avoir raison de tous ses adversaires. La cruelle nécessité des luttes dans lesquelles il se trouva engagé provenait, non-seulement du caractère des Provençaux, mais encore de la faiblesse ou de l'incurie de ses prédécesseurs qui avaient laissé perdre ou usurper la plupart des prérogatives inhérentes à la dignité de l'archevêque d'Aix.
Il eut à combattre à la fois les prétentions de M. de Grignan, archevêque d'Arles, à la présidence des Etats, le mauvais vouloir de son frère , le comte de Grignan ,
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lieutenant général de la province, les usurpations de l'université d'Aix, la fierté et les envahissements du parlement, l'indépendance du chapitre, la révolte ouverte des couvents contre son autorité. On ne lui épargna ni les injures, ni les libelles ; mais lorsque l'autorité royale voulut punir les coupables , l'archevêque implora avec succès sa clémence et eut lieu , dit-il, de s'en repentir.
Dans le manuscrit des pièces détachées se trouvent rapportées, une foule de pièces relatives à ces différends. On fera bien de lire à la suite des Mémoires ces documents que nous avons rangés par ordre de matières et de dates.
Les pièces qui concernent Y Assemblée des Communautés ou États de Provence ne sont pas les moins curieuses de cette collection ; d'une part , parce que plusieurs se rapportent à un différend qui a valu à la littérature quelques lettres de dépit de la marquise de Sévigné ; d'autre part, parce qu'elles sont un précieux monument qui constate l'état d'épuisement où était tombée la Provence par suite des guerres de Louis XIV, et fait connaître quelle était alors la mesure des libertés provinciales1.
C'est ici le lieu de remarquer la supériorité du régime administratif de l'ancienne France sur celui de la révolution de 89. Les provinces comme le Languedoc, la Provence, la Bourgogne, la Bretagne , avaient des états particuliers, les villes, des assemblées, où étaient traitées avec promptitude et connaissance de cause les affaires provinciales et locales. Depuis, la centralisation administrative qu'il faut distinguer de la centralisation po-
1 Voy. les discours, mémoires et remontrances relatif* aux ÉtaU de Provence, t. Il, pag. 331 et suivantes.
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litique, tout en maintenant ou en créant certains conseils électifs , leur a enlevé toutes attributions sérieuses , afin de fortifier le pouvoir central aux dépens des intérêts généraux. Cette centralisation , dont on semble comprendre aujourd'hui l'excès , et dont se sont emparés avec tant d'ardeur les gouvernements qui se sont succédé depuis la première révolution, a été pour eux le principe d'une force abusive et d'une désespérante faiblesse ; la base leur manquant , elle a facilité leur renversement, chacun d'eux n'ayant pu opposer à ses adversaires que la résistance impuissante du colosse d'airain aux pieds d'argile1.
La Provence , de tous les pays à états , était celui qui jouissait en 4687 de la représentation la moins large; le caractère ombrageux de ses habitants , et la politique de Richelieu qui travaillait de longue main à la centralisation du pouvoir , avaient été le double motif qui l'avaient fait restreindre en 4639. Depuis lors cette province, privée de ses États proprement dits , composés des trois ordres, n'avait plus qu'une Assemblée, dite des Communautés, formée des procureurs du clergé, de la noblesse, et d'une cinquantaine de députés des communes. Les attributions de ces Assemblées étaient restées les mêmes que celles des anciens États; mais avec cette essentielle différence que leur existence , au lieu d'être un droit imprescriptible , n'avait plus que le caractère d'un privilège octroyé et révocable. Ces attributions consistaient premièrement dans le vote des impots, et ensuite dans l'examen et la décision de tous les
* Nom •▼ont expoté cette importante question dana une brochure intitulée : Dt U dèctmtraiumtiom mJminùtrativt, par le comte Jules de Coaoac. Dentu, éditeur, I&44.
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intérêts particuliers à la province. L'Assemblée des Communautés se réunissait tous les ans à Lambesc; les (onctions des députés étaient gratuites ; mais les frais de leur voyage étaient payés sur les revenus de la province. I /archevêque d'Aix, président des États, en qualité de procureur né du pays, avait conservé le même privilège dans l'Asssemblée des Communautés; en cas d'absence, il était remplacé par le plus ancien prélat. Le gouverneur, ou à sa place le lieutenant général de la province, faisait l'ouverture de la session par un discours qui était suivi de celui du commissaire du roi ; le président prenait ensuite la parole au nom de l'Assemblée, puis le détail des affaires était exposé par un procureur de robe. Après cette première séance, le gouverneur ou le lieutenant général n'avaient plus droit d'entrée , à moins d'avoir des communications ou des ordres à transmettre de la part du roi.
On verra dans les Mémoires comment M. de Grignan, archevêque d'Arles , ayant rempli par intérim les fonctions de président de l'Assemblée, prétendait enlever définitivement ce privilège à l'archevêque d'Aix. Il avait de puissants appuis pour le soutien de ses prétentions ; son frère aîné , le comte de Grignan, gendre de la marquise de Sévigné, exerçait sur les députés, en qualité de lieutenant général de la province , toute l'influence que donne le double titre de dépositaire et de représentant de l'autorité du roi; en outre, il possédait à la cour des amis en crédit. Tous ces moyens mis en jeu avec ardeur ayant abouti à une défaite , la mortification de l'archevêque d'Arles en fut d'autant plus vive; à tel point que ne pouvant supporter d'être réduit à siéger sur un simple banc, tandis que l'archevêque d'Aix pré-
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aidait sur un fauteuil, il prit le parti de se retirer. Les pièces détachées insérées à la fin du second volume renferment le discours adressé pendant la tenue de F Assemblée de 1689, par Daniel de Cosnac, à l'archevêque d'Arles, à l'occasion de sa retraite; l'on y sent percer sous les dehors de la politesse la plus exquise et même de la louange, une spirituelle et mordante ironie \
Mœ* de Sévigné blâma vivement cette excessive susceptibilité qui sacrifiait à un sentiment d'amour-propre r influence sur les Assemblées du comte de Grignan, par l'intermédiaire de son frère; voici ce qu'elle en écrivait à sa fille :
Aux Rochers, 26 octobre 1689.
« Vous avez présentement M. d'Arles; il m'a écrit de Paris , je lui ferai réponse h Grignan ; et comme il me parle de son abdication, je n'hésiterai point à lui mander ce que j'en pense, quoique ce soit une chose faite, et qu'il me dise que M. de Pomponne et M. de Vins l'ont approuvée ; il est si aisé d'escroquer des approbations qu'elles ne doivent pas faire une autorité. Il me mande que cela n'étoit bon que pour M. de Grignan, je ne veux que cela pour le confondre : n'est-ce donc rien que d'être bon à son aîné dans une place comme celle-là ? Il n'aura qu'à voir combien cela fera plaisir à M. d'Aix, pour juger combien cela est mauvais à M. de Grignan. Et depuis quand un Grignan compte -t- il pour rien d'être utile à sa maison ? Eux , que vous dites qui en aiment jusqu'à la moindre goutte, sous quelque figure que ce puisse être, n'ont-ils point assez marqué dans les
• t il, p. aaa.
vw* NOTICE.
wutAHfct publiques qu'ils ne sont qu'un? D'où vient ^u >l plaît à M. l'Archevêque de se démentir et de reiK*àc?r à cette belle et heureuse réputation ? Je trouve vamiuiw vous qu'il faut être pointilleux , pour être blessé *l\ttt petit morceau de bois sur un banc , qui fait la différence des places , qui ne tombe ni sur la personne ni *ur le nom , et qui n'est fondée , dans cette Assemblée roulement et pendant quelques jours, que sur les rangs de l'archevêque d'Aix et de l'archevêque d'Arles. Cela doit-il faire prendre la résolution de parler au roi , comme un homme qui a fait longtemps un sacrifice , dont le poids et le dégoût lui sont enfin devenus insupportables? Est-il possible que le roi soit entré véritablement dans cette peine ; et qu'il n'ait point été surpris que l'honneur de le servir , qu'on avoit tant fait valoir en prenant cette place, ne puisse plus le soutenir contre un chagrin qui n'est que dans son imagination ? Enfin , ma fille, je suis blessée de cette abdication, et je souhaite à celle-là le même repentir qu'aux autres , afin de nous venger. Mais je vous en dis tant que j'y renverrai M. l'Archevêque , s'il me fait l'honneur de vouloir que je lui dise mon sentiment sur ce qu'il me mande , et je ne lui ferai qu'une légère mention de cet article dans ma réponse, w
Aux Rochers, 9 novembre 1688.
