‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 107 sur 325 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

« s’inquiéter des ressources de leurs maris! » Elle voulut se justifier; il l’arrêta en lui disant qu’il n’entendait pas lui faire d’application, qu’il parlait en général. Elle lui insinua que je désirais qu’il ne m’oubliât pas et qu’il ne me laissât pas éternellement à Marseille. « Nous verrons, nous verrons, dit-il; il « m’est encore utile dans ce pays. »

Ma femme sortit assez satisfaite de cette audience; mes amis en furent aussi contents et m’en félicitèrent; ils firent un grand éloge de l’activité, du dévouement, du tact et de la mesure avec lesquels elle s’était occupée de mes affaires. Je ne partageai pas tout à fait leur satisfaction et la sienne. Je vis clairement que le maire avait prévenu l’Empereur contre moi et qu’il y avait une arrière-pensée dans ses explications. Je ne tardai pas à en avoir la preuve.

« Mme Thibaudeau, m’écrivit Siméon, en vous disant l’inté- « rêt que je vous porte, ne vous aura, j’espère, rien appris de « nouveau. Voici plus de dix ans que je vous connais, vous « estime et vous aime. Vous m'avez donné en des temps difficiles « des preuves de retour, je ne suis ni inconstant ni ingrat. »

Au Conseil d’État présidé par l’Empereur, on discuta le budget de Marseille pour 1806. Il y avait à régulariser une dépense ordonnancée par moi sans autorisation préalable du gouