CHAPITRE XXXI
Retour de l'Einporeiir. — Lafavettc amène la Chambre à se déclarer loutepuissante : son alLaijne contre l'Empereur. — Conseil des ministres. — Commission des Chambres. — Abdication de l'Empereur en faveur de son fils. — La recoimai.ssance de Napoli'on II éludée par les représentants. — Création d'un gouveinement provisoire. — Mon entretien avec Fouché. — Di.scours imprudent du maiéchal Ney. — Fouchè préside le gouvernement provisoire. — Tenlalive en faveur de Napoléon ii. — Plénipotentiaires envoyés au.v puissances. — Aatre entretien avec Fouché.
L"Empereur tenait conseil à l'Elysée. On y agita la question de savoir s'il prendrait la dictature, ou s'il la demanderait aux Chambres. Les avis furent partagés; mais la majorité pensa qu'on ne pouvait le sauver que par Tunion des pouvoirs et que, bien que les Chambres ne parussent pas bien disposées, l'Empereur devait leur montrer de la confiance. Ce fut surtout l'opinion de Fouché.
Pendant ce temps-là, son plan se développait à la Chambre des représentants ; Lafayette montait à la tribune. Tirant adroitement parti de sa vieille réputation patriotique, de l'inquiétude dont les esprits étaient agités, des bruits sinistres et, suivant hii. fondés répandus contre la sûreté de la Chambre, des dangers imminents de la patrie, il n'eut pas de peine à lui persuader qu'elle seule avait le moyen de les conjurer. Sur sa proposition, elle se déclara en permanence. Elle décréta que toute tentative faite pour la dissoudre était un crime de haute trahison ; que quiconque se montrerait coupable de cette tentative serait regardé comme traître à la patrie et jugé comme tel. Elle fit un appel à la garde nationale pour garantir lïnviolabilité des représentants de la nation ; elle invita les ministres à se rendre dans son sein.
La Chambre s'emparait de tous les pouvoirs, c'était toute une révolution. L'Empereur était non seulement détrôné, mais
encore, s'il re'sistait, déclaré d'avance traître et pour ainsi dire mis hors la loi. En révolution, prendre l'initiative, attaquer, c'est la moitié du succès. Dans ce moment, ce coup d'audace était décisif. Fouché l'avait bien jugé ; l'Empereur ne pouvait se défendre. Les débris de Tarmée n'étaient pas réunis sous sa main ; l'appui des chefs militaires et celui du pouvoir civil lui manquaient à la fois. Tenter un nouveau 48 Brumaire, il n'en avait plus les moyens. D'ailleurs, les temps étaient bien changés. Il n'avait plus en lui-même la confiance qui fait tout oser. L'auréole de jeunesse et de gloire, présage d'un avenir heureux, avait depuis longtemps disparu. Après trois campagnes désastreuses, il rentrait encore dans Paris, frappé par le plus déplorable revers et sans armée. Quel attachement, quel espoir, quelles illusions pouvaient survivre à d'aussi cruelles épreuves' En vain quelques hommes d'un dévouement sans bornes ou qui, comme moi, voulaient jusqu'à la dernière extrémité résister aux Bourbons, disaient qu'en se séparant de l'Empereur on prenait un parti déraisonnable, impolitique^ pernicieux; le plus grand nombre était sourd à la voix de la raison et de la politique.
Non seulement l'Empereur n'entreprit rien contre la Chambre des représentants, mais il se résigna à son coup d'autorité, il entra en communication avec elle et marchanda encore son imion et son concours. Les rôles étaient intervertis. A chaque instant, la Chambre étendait son usurpation et l'affermissait, et le pouvoir de l'Empereur tombait en décadence. Il avait irrévocablement contre lui le président Lanjuinais et tout le bureau, Lafaj^ette et le parti constitutionnel, Fouché, dont les affidés Jay, Huet, Manuel, soufflaient la rupture, les patriotes qui croyaient faire merveille en sacrifiant à la représentation nationale un homme dont ils craignaient le despotisme. Enfin, les bonapartistes eux-mêmes étaient ébranlés et chancelaient. Ceux qui ne cédaient pas au torrent se refroidissaient, les ambitieux défectionnaient. Sébastiani appelait la garde nationale au secours des représentants contre son bienfaiteur, l'auteur de sa fortune. L'Empereur abdiqua de fait en proposant aux Chambres de nommer chacune une commission de cinq membres pour