« Je crois que M. d'Arles recevra à Grignan la lettre que je lui écris; répondra-t-il bien aisément sur cette noble fierté que je blâme , et qui lui fait sentir personnellement une préférence de siège qui no regarde que son bénéfice, et qui déshonore aussi peu l'abbé de Grignan, qu'elle honore l'abbé de Cosnac ? Enfin, ma fille,
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ce sont des tours d'imagination où Ton ne sauroit que faire , etc. »
Lorsque Daniel de Cosnac eut ressaisi l'autorité qui appartenait de droit aux archevêques d'Aix , l'administration de la Provence changea de face ; Tordre , la régularité , l'économie dans les dépenses firent place au désordre et au gaspillage des deniers publics. L'exécution de toutes les délibérations prises par les Assemblées lui fut rendue, et il obtint même du conseil du roi une notable extension de prérogatives , en se faisant attribuer la signature de tous les mandats de dépenses payables par le trésorier de la province. Ces changements ne furent pas vus par tout le monde d'un œil bien favorable; ainsi on lit dans le journal manuscrit de Dangeau, du 17 août 1688 :
« M. l'archevêque d'Aix a gagné un grand procès contre toute la Provence ; on ne délivrera aucun mandat qui ne soit signé de lui ; et dans les Assemblées de la province, il aura un fauteuil et les autres archevêques et évéques seront sur un banc; il vouloit être traité de Monseigneur par les députés de l'Assemblée, mais il n'a pas gagné cet article. »
L'archevêque d'Aix usa de désintéressement en refusant d'accepter de la province aucun émolument pour ses fonctions de président des Assemblées, ainsi que l'usage en était établi dans les autres pays d'états ; il reçut du roi, en compensation, l'abbaye de Saint-Taurin d'Évreux. A propos de cette abbaye , M"* de Sévigné qui, depuis les discussions avec lesGrignan, n'était plus avec Daniel de Cosnac dans les termes de sa lettre datée de Valence le fi octobre 167.S, continue h le pour-
lxxxti NOTICE.
suivre avec cette animosité piquante, particulière aux femmes dont l'amour-propre a été blessé, soit dans leur personne , soit dans celle de ceux qui leur tiennent de près ; elle l'accuse cette fois d'être Gascon :
Aux Rochers, 20 novembre 4689.
« Votre M. d'Aix A une abbaye de six mille livres de rente qui étoit à l'abbé de Soubise ; il vous dira qu'elle en vaut douze; rabattez la moitié, etc. »
La réponse à cette insinuation se trouve dans le journal de Dangeau (11 novembre 1689), témoignage d'autant moins suspect que d'après la citation que nous avons faite plus haut , cet écrivain paraît peu favorable à l'archevêque d'Aix :
a Le roi a donné l'abbaye qu'avoit M. de Soubise à l'archevêque d'Aix. Le roi lui en avoit promis une bonne pour le dédommager de ce qu'il avoit perdu en quittant son évêché, car Valence vaut dix ou douze mille livres de plus qu' Aix. Cette abbaye est dans Évreux , et vaut douze ou quinze mille francs. »
Cette occasion n'est pas la seule où M™6 de Sévigné , dans sa correspondance, maltraite sans trop d'égards ceux qui avaient eu le malheur de déplaire soit à elle , soit aux siens ; l'esprit de famille était chez elle un culte qu'elle ne savait pas assez modérer, mais que, malgré son excès on peut considérer comme préférable à l'indifférence moderne qui a succédé sur ce point aux sentiments d'autrefois. En 1G73, l'éveque de Marseille, Forbin-Janson, ayant contribué à faire rejeter, par l'Assemblée des Communautés de Provence, les frais de cour-
NOTICE. lxxxvii
ricr réclamés par le comte de Grignau pour envoyer au roi le cahier de remontrances, M"* de Sévigné écrivait à Arnauld d* Andilly : « Tout ce que vous saurez entre ceci et là, c'est que si ce prélat, qui a le don de gouverner les provinces, avoit la conscience aussi délicate que M. de Grignan , il seroit un très-bon évéque ; ma bas ta. » Or, cette insinuation s'adressait à un vertueux prélat, adoré des pauvres, et élevé depuis, par son mérite, à la dignité de cardinal.
Les différends de l'archevêque d'Aix avec les Grignan ue durèrent que pendant les premières années ; il parait qu'ils se mirent ensuite en bonne intelligence. Une des difficultés que le comte de Grignan , sans doute à cause de son frère , avait suscitées à l'archevêque , roulait sur une remontrance au roi , présentée par l'Assemblée des Communautés ; il prétendait que les articles de ce cahier ne pouvaient être dressés que par son autorité. Daniel de Cosnac n'eut pas de peine à lui démontrer que ce serait enlever au roi tout moyen de connaître la vérité , dans le cas où il y aurait des plaintes à porter contre les dépositaires de son pouvoir, qui se garderaient bien de lui transmettre de semblables doléances. Nous sommes seulement forcés de convenir, avec M. de Grignan, que ce qui nous parait le moins régulier dans ce cahier, c'est qu'il avait été rédigé en dehors de la tenue de l'Assemblée.
Les discours prononcés par l'archevêque d'Aix aux Assemblées des Communautés roulent, en général, sur des questions de finance , sur des subsides à accorder pour aider Louis XIV dans la dépense de ses guerres. On voit que la Provence est épuisée par les efforts qu'elle a déjà faits , et que le président de l'Assemblée est obligé,
uuLXTiu NOTICE.
pour animer les députés à voter de nouvelles charges , d'exciter à la fois leur patriotisme et leur amour-propre de province, de faire valoir les nombreux avantages qu'ils ont retirés du gouvernement du roi par l'extension du commerce , la construction de nouveaux ports , la sécurité intérieure, le triomphe du catholicisme sur l'hérésie. L'archevêque est prodigue de louanges envers Louis XIV; mais ses sujets pouvaient bien être sincèrement éblouis de la grandeur d'un monarque qui résumait en lui et reflétait au dehors tout l'éclat de son règne. Ces discours ont le mérite d'être courts et de présenter un exposé de la politique du temps à un point de vue que nous appellerions aujourd'hui parlementaire.
Les différends de l'archevêque d'Aix avec l'Université roulèrent sur des usurpations faites par ses membres au détriment de l'autorité que lui conféraient ses fonctions de chancelier. Les opposants s'appuyaient sur de prétendus privilèges particuliers à l'université d'Aix; mais l'archevêque fit condamner ces prétentions par arrêts du conseil du roi, et remit cette université sur le pied de toutes les autres du royaume.
Les difficultés avec le parlement de Provence ' furent d'une nature peu grave. D'abord ce corps avait entrepris avec nombre d'habitants de la ville d'Aix de soutenir l'Université, chacun pouvant trouver son avantage dans les abus qui s'étaient introduits ; ensuite le Parlement s'offensa de ce que l'archevêque marchant dans les processions entouré de personnes de sa maison , il en résultait que ces personnes avaient le pas sur lui, et il re-
1 Vcry. Discours et mémoires adressée au parlement de Provence, t. 11, p. 366 et tui Tantes.
NOTICE
fusa de suivre la procession de Noël ; cette susceptibilité fait le sujet d'une lettre de reproches écrite par Daniel de Cosnac au Parlement. Enfin, d'après une autre lettre adressée par l'archevêque à un ministre qui n'est pas nommé, mais qui devait être le marquis de Croissy, chargé des affaires de Provence, il paraît que dans une affaire criminelle concernant un curé, le Parlement avait empiété sur les droits de la juridiction ecclésiastique; la conclusion de cette affaire ne nous est pas connue.
Le chapitre, entraîné par l'exemple, voulut aussi tenter le sort des luttes ; il prétendait intervenir dans l'administration du diocèse en dehors des règles admises, il voulait être arbitre souverain du cérémonial ; il mettait obstacle à la plupart des actes et décisions de l'archevêque par des appels qualifiés comme d'abus directement adressés au vice-légat d'Avignon ; il troublait le cours de la juridiction ordinaire en refusant de reconnaître la compétence du tribunal ecclésiastique d'Aix , pour se soumettre au jugement irrégulier de commissions nommées par le légat, de telle sorte que l'archevêque d'Aix fut obligé d'avoir recours à l'autorité du roi pour mettre à néant des entreprises qui détruisaient l'autorité épiscopale et violaient les libertés de l'Église gallicane \
Il paraît que l'archevêque eut aussi quelques démêlés avec un des curés de son diocèse ; nous n'en avons trouvé aucune trace dans le texte des Mémoires, ni parmi les documents détachés ; mais nous en devons la connaissance aux bienveillantes communications que nous a
1 Voy. Me moires relatif $ au chapitre métropolitain de la eUle tt A u , t. Il, p. 374 ei tumulte*.
xc NOTICE.
