‹ Mémoires de A.-C. Thibaudeau, 1799-1815Chapitre 175 sur 211 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

« ma position. Je ne l'ai pas choisie, on me Ta faite. Du dehors

• et du dedans on vient à moi. on me témoigne de la confiance;

• je ne peux pas m'eiTacer.

" — Ainsi, tu ne comptes plus pour rien la Commission et « les Chambres...

• — Il faut discrétion et promptitude.

« — De là les soupçons et les accusations.

« — Je m'y attends. Je n'ignore pas ce qu'on dit. je prévois « ce qu'on dira. On me fera un crime de mes relations secrètes, « d'employer tels ou tels agents.

» — Pur exemple Vitrolles et ton ami Gaillard.

■ — Puis-je employer Durbach et Félix Desportes? Ils seraient « l)ien reçus... J'emploie toutes sortes de gens.

■ — Qui vont nous livrer et faire leurs affaires.

" — Ne dit-on pas de moi que je veux faire les miennes?

" — Oui. pourquoi pas. On croit que c'est déjà fait.

« — Comme si avec les Bourbons je pouvais me sauver tout « seul! Mon cher, je suis embarqué sur le même vaisseau que X les hommes de la Révolution. Ce qu'on sauvera du naufrage « nous sera commun à tous.

« — Pour le vaisseau, tu le sais, j'ai foi dans l'avenir. « L'équipage souffrira cruellement. Si celui qui en prend le « gouvernail...

« — Laissons-Ià ces figures. J'attends des nouvelles de Wel- « lington par nos commissaires... par d'autres moyens. Je me « réglerai en conséquence.

« — Autre chose. Si vis pacem, para bellum, ne l'oublie « pas.

« — Sans doute; on n'a rien négUgé. Après la déroute de ï Waterloo, il n'était au pouvoir de personne de rallier plus tôt € les débris de l'armée.

« — Je ne suis pas de cet avis. Parmi ceux qui devraient « donner l'exemple et l'impulsion, je ne vois ni franchise, ni « décision. Il n'y a pas vingt-quatre heures que vous proposiez « d'aller chercher les Bourbons.

« — Tu as toujours dit que c'était inévitable.

« — Je le crois encore; mais je ne veux pas qu'on se rende

« platement, lâchement. Arrive ce qui pourra, je saisirai la c première occasion de m'expliquer nettement à la tribune.

« — Tu peux, si cela te fait plaisir, te donner cette satisfac- « tion. Il n'en sera ni plus ni moins. On fait ce qu'on peut. « Paris va être mis en état de siège; les fe'dérés sont armés; « l'armée va prendre des positions. Nous traiterons la main sur « l'épée.

« — Oui, lorsque l'ennemi a la sienne hors du fourreau. « — Parbleu, nous la tirerons aussi, s"il le faut. « — S'il le faut?

« — Certainement; c'est une grande question; le sort de « Paris peut en dépendre.

«: — Alors, c'est une affaire faite, vous ne tirerez pas « l'épée.

« — Voudrais-tu qu'on exposât la capitale au sac et au « pillage?

« — La question ainsi posée, je n'ai plus rien à dire. « — On ne peut pas la poser autrement. « — Nous avons assiégé Vienne et d'autres villes, et parce « qu'elles se sont plus ou moins défendues, nous ne les avons « pas pillées.

« — Ce n'est pas une raison pour que Paris ne le soit pas. « — 11 ne l'a pas été en 1814; cependant, on s'était battu au « pied de ses murailles et avec bien moins de ressources que « nous n'en avons à présent... Je ne suis pas plus compétent « que toi en cette matière; j'entends des militaires qui ne par- « tagent pas ta crainte.

« — Il n'y a pas un maréchal qui voulût défendre Paris. « — Les maréchaux! Je le crois. Davout nous proposait hier » d'aller chercher les Bourbons. Mortier, à l'ouverture de la t campagne, a eu la sciatique. Soult a sur la conscience le « monument de Quiberon. Confier notre armée aux maréchaux, « c'est nous livrer à Blûcher et à Wellington. Il ne s'agit pas, « pour défendre Paris, dy renfermer l'armée, d'y soutenir un » siège. Il n'y a pas un sergent qui propose une semblable « balourdise. On y laisserait la garde nationale; l'armée tien- « drait la campagne. Elle est forte de soixante-dix mille hommes,

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