faites M. Rouard, bibliothécaire de la ville d'Aix, et qui proviennent d'une histoire inédite de cette ville par de Haitze, conservée en manuscrit dans la bibliothèque du président de Méjanes , aujourd'hui réunie à celle de la ville d'Aix. L'archevêque, pour tâcher de mettre un terme aux injures et aux libelles qui le poursuivaient et contre lesquels il avait, d'après ce qu'il dit dans ses Mémoires, refusé l'assistance de l'autorité royale, voulut se servir des armes canoniques, et fit publier contre ses détracteurs un monitoire dans lequel il menaçait de fulminer l'excommunication contre les désobéissants. Les curés du diocèse publièrent le monitoire dans leurs paroisses respectives, un seul refusa d'en faire la publication. Il s'ensuivit un incident que nous allons emprunter à l'historien contemporain de Haitze, lequel appartenait à la phalange des ennemis du prélat. Notre impartialité d'historien nous oblige à donner ce passage et quelques autres; si la manière dont le curé manifesta son éclatante opposition n'est pas d'un goût parfait, ni justifié par les habitudes de tempérance dont Daniel de Cosnac était homme de trop d'esprit et de trop bon ton pour jamais s'écarter en se livrant à de grossières jouissances, du moins elle donne un curieux aperçu de l'indépendance d'allure des opposants et des formes qu'ils croyaient pouvoir employer : « Le curé du Saint-Esprit (c'est une paroisse de la ville) convaincu des observations qu'il avoit faites par avance, ne voulut pas qu'on fît dans son église d'autre fulmioation que celle de déclarer hautement les désobéissants excommuniés, suivant la sentence de P archevêque nommé. Sa conduite fut approuvée, et lui fit d'abord une distinction d'estime générale. Au contraire, celle des cures de Saint-Sauveur et de la Madeleine fut
NOTICE. xa
blâmée, et fit voir qu'ils étaient peu versés dans leur métier. Les intelligents , pour la plupart, étaient d'avis que les gens du roi dévoient appeler comme d'abus de cette procédure; mais ceux-ci n'étaient pas aussi hardis qu'il le falloit pour entreprendre contre l'archevêque. Ce prélat, quelques jours après, manda près de lui tous les supérieurs des maisons tant religieuses qu'ecclésiastiques, auxquels il ordonna d'enjoindre aux confesseurs de leur dépendance' de questionner les pénitents sur le contenu du monîtoire , et de refuser l'absolution à ceux qui ne voudroient pas révéler. Cependant, ayant su que le curé du Saint-Esprit n'avoit pas fait la fultnination de la même manière que ses collègues des autres paraisses, il lui fit signifier un ordre exprès pour la faire de même le dimanche prochain. Il n'oublia pas dans ses commandements à ce curé d'y faire mention que le roi était intéressé dans cette affaire , afin de pouvoir, par cet endroit, l'engager absolument à exécuter ce qu'il désirait. C'était là le grand relief qu'il donnoit à toutes ses entreprises, et qu'on prenoit aussi pour un refrain de parade. Mais dans ce cas, la parcelle du monîtoire aurait dû implicitement désigner la chose, elle était trop importante pour être oubliée. Quant à l'article où les ternies de personnages constitués en dignité étaient employés , il ne pouvoit que faire allusion à l'archevêque et au pro-chancelier Julliac. La raison en était qu'il était dit cttsuite qu'on en feroit tant quon les obliger oit de sortir de la ville. Le dimanche suivant, le curé du Saint- Esprit ne manqua pas, pendant la célébration de la messe paroissiale , de fulminer l'excommunication solennelle. L'assemblée était extraordinaire dans cette église, pour voir de quelle manière ce curé se démêlerait de cette
xw NOTICE.
affaire. Plusieurs des autres paroisses s'y étoient rendu** pour être spectateurs de cette fulmination. Elle fut faite par ce pasteur avec toute l'exactitude apparente, et toute la soumission possible aux ordres du prélat. Il ne dit rien du sien , et n'oublia pas un mot de toute la sentence d'anathème. A toutes les cérémonies, il faisoit observer que la sentence le vouloit ainsi. De sorte qu'il fit comprendre par là qu'il n'avoit pas intention de faire aucune fulmination ; mais que ce qu'il en faisoit n'étoit que pour contenter le prélat irrité. Il avoit aussi bonne raison de se remettre du tout à la teneur de la sentence, puisqu'elle avançoit des propositions qui n'étoient pas soutenables en saine théologie. Cela étoit de ce qu'elle disoit que les excommuniés avoient perdu la foi ; ce qu'on ne sauroit soutenir. La preuve en est la pratique de l'Église qui n'oblige pas les excommuniés qu'elle absout, de faire aucune abjuration. A la fin, ce curé, pour décrier tout ce qu'il venoit de faire et le faire bien sentir aux auditeurs, fit semblant de congédier ceux qui étoient venus à ce cérémonial ; puis, comme il vit qu'une grande partie étoit déjà sortie, il cria à ceux qui étoient à la porte de faire rentrer le monde, pour leur donner connoissance d'une circonstance de la sentence qu'il avoit oubliée. Comme chacun fut rentré, il déclara qu'il avoit omis de publier la dernière ligne de la sentence, de laquelle il fit aussitôt lecture, dont la teneur étoit : Donné* à Aix au palais archiépiscopal le 29 septembre 1692, après midi. « Ces deux derniers mots, » ajouta-t-il, « que « vous pouvez lire aux copies affichées , et auxquels il « faut bien prendre garde , signifient que Monseigneur « l'évêque de Valence avoit dîné lorsqu'il prononça cette sentence. » Après cela, l'auditoire sortit vi\ disant, qu'il
î\OTlA.
ne falloit pas d'autre observation pour faire comprendre ce qu'on devoit penser d'un jugement en matière criminelle comme celui-là. *
Si l'archevêque d'Aix eut ses ennemis et ses détracteurs , il eut aussi ses défenseurs et ses amis. Il s'établit entre eux une polémique de petits vers et de chansons, dont le bon goût ne fit pas toujours les frais. Le père Lelong signale dans sa Bibliothèque de France, l'existence d'une apologie en vers de Daniel de Cosnac , qui se trouve dans un livre intitulé : La vérité découverte par le Mercure dAix, malgré les ténèbres obscures des médisans sacrilèges. L'originalité du titre , presque autant que l'intérêt que nous y attachions pour rendre cette notice plus complète , nous faisait désirer de connaître ce livre que nous avions vainement cherché dans les bibliothèques de Paris ; c'est encore M. Rouard qui a eu l'obligeance de le rechercher dans la bibliothèque de Méjanes et de nous le faire connaître. Il est exclusivement consacré à l'éloge du roi et de l'archevêque, et se divise en deux parties : la première a pour titre :
Le Mercure dAix pour un trimégiste l sacré contre des aventureux médisans , par des odes, par des sonnets, /far des stances, fxir des épigrammes, par des quatrains, sixains, énigmes, emblèmes, oracles, rondeaux et chansons.
Le S. D. S. D. C. Ch. th. D.
Nom quantum , $*d ex quanto.
À Ai», chez Guillaume le Grand , imprimeur à la place de» Prêcheurs. 10W, in-li, 75 pages.
1 (> mot qu'on emploie pour daigner certains caractère» d'imprimerie, ftignifiait aussi en vieux français trois fois frnnd (tritmêgiste, TpU ptyrcoç).
*ct* 2TOTIŒ.
La seconde partie, reliée avec la première, est intitulée:
La irrité découverte par le Mercure (t4ùc, malgré les ténèbres obscures des medisans sacrilèges»
Susurrones, detractores Deo odib'des. I ad R. y. 29.
Le ciel ne peut souffrir des medisans l'engeance , Son bras est toujours prêt pour en tirer vengeance.
Seconde partie :
Le S. D. S. D. C. Ch. th. D.
A Aix> chez Guillaume le Grand, imprimeur. 1603, 02 pages.
L'auteur, suivant l'opinion de M. Rouard appuyée sur les initiales qui sont en tête des deux parties , serait le sieur de Serizanis , docteur canonique , chanoine théologal d'Aix.
Pour donner une idée de son œuvre, nous croyons qu'il sera suffisant et curieux de transcrire ici le commencement et la fin de l'épître dédicatoire qui est en tête de la première partie :
A mon auguste Trimé giste , félicité et gloire.
O rillustre du temps; le bonheur de l'Église , Brillant de la sagesse aux saints prélats promise , Cosnac dont la vertu fait le charme des cieux , Dont la morale fait le doux plaisir des Dieux ; En déplaise à l'enfer qui vient d'armer l'envie Contre l'éclat pompeux de ta divine vie ; Si le vice t'avoit propice à son humeur, 11 éclaterait moins en brutale fureur.
Agréez, Monseigneur, de ma muse l'effort. A faire son devoir, l'on n'a jamais nul tort. Monseigneur,
De votre grandeur,
Dévoué serviteur.
Le théologal de votre sainte église d'Aix
NOTICE. xcv
Des éloges presque compromettants par leur exagération et leur médiocrité, nous allons retourner à la critique, plus favorable peut-être à l'archevêque par la manière acerbe dont elle se produit et qui laisse percer une évidente partialité. C'est encore à de Haitze que nous ferons cet emprunt :
« Année 1694. — L'archevêque tint son premier synode diocésain , qui a peut-être été en même temps le dernier. La célébration en fut faite le treize du mois d'octobre. Il y publia ses premières ordonnances pour la police de son diocèse. Le concours de monde fut grand , parce qu'on savoit qu'il devoit lui-même monter sur la tribune sacrée pour faire l'oraison exhortatoire aux pasteurs des églises particulières du diocèse. Il la fit aussi très-dignement, et peut-être qu'aucun ne parla jamais mieux sur ce sujet. On l'admira, et il surprit l'auditoire lorsqu'il protesta de l'entier attachement qu'il vouloit avoir au gouvernement de son église; mais, à partir de là, il ne se mit pas beaucoup en peine d'effectuer cette louable protestation , et retourna à ses premières affections temporelles, pour se mêler, suivant l'expression de l'Évangile, comme les gens du siècle, de l'ensevelissement des morts; car de vingt et une années de régie de notre église, ou comme grand vicaire1, ou comme archevêque , il ne lui arriva que quatre fois d'y passer l'année entière. Quant à ses ordonnances synodales, elles étaient très-canoniques, quoique contraires
1 L'auteur appelle régie en qualité de grand vicaire tout le période de trmps pendant lequel lVvéque de Valence, avant d'avoir reçu se* bulles, administra 4è diocèse d'Aix en qualité d'archevêque nomme.
xrT1 NOTICE.
au temps. Le Parlement refusa de les homologuer sans les avoir fait examiner '. »
Ces ordonnances synodales, toutes de police ecclésiastique, concernaient les séminaires, la tenue et les habits du clergé, les religieux, les prônes, etc. Elles forment un volume1, conservé dans la bibliothèque de M^janes , qui est resté comme une preuve et un monument de la sollicitude de l'archevêque pour l'accomplissement de ses devoirs épiscopaux. Elles servent pourtant de texte à l'historien pour exprimer des critiques sur lesquelles nous laissons aux lecteurs à prononcer. Daniel de Cosnac donne dans ses Mémoires l'explication des nombreux voyages, que ses fonctions annuelles de président des États de Provence et ses fréquentes députations aux Assemblées du Clergé l'obligeaient de faire à la cour. 11 était aussi entraîné sans doute par les usages contemporains ; chaque époque présente ses écueils : l'épiscopat moderne eût-il les mêmes faiblesses que celui du grand siècle, qu'il lui eût été impossible, dans les derniers périodes que nous avons traversés, de se livrer aux mêmes entraînements. 11 faut se souvenir que l'on était dans un temps où Boileau , dans une épître au roi , pouvait se servir de cette comparaison :
Biais à l'ambition d'opposer la prudence, Cest aux prélats de cour prêcher la résidence.
Les difficultés les plus graves que l'archevêque d'Aix
1 De Haitee. Année 1694. L. XXIV, ch. l, p. 863.
* Ordonnances synodales de monseigneur l'illustrissime Daniel de Cosnac, archevêque d'Aix , publiées dans son premier synode diocésain le 13 octobre 1694 (blason de l'archevêque et vignette). Aix, par la veuve Charles David et Antoine David , imprimeurs du roi , du clergé et de la ville, 1694. — Petit in-4* de 73 page».
NOTICE. xcvn
eut à surmonter dans son diocèse , vinrent de la part d'un certain nombre de couvents qui refusèrent de se soumettre à sa visite et lui fermèrent les portes de leurs églises quand il s'y présenta. Leur conduite était inspirée par deux motifs : l'archevêque voulait réformer , à leur grand déplaisir, certains abus; de plus les ordres réguliers prétendaient soutenir les doctrines ultramontaines, base de leurs exemptions et de leurs privilèges , contre les maximes de l'Église gallicane; ils se sentaient donc d'avance assurés, dans de certaines limites, de l'appui du souverain pontife. L'archevêque ayant puni leur résistance par l'interdiction de cinq de leurs églises , ils se pourvurent à Rome pour obtenir la levée de l'interdiction, sans que l'archevêque fût entendu. Du reste , bien loin d'oser émettre une approbation ou un blâme en une matière si spéciale et si délicate, nous renvoyons les lecteurs compétents à l'examen des documents eux-mêmes, qui se trouvent au manuscrit des pièces détachées *. On y lira un Mémoire très-circonstancié qui renferme un bref du pape Clément XI , adressé à Daniel de Cosnac, et la réponse qu'il y fit; une lettre au pape des supérieurs chefs d'ordres, dans laquelle tout en cédant plusieurs points en litige avec l'archevêque, ils s'obstinent à lui refuser le droit de visiter le Saint -Sacrement. Enfin, le pape ne nommant point de juges, et le roi ne voulant point décider, on verra l'arrêt du parlement de Provence pour contraindre les religieux à ouvrir à l'archevêque les portes de leurs églises, et le procès-verbal d'exécution; puis l'ordonnance par laquelle, après cette visite
• Vov Vttcei détachées. Couvent* «lu ciiocècc d'Ail , t. II, p. 380 et mirante».
xctiii NOTICE.
forcée , l'archevêque d'Aix leva l'interdit des cinq églises, en permettant aux fidèles d'y venir entendre la messe , sous défense faite aux religieux de la prédication et de la confession. Tous ces différends se terminèrent par une visite que les religieux vinrent faire à l'archevêque pour lui apporter le désaveu de leur conduite ; eu retour de cette démarche le prélat les rétablit dans l'exercice de leurs fonctions. Le couvent le plus obstiné fut un couvent de religieuses de Saint-Dominique , dans lequel les plus grandes irrégularités s'étaient introduites, et qui refusait de se soumettre à la visite pour la clôture. Ces religieuses furent condamnées par le souverain pontife , et poussèrent la rébellion jusqu'à appeler comme d'abus au futur concile de la décision du pape lui-même. Louis XIV fît exécuter les volontés du souverain pontife à leur égard par l'intendant de la province*
Ce fait, d'une résistance obstinée des ordres réguliers contre l'évêque diocésain , ne fut point, comme on le pourrait croire, un fait isolé provoqué par une ambition d'autorité et par une humeur peut-être un peu querelleuse, dont Daniel de Cosnac donna quelquefois des preuves. L'histoire de cette époque nous fournit plus d'un exemple de semblables conflits ; et ce qui n'est pas le moins curieux à remarquer , c'est que les couvents de religieuses furent en général les plus acharnés dans ces luttes.
Le grand Bossuet lui-même , dans son diocèse de Meaux , ne fut pas exempt du refus des couvents de se soumettre à sa visite. Après y avoir contraint, sans de trop grands obstacles, les abbayes de Faremoustier et de Rebais , il entama avec l'abbaye de Jouarre une lutte , où il finit par l'emporter, après avoir éprouvé une
NOTICE. xci*
telle résistance que sa victoire fut un véritable triomphe. L'abbaye de Jouarre avait, en effet, des privilèges bien autrement authentiques que ceux dont prétendaient se prévaloir certains couvents de la ville d'Àix : une sentence arbitrale de 1 225 , rendue par le cardinal romain , légat du saint-siége , et même insérée dans le Corps du Droit canonique, maintenait l'abbesse et l'abbaye dans F exemption la plus entière vis-à-vis des évoques de Meaux. Bossuet appela comme d'abus de cette sentence devant le parlement de Paris y qui , après sept audiences consécutives consacrées aux plaidoiries, la déclara nulle et abusive par arrêt du 26 janvier 1690. Pour obtenir l'exécution de l'arrêt et se faire ouvrir les portes fermées des églises, l'évêque de Meaux se présenta avec accompagnement de l'autorité civile ; et l'abbesse, la princesse Henriette de Lorraine, pour échapper à l'humiliation de sa défaite, se démit en faveur de sa parente Anne-Marguerite de Rohan-Soubise, La nouvelle et jeune abbesse , soumise d'abord , voulut ensuite relever l'étendard abattu des privilèges de l'abbaye; mais Bossuet , par la douceur et une correspondance empreinte de sentiments de conciliation et de dignité, la ramena promptement à la soumission la plus entière *.
La correspondance de Bossuet avec l'abbé de Rancé et avec M*9 de Soubise, abbesse de Jouarre, atteste toute l'importance qu'il attachait à son droit d'évêque, à la destruction de ce qu'il appelait le scandale de l 'exemption de Jouarre, et la grandeur des obstacles qu'il eut à surmonter ; car derrière la résistance des couvents était
1 Voy. »ur cet fait» i'Hiiloire de Botêuet par le cardinal de BaiiMet, t. II, p. 344 «*t suivantes; t. IV, p. IS8.
e NOTICE.
l'appui caché de la cour de Rome , qui , généralement mécontente de l'épiscopat français, et plus particulièrement des évêques qui avaient pris part aux résolutions de l'Assemblée de 1 682 , était bien aise de conserver en France une influence directe par l'intermédiaire des ordres réguliers ne relevant que d'elle seule. Cet appui explique et atténue singulièrement , si même il ne la justifie pas , la conduite des couvents, moins rebelles au fond qu'ils ne paraissaient l'être, puisqu'en résistant aux évêques ils ne faisaient que céder à la pression d'une autorité supérieure.
Comme archevêque d'Aix , Daniel de Cosnac fut membre de quatre Assemblées du Clergé : celles de 1690, 1695, 1701 et de 1707. Dans ces Assemblées, comme dans les précédentes, il fut nommé membre des commissions chargées des affaires les plus importantes; seulement leur nature était changée depuis que la révocation de l'édit de Nantes et la cessation, depuis 1693, de toute hostilité prononcée avec la cour de Rome, avaient mis fin aux grandes questions concernant le protestantisme, la régale et la fixation des droits de l'Eglise gallicane. Dans ces Assemblées, l'archevêque d'Aix fit toujours partie de la commission des Contrats et Moyens, chargée de toutes les affaires de finance, revenus, taxes, subsides et dons gratuits , ainsi que de ce qui concernait le renouvellement décennal du contrat de payement de la portion des rentes de l'Hôtel de Ville assignées sur le Clergé.
A l'Assemblée de 1690, il ne se passa rien de remarquable; le clergé vota, à la demande du roi, un subside de douze millions.
L'archevêque d'Aix fut accompagné à l'Assemblée de 1695 par son neveu, Cahriel de Cosnac, depuis
NOTICE. et
évoque de Die, alors prévôt de la métropole d'Aix, et député pour le second ordre; celui-ci fut nommé, dans le cours de cette Assemblée, Agent général du Clergé de France, pour l'Assemblée de 1700. Ils firent tous les deux partie de la commission des Contrats et Moyens dont Daniel de Cosnâc fut choisi pour président. Les procès-verbaux font fréquemment mention des travaux auxquels se livra l'archevêque d'Aix. Un don de dix millions fut accordé au roi, ainsi qu'un subside annuel de quatre millions qui devait durer jusqu'à la (in de la guerre. Le roi, ayant fait examiner les dégradations commises dans les bois du clergé, par contravention aux édits, réclamait une indemnité que le clergé crut devoir fixer à quatre millions , décidant que cette somme serait levée sur ses biens par le moyen des traitants. L'archevêque d'Aix fut seul à ouvrir l'avis d'opérer un emprunt pour éviter l'intervention onéreuse des gens de finance; mais cet avis ne fut pas partagé dans un temps où les idées modernes sur le crédit public ne faisaient que commencer à naître. L'Assemblée obtint l'enregistrement de Tédit du mois d'août 1695, concernant la juridiction ecclésiastique. Ce fut pendant le cours de cette session que mourut François de Harlay de Chan va- Ion, archevêque de Paris, depuis longtemps président des Assemblées. Investi au plus haut point de la confiance de Louis XIY, il communiquait au Clergé l'impulsion que désirait le monarque.
L'Assemblée de 1701 fut convoquée extraordinairement pour des demandes de subsides; l'archevêque d'Aix, toujours membre de la commission des Contrats et Moyens, fut en outre charge «le la révision i\u procesverbal. Il reçut la mission «l'adresser au roi un discours
*» NOTICE
%fe Wttduksiuce sur la mort de son frère le duc d'Orléans. CVttùt pour Daniel de Cosnac une mission délicate que iTftWÎr à prononcer les dernières paroles sur la tombe <l\m prince qui avait été la cause de sa disgrâce, ou pour parler comme lui , de ses malheurs. Cette harangue «%f«t point dans ses manuscrits ; tnais, afin de donner un ensemble complet des actes et des écrits de l'auteur, nous l'avons insérée parmi les pièces détachées, telle que nous l'avons textuellement transcrite des procès-verbaux de l'Assemblée.
Ce discours ne répond pas à l'intérêt qu'on pouvait tn attendre d'après la position de l'orateur et la connaissance intime qu'il avait eue du duc d'Orléans; mais ce fut pour lui sans doute un motif de s'en tenir à des généralités, afin d'échapper aux difficultés de la situation.
Ce fut immédiatement après la clôture de l'Assemblée de 1701 que le roi accorda à l'archevêque d'Aix l'abbaye de Saint-Riquier. Cette Assemblée est la dernière dont parle Daniel de Cosnac dans ses Mémoires , à la rédaction desquels il mit fin à peu près vers ce temps; mais il fut encore membre d'une autre Assemblée, celle de 1 707, qui précéda de moins d'une année l'époque de sa mort. Quoiqu'il fût d'un grand âge, on voit par la lecture des procès-verbaux, qu'il n'en avait pas moins conservé la promptitude et la lucidité de son esprit. Le cardinal de Noailles , successeur de François de Harlay à l'archevêché de Paris, proposa d'élire à la présidence l'archevêque d'Aix, qui refusa, et lé cardinal de Noailles fut nommé. Cette Assemblée était extraordinairement convoquée dans un but tout spécial.
Pour soutenir les dépenses de ses guerres, Louis XTV avait créé des billets de monnaie à l'occasion des refontes
NOTICE. cin
faites en 1701 et en 1704. Le public, rendu confiant par l'exact payement, à leur échéance , des premiers billets émis, s'était accoutumé à négocier les autres comme des lettres de change ; mais les fonds ayant manqué pour leur remboursement, ces billets furent renouvelés à long* termes, et pour soutenir leur cours, on ordonna qu'il eu entrerait un quart dans tous les payements, excepté dans les recettes du roi. Cette mesure n'empêcha pas ces billets de perdre une partie de leur crédit, qui s'altéra bien plus encore par l'émission de nouveaux billets de monnaie, en avril 1705, destinés à acquitter les promesses de la caisse des emprunts. Pour relever ce papier, on y attacha un intérêt de sept et demi pour cent, ce qui aurait pu suffire et au delà, si le trésor n'avait pas été dans l'impossibilité, non-seulement de rembourser le capital, mais de payer même les intérêts. 11 fallut donc recourir & de nouveaux moyens pour soutenir la valeur des billets; on en convertit pour une somme de vingt-cinq millions en promesses des fermiers généraux , payables en cinq ans; il s'ensuivit un agiotage qui ne fut profitable qu'aux gens de finance. Ceux-ci retirèrent les billets de la circulation en faisant éprouver aux détenteurs soixante ou quatre-vingts pour cent de perte, et les passèrent en» suite en compte au roi sur le pied de leur capital : ce fut là source de bénéfices scandaleux , qui furent recherchés par la chambre de justice sous le règne suivant. A bout de moyens et d'expédients , Louis XIV prit le parti de recourir au Clergé, qui ne refusait jamais le concours de ses biens et de sa bonne volonté au soulagement des pénuries de l'État. A la séance du 24 mars 1707, Daniel de Cosnac ouvrit, au nom de la province ecclésiastique d'Àix, l'avis, suivi par toutes les autre* provinces, de re-
NOTICE
arr
nnor u^ntc troii millions de billets de monnaie, et Ait nomme membre de la commission chargée d'examifes clauses du contrat à passer avec le roi. Il fut dé- AAé W* le Clergé ouvrirait un emprunt de trente-trois millions au denier vingt-deux, dont le payement serait itttt en billets de monnaie non convertis en promesses Am fermiers généraux; il restait encore dans la circulation pour cent soixante-treize millions de ces billets. En ftitttie, le roi aliéna quinze cent mille livres de revenu 1 pwndre sur la ferme générale des postes ; le Clergé prit soin de stipuler que cette aliénation était faite à titre «rengagement et non à titre de vente, le roi ne rentrant jamais dans les biens engagés que par un remboursement effectif > tandis que l'omission de la moindre formalité suffisait pour rendre nulle la vente des biens de la couronne.
Ces conventions ne furent que partiellement exécutées ; afin d'arriver à une libération plus rapide, on profita, en 1 709 , de l'abondance des métaux précieux apportés en France par le commerce de la mer du Sud, pour procéder à une nouvelle refonte des monnaies. Il fut déclaré que ceux qui apporteraient cinq sixièmes en espèces, et un sixième en billets de monnaie, seraient payés en totalité avec les nouvelles espèces; par suite, à F Assemblée de 1710, les engagements réciproques de l'État et du Clergé furent réduits au prorata des avances réelles faites par le Clergé.
Dans sa vieillesse , Daniel de Cosnac paraît avoir repris la vie de cour, interrompue pour lui par sa disgrâce chez le duc d'Orléans et par la mort de Madame , avec cette notable différence, qu'au lieu d'être importun et suspect à T/Ouis XIV, comme il l'avait été pendant le temps
NOTICE. cv
qu'il resta attaché à la personne de Monsieur, il possédait au plus haut degré la faveur du monarque. Le motif qui le rapprocha de la cour à un âge où la fin des illusions du monde en éloigne souvent ceux qui ont été les plus ardents à en poursuivre la chimère, était la mission annuelle d'apporter au roi le cahier des délibérations des États de Provence; ainsi chaque année lui voyait faire un voyage à Versailles et à Paris.
Ce fut pendant l'un de ses fréquents séjours qu'il conclut et célébra lui-même, le 25 mars 1697, le mariage de sa petite-nièce Angélique de Cosnac avec le comte d'Egmont, duc de Gueldre..., grand d'Espagne, dernier descendant d'une maison princière alliée à toutes les maisons souveraines de l'Europe 1. L'auteur dans ses Mémoires s'étend assez longuement sur ce mariage pour
1 On lit dans le Mercure galant de mai 4 607 :
« Vous savez sans doute que M. le comte d'Egmont a épouse Mlu de Comac. Ce mariage fut célébré dans la paroisse de Saint-Salpicc par M. l'archevêque d'Aix, oncle de la mariée. C'est une demoiselle pleine de bonnes qualités qui a été élevée plusieurs années auprès de M" la princesse des Ursins , ci-devant M"*' la duchesse de Bracciano , et il ne faut point d'autre témoignage pour être persuadé de son mérite et de sa vertu. Ole est d'une maison très-ancienne. En l'année 1368, le pape Urbain V envoya Bertrand de Cosnac, évoque de Cominges, nonce en Espagne, et après la mort de ce pape, Grégoire XI lui fit exercer le même emploi et le nomma cardinal en 1370. O fut lui qui fit la paix entre les rois d'Aragon et de Castille, et à son retour il mourut à Avignon, en 1374. Pour M. le comte d'Egmont, toute l'Europe connoit la grandeur de sa naissance. Sa maison est la principale de la Hollande ; elle a eu des ducs de Gueldres dés l'année 1425 , et ses alliances ont été avec tout ce qu'il y a de grand dans l'Europe , avec la maison de Bourbon , de Bourgogne , de Brunswick, de Ix>rraine et plusieurs autres. (>u\ de cette maison ont possédé à la cour des rois et des empereurs le» plus grands emplois et ont eu le commandement des armées dans le* guerres les plus importantes. M"* b comtesse d'Egmont ayant été conduite à la cour quelques jour» après son mariage, elle fut présenter au mi par .S. A. R. Mmr la Duchesse,
nvi NOTICE.
qu'il ne nous reste à ajouter aucun détail. L'archevêque d'Aix avait concentré sur sa nièce, dernier rejeton de la branche atnée de sa maison, toutes ses affections de famille et avait cherché à lui procurer, selon l'expression du temps , un grand établissement, sans trop se préoccuper des dettes énormes léguées au comte avec l'immense héritage de ses ancêtres. D'ailleurs les dettes faisaient assez volontiers partie de l'apanage d'un grand seigneur, lorsque la noblesse de l'Europe, avec le privilège de verser son sang sur les champs de bataille, avait celui d'entretenir des troupes levées à ses frais et de se ruiner au service de son pays. La comtesse d'Egmortt obtint le tabouret chez le roi ; le duc de Saint-Simon dit dans ses Mémoires que ce fut une faveur particulière, les grands d'Espagne n'ayant point de rang à la cour de France. Le comte d'Egmont, général de la cavalerie espagnole et brigadier de la cavalerie de France, avait la Toison d'or ainsi que ses pères. Saint-Simon trace ainsi son portrait : « C'étoit un homme fort laid, de peu d'esprit, de beaucoup de valeur, d'honneur et de probité, et qui s'appliquoit fort à la guerre. » Il mourut à Fraga, en Catalogne, sans laisser d'enfants de son mariage avec Angélique de Cosnac, et son nom après lui ne s'est per-
et Sa Majesté lui donna les honneurs qu'elle veut bien accorder aux personnes de son rang. »
La Gazette, dans son numéro du 50 mars, avait annoncé ce mariage en ces termes i
c Le 25, le comte d'Kgmont , seul prince qui reste de cette antienne maison , épousa dans l'église de Saint-Sulpice la demoiselle de Cosnac , fille unique du marquis de Cosnac et de Marguerite-Louise de laissan, comtesse d'Àubeterre et marquise deGrignols ; l'archevêque d'Àix, grandoncle de la demoiselle, fit la cérémonie. Le mi a voit signé le contrat le {our précédent , aussi bien que les trois princes enfants de France, s
NOTICE. cru
pétué que par les femmes ; ce nom passa , ainsi que la grandcsse, au (ils de sa sœur, qui avait épouse Nicolas Pignatelli, duc de Bisaccia.
La duchesse de Bracciano, de là maison de La Trémoille , devenue célèbre sous le nom de princesse des Ursins, avait élevé Angélique de Cosnac qu'elle aimait comme tout ce qui tenait à son premier mari, Adrien- Biaise de Talleyrand, prince de Chàlais, cousin germain de Daniel de Cosnac, qui fut contraint de quitter la France, en 1663, à cause de son duel contre La Frette, le chevalier de Saint-Aignan et le marquis d'Argenlieu. La princesse de Chalais le suivit en Italie où il mourut. Elle épousa en secondes noces, en 1675, le duc de Bracciano, prince romain et du Saint-Empire, chef de la puissante famille des Orsini ou des Ursins. Apres la mort de son second mari , elle vendit le duché de Bracciano et adopta le nom de princesse des Ursins. Daniel de Cosnac fut, durant tout le cours de sa vie, dans d'étroites relations avec la princesse des Ursins, qui avait commencé à Rome, étant encore duchesse de Bracciano , le rôle politique qu'elle a continué depuis avec tant d'éclat. Le manuscrit des pièces détachées contient, à cet égard, un document curieux : c'est la copie d'une lettre ou mémoire de l'archevêque d'Aix au roi , au nom de la duchesse, pour lui demander de la mettre en état de soutenir les dépenses auxquelles l'obligent ses voyages de Rome à Paris, et son zèle à servir à Rome les intérêts de la France; ce mémoire est motivé sur l'insuffisance de ses ressources provenant à la fois île la ruine dont était menacé le duc son mari, et du peu de biens qui lui restaient des débris de la grande fortune des La Trémoille1.
• Voy et document aux Pièce* attachées, I. H, p. 453
ctvui NOTICE.
En 1701, l'archevêque d'Aix reçut de Louis XIV la plus haute faveur de la cour, faveur d'autant plus enviée qu'elle ne pouvait être conférée qu'à un petit nombre d'élus; il fut nommé commandeur de Tordre du Saint-Esprit sans l'avoir sollicité et même à son insu , d'après le duc de Saint-Simon, dont les témoignages flatteurs sont si rares, que lorsqu'il en donne ils peuvent bien avoir quelque poids L'archevêque d'Aix, avant son admission dans l'Ordre, devait présenter les preuves de noblesse exigées par les statuts; il se fit un point d 'amour-propre, qu'il explique avec complaisance, de faire des preuves bien au delà de celles des trois degrés de noblesse strictement nécessaires , et même sur lesquelles on ferma plus d'une fois les yeux '. Ces preuves lui furent d'autant plus faciles à présenter, qu'il en avait réuni les éléments pour le mariage de sa nièce. On sait que l'ordre du Saint-Esprit, fondé par Henri III dans le but de s'attacher plus étroitement les grands seigneurs de la cour trop disposés à se jeter dans les factions, était un ordre en quelque sorte religieux qui obligeait même à l'observation de certaines pratiques de dévotion. Daniel de Cosnac fut reçu dans la chapelle de Versailles, le 1 5 mai 1 701 , avec le maréchal de Tallard et Henri-Charles de Cambout , duc de Coislin, évêque de Metz, premier aumônier du roi. Le père Anselme, dans son Histoire des grands officiers de la couronne*, rend compte de cette promotion. On trouve aussi dans la Gazette du 21 mai 1701, le récit de cette cérémonie %.
1 Voy. le procès-verbal authentique de ces preuves, t. Il, p. 455 et «rivantes.
» T. IX , p 2!>0.
* « Versailles, i0 mai. — l«c 15, Sa MajcttU», rrwHue du grand collier
NOTICE. ctx
Le don fait par Louis XIV de l'ordre du Saint-Esprit à l'archevêque d'Aix marque l'apogée de sa faveur; il obtint encore l'cvêché de Die pour son neveu Gabriel de Cosnac, agent général du Clergé de France. L'archevêque d'Aix était alors un des personnages importants de la cour; vanté par le charme de son esprit, recherché à cause de son crédit , appuyé par de grandes alliances , tous ses pas , toutes ses démarches étaient constatés comme faits intéressants : s'il officie devant la cour, la Gazette en fait part à ses lecteurs1; s'il a des conférences avec la princesse des Ursins, Saint-Simon se livre aux conjectures sur les destinées de l'Espagne. Il dut rédiger à peu près à cette époque un mémoire sur les diverses et nombreuses faveurs qu'il avait reçues du roi; cette pièce qui se trouve à la suite de la première ver-
de l'Ordre, les huissiers portant leurs masses, et accompagnée de MF le Dauphin, de Mp le duc de Bourgogne, de Mr le duc de Berry, de Monsieur, de M. le duc de Chartres, précédée des chevaliers et des officiers de l'Ordre, et suivie des cardinaux et prélats associés à l'Ordre, se rendit eu la chapelle du château et entendit la grand'messe célébrée par l'archevêque doc de Reims. L'archevêque d'Aix et l'évéque de Metz, premier aumônier de Sa Majesté, qui a voient été nommés pour remplir le* deux places vacantes de commandeurs prélats de l'Ordre, furent reçus; et le comte de Tallart, lieutenant général de ses armées, lieutenant général du Dauphiné, gouverneur du pay* de Foix, et ci-devant sou ambassadeur extraordinaire en Angleterre, fut aussi reçu chevalier
« Mr le duc de Bourgogne et M*r le duc de Berry communièrent dans la même chapelle par les mains de l'abbé de Vaubecourt, aumônier de Sa Majesté. »
1 Gazette du 0 juin 1705. — a Le 30 du moi* dernier, l'après-dinee , le roi , accompagné de M*» le Dauphin , de M?* le «lue de Bourgogne, de M"* la duché*** de Bourgogne, «le M** le dm de Bern , entendit dan» lu chapelle du château \èprc* chantée» par U musique, où l'archctéqtie «l'Aix officia
« !*• M, Sa Majesté entendit la grande uicvte célébrée p.ir rurcli.\equ' (I \i\ : l'aprè*«din<*r . \êpre* où le même prélat officia »
ex NOTICE.
sion de ses Mémoires est adressée à deux cadets de sa famille qui après l'extinction de la branche aînée de sa maison tombée en quenouille dans la personne de la comtesse d'Egmont , doivent continuer son nom. Les recommandations et les enseignements qu'il leur adresse sont intéressants à connaître comme traits caractéristiques de l'esprit d'une époque où Ton considérait les traditions de devoir et de famille comme le legs le plus précieux qu'on pût laisser à ses arrière-neveux '.
C'est vers l'année 1 701 que l'archevêque a cessé la rédaction de ses Mémoires; nous devons regretter qu'il ne les ait pas poussés quelques années plus loin ; les aperçus donnés par le duc de Saint-Simon démoutrent qu'il aurait pu nous fournir encore des documents précieux pour l'histoire. Confident de la princesse des Ursins, fort avant dans la confiance de Mme de Main tenon, il eut, par ses conseils, une grande part dans les affaires politiques de l'Espagne au moment où la maison d'Autriche cessait d'y régner pour faire place aux Bourbons.
Le testament de Charles II , roi d'Espagne , avait appelé à lui succéder le duc d'Anjou , second fils du Dauphin et petit-fils de Louis XIV. Dans l'intérêt de la France et dans celui de son petit-fils dont la jeune inexpérience placée dans des conditions si difficiles avait besoin d'appui , Louis XIV désirait tenir de près la main au gouvernement des Espagnes. Comme ses ambassadeurs ne pouvaient entrer d'une manière assez intime dans le secret du palais de l'Escurial, il résolut après le mariage de Philippe V avec la princesse de Savoie, de se servir du ministère d'une femme pour l'accomplissement de ses
1 Voy. ce mémoire, t. I", |>. 438.
NOTICE. c%\
vues. Son choix tomba sur la princesse des Ursins qui était très-propre à remplir ce rôle important par son es* prit , son habileté déjà éprouvée , son expérience mûrie par les années , et par la connaissance qu'elle avait de la langue espagnole. Il lui fit donner la charge de carnarera major auprès de la nouvelle reine , qui ne tarda pas à accorder à la princesse des Ursins une confiance et une amitié sans bornes.
Les Espagnols généralement mécontents de n'être plus gouvernés par un prince de la maison d'Autriche, ne sentaient que plus vivement la jalousie de voir les Français en possession de tout crédit auprès de Philippe Y et de toute influence sur la direction des affaires. La princesse des Ursins s'aperçut bien vite de cette faute de la politique de Louis XIV, qui , en voulant gouverner trop ostensiblement son petit-fils, pouvait compromettre sa royauté nouvelle. L'abbé d'Estrées se conduisait plutôt en ministre de la monarchie espagnole qu'en ambassadeur du roi de France; non-seulement il avait entrée au conseil , mais parfois il allait même jusqu'à prendre des décisions dont le roi d'Espagne n'était informé qu'après coup. M" des Ursins s'attacha au contraire à faire donner aux Espagnols une plus grande part aux affaires, afin de les attacher au jeune roi et par suite aux intérêts de la France.
Lorsque Philippe V fut oblige d'aller à Naples pour défendre cette annexe de la monarchie espagnole contre les ennemis qui l'attaquaient, il laissa la reine à Madrid avec l'autorité de régente, et la princesse des Ursins', son premier ministre, s'appliqua avec plus d'autorité que jamais à faire prévaloir sa prévoyante politique. A son retour, Philippe V, loin de blâmer la reine et la priu-
tini NOTICE.
cme des Ursins, voulut marcher dans la même voie; mais Louis XIV, aigri par les rapports envenimés de l'abbé d'Estrées, lui écrivit à plusieurs reprises des lettres pleines de reproches, sur ce qu'il appelait sa folle prétention de savoir gouverner lui-même , se plaignant vivement de ce que la princesse des Ursins avait cessé d'agir suivant ses intentions. L'abbé d'Estrées profita habilement des préventions qu'il avait fait naître contre Mme des Ursins , dans l'esprit de Louis XIV , pour la perdre tout à fait. D'après le duc de Saint-Simon, comme elle avait l'habitude de lire et même de signer les dépêches de l'ambassadeur de France à sa cour, l'abbé d'Estrées, ayant voulu se soustraire à ce contrôle, elle aurait fait saisir ses dépêches à la poste et les aurait ouvertes; d'après d'autres narrateurs, ce serait l'abbé lui-même qui lui aurait dressé un piège en lui faisant signer une dépêche, dans les circonstances suivantes : Le conseil du roi d'Espagne avait décidé la levée d'une somme de douze millions pour être affectée à l'entretien des troupes dont l'état était des plus pitoyables ; la princesse des Ursins ayant eu la plus grande part à cette décision, l'abbé d'Estrées lui demanda de sigher la dépêche, qu'il envoyait à Versailles , pour annoncer cette nouvelle. Elle refusa; mais l'abbé fît si bien, qu'il la détermina à signer , en lui disant que le roi ne lui avait fait donner une charge en Espagne que pour qu'elle s'y mêlât des affaires, et qu'elle avait la même autorité que lui pour signer une dépêche. L'abbé d'Estrées se prévalut de cette imprudence pour écrire au roi que les exigences de la princesse des Ursins n'avaient plus de bornes; qu'elle prétendait supplanter son ambassadeur jusque dans ses fonctions les plus spéciales; enfin, il
NOTICE. cxm
profita de l'occasion pour redire la calomnie tant de fois répétée, qu'elle voulait ruiner en Espagne les intérêts de la France.
Ces machinations eurent tant de succès, que Louis XXV, outré contre la princesse des Ursins, lui envoya Tordre de quitter l'Espagne et d'aller en Italie, avec défense de revenir en France. La reine d'Espagne, au désespoir, obtint , comme une faible compensation de la perte que son cœur éprouvait, le rappel de l'abbé d'Estrées, qui fut remplacé par le duc de Gramont. L'ordre de ne plus reparaître en France était le comble de la disgrâce pour la princesse des Ursins, et cette personne, naguère si puissante, se trouvait sans amis à la cour qui osassent parler pour elle, tant on craignait d'encourir la disgrâce du roi en témoignant quelque sollicitude pour celle dont la chute paraissait devoir être sans retour. L'archevêque d'Aix, plus zélé et moins timide, ne craignit pas d'affronter le péril auquel nul courtisan n'eût osé s'exposer, celui de pouvoir déplaire, et fit si bien ou fut si heureux, qu'il obtint du roi le changement du lieu d'exil de la princesse des Ursins et la permission pour elle de se retirer à Toulouse. Ce premier pas était le plus difficile; aussi l'archevêque fit-il consentir bientôt le roi au retour de la princesse à Paris. Elle y arriva le 4 janvier 1705, et vint habiter l'hôtel de la comtesse d'Egmont, chez laquelle l'archevêque d'Aix demeurait également. Il parait que le duc d'Harcourt et le maréchal de Tessé travaillèrent de concert avec Daniel de Cosnac au rappel de M"" des Ursins, ce qui valut plus tard au maréchal une grande faveur en Espagne ; il se pourrait que cette communauté d'efforts ait été le fondement d'une connaissance intime, qui aurait fait attribuer au maréchal i h
cxrr NOTICE.
de Tessé, s'il n'en est pas réellement l'auteur, le fragment historique dont la paternité est restée indécise ' entre lui et l'abbé de Choisy.
lia princesse des Ursins n'eut pas de peine à se justifier auprès du roi , et même y réussit si bien , que du jour de sa première entrevue, il ne dépendit plus que de sa volonté de retourner à Madrid. Les faits, d'ailleurs, parlaient pour elle; le duc de Gramont, successeur de l'abbé d'Estrées, avait trouvé les affaires d'Espagne bouleversées par le départ de la princesse, et tenté de vains efforts pour les rétablir. Comme Français, il ne pouvait plaire aux Espagnols; de plus, il était devenu personnellement insupportable à la reine qui ne lui pardonnait pas d'avoir rencontré la princesse des Ursins partant ^pour l'exil, et d'avoir pris à son égard l'attitude si ff'^f milière aux courtisans envers les personnes disgraciées. Le duc de Gramont, voyant l'impossibilité de se main* tenir à son poste, parla le premier de rappel, et fut incontinent pris au mot ; Amelot , marquis de Gournay , conseiller d'État, fut envoyé à sa place. Pour que le triomphe de la princesse des Ursins fut complet, il fallait qu'elle revînt à Madrid ; c'était l'objet des vœux les plus ardents de la reine d'Espagne , c'était le désir de M*0 de Maintenon , qui , par elle , avait la connaissance directe des affaires ; mais la princesse hésitait à se confier de nouveau au destin hasardeux d'une périlleuse grandeur. Elle rencontrait, à Paris, des affections de famille , un entourage brillant et empressé parmi tout ce que la cour offrait de plus illustre, et le flatteur quoique incertain mirage d'un rôle plus éclatant encore; il fallut que son frère, le duc de Noirmoustier, et l'archevêque d'Àix, se réunissent pour lui persua-
NOTICE. cxt
der de remplir jusqu'au bout sa haute mission poli* tique.
La princesse des Ursins partit de Paris vers la fin de juillet de Tannée 1 705. Le roi et la reine d'Espagne accoururent au-devant d'elle à plusieurs lieues de Madrid; elle rentra dans sa charge, aussitôt abandonnée par la duchesse de Bejar, qui avait été nommée pour la remplacer. Son crédit, plus grand que jamais, fit prévaloir ses vues qui étaient de laisser aux Espagnols l'administration de leur pays ; et Louis XIV, reconnaissant l'impossibilité de diriger de loin les détails , consentit enfin à ne plus faire agir son influence que dans les grandes occasions. Tout le monde sait que cette puissance de la princesse des Ursins aboutit à une catastrophe éclatante, lorsque Philippe V, ayant épousé en secondes noces Elisabeth Farnèse, princesse de Parme, la nouvelle reine la fit enlever et conduire hors d'Espagne pour se soustraire de prime abord à un ascendant qu'elle redoutait.
En 1707, le duc de Savoie étant entré en Provence à la tête d'une armée qui y commit beaucoup de ravages, le maréchal de Tessé établit à Aix son quartier général pour rassembler un corps de douze mille hommes qu'il conduisit au-devant de l'ennemi. Ce commandement du maréchal de Tessé , en Provence , établit un nouveau rapprochement entre l'archevêque d'Aix et le maréchal, dont on peut induire encore des conjectures à l'égard de l'histoire attribuée à ce dernier.
Ici s'arrêtent les derniers documents que nous avons pu réunir sur Daniel de Cosnac. Il mourut a Aix , le 18 janvier 1708, â#e «le près de quatre-vingts an*; il comptait cinquante-quatre années d'épiscopat, et était
cxti NOTICE.
alors le plus ancien évêquc de France '. Il conserva jusqu'à la fin son étonnante activité, ainsi que la plénitude de ses facultés ; on en voit la preuve dans ses travaux à la dernière Assemblée du Clergé, à laquelle il assista peu de mois auparavant» Il fit des legs aux deux hôpitaux de ta ville d'Aix et à son séminaire. Il avait exercé avec succès, mais non sans obstacles, l'autorité religieuse et l'autorité civile, deux autorités difficiles à réunir, et dont la séparation est préférable au point de vue de la religion elle-même. Dans le cours de son existence, il fit assez de
1 La Gazette et le Nouveau Mercure annoncent ainsi sa mort :
f Recueil des Gazettes. Paris, 4 février 1708. — Messire Daniel de Cosnac, archevêque d'Aix, commandeur de Tordre du Saint-Esprit, mourut à Aix le 18 du mois dernier, dans la quatre-vingt-unième année de son âge. U étoit le plus ancien évéque de France. »
Nouveau Mercure. Février 1708. — a Je croyois finir cet article, maïs voici encore une mort; c'est celle de M. l'archevêque d'Aix, Daniel de Cosnac, abbé de Saint-Riquier et commandeur des Ordres de Sa Majesté, mort à Aix, le 18 de janvier, è l'âge de quatre-vingts ans. Il avoit été auparavant évéque de Valence et de Die. Lorsqu'il fut fait archevêque d'Aix, on sépara en deux l'évéché qu'il quittoit. M. de Montmorin, aujourd'hui archevêque de Vienne , fut fait évéque de Die , et à présent , c'est messire Gabriel de Cosnac, neveu du défunt, qui jouit de cet évêché. Celui de Valence fut donné à messire Guillaume Bochard de Champagny, mort à Paris durant l'Assemblée du Clergé qui a précédé celle de l'année passée et à qui a succédé messire Jean Catelan , aujourd'hui évéque de Valence. Ma* la princesse d'Egmont, veuve du feu prince d'Egmont, est sa nièce. Sa Majesté, sans attendre le temps ordinaire de la promotion qui ne devoit se faire qu'à Pâques, a nommé peu de jours après qu'on eut reçu la nouvelle de sa mort, messire Gaspard de Vintimille du Luc , évéque de Marseille, pour lui succéder, et a donné en même temps l'évéché de Marseille à M. l'abbé de Poudeux, agent général du Clergé et neveu de M. l'évêque de Tarbes.
i L'abbaye de Saint-Riquier, vacante par la mort du feu archevêque d'Aix, n'est point encore donnée ; mais le roi a transporté sur cette abbaye la pension de trois mille livres qui avoit été donnée à M. l'abbé d'Apremont sur l'archevêché de Rouen qui par là en demeure déchargé, »
NOTICE. cxth
choses pour remplir plusieurs vies; mais il a moins écrit qu'il n'a agi; il prêcha avec succès devant la cour plu* sieurs sermons qui n'ont pas été conservés. Les seuls ouvrages que nous ayons de lui sont le Recueil d'ordonnances synodales, dont nous avons parlé, et les Mémoires et discours que nous publions, et qui modifieront sur beaucoup de points l'opinion que l'on s'est généralement faite d'un prélat dont l'esprit fut plus léger que le caractère. Le lecteur remarquera une grande différence entre le style des deux versions des Mémoires et celui des discours et lettres de l'auteur; tandis que le style des deux versions est généralement un peu pesant et diffus, celui des discours est au contraire hardi , énergique , sa période arrondie , exempte d'exubérances inutiles ; celui des lettres , coloré , expressif et piquant ; dans ces dernières, on reconnaît l'auteur livré à sa nature dans l'intimité de ses amis; dans ses discours, c'est sa nature plus étudiée , plus élevée, et l'on sent mieux, par la noblesse de l'expression, la profondeur et l'à-propos de la pensée, ce dont il eut été capable s'il eût donné plus de fini à ses Mémoires au lieu de les reprendre à deux fois. Nous regrettons, avec l'abbé de Choisy, que l'on n'ait pas recueilli un plus grand nombre de ses reparties et de ses nombreuses saillies, qui, au moins autant que les divers événements auxquels il fut mêlé, ont conduit son nom à la célébrité par la réputation d'un esprit enjoué et mordant, et d'une conversation charmante. A défaut des bons mots qu'on n'a pas conservés, on lui en a prêté, notamment celui-ci, qui ne peut être authentique, puisque saint François de Sales était mort plusieurs années avant la naissance de Daniel de Cosnac, mais il rentre assez dans le genre de son esprit :
c*tui NOTICE.
« M. de Cosnac , archevêque d' Aix , ctoit très-vieux
quand il apprit qu'on venoit de canoniser saint François
de Sales : « Quoi ! s'écria-t-il , M. de Genève , mon an-
« cien ami? Je suis charmé de la bonne fortune qu'il
ce vient de faire; c'étoit un galant homme, un aimable
« homme, et même un honnête homme, quoiqu'il tri*
« chat au piquet, où nous avons souvent joué ensemble.
« — Mais , Monseigneur , lui dit-on , est-il possible
« qu'un saint friponne au jeu ? — Ho! répliqua l'arche-
« vêque , il disoit pour ses raisons que ce qu'il gagnoit
« étoit pour les pauvres \ »
Comte Jules de COSNAC.
* Loisirs d'un homme if État et Dictionnaire historique, t. VII, 1810.
DI
DANIEL DE COSNÀC
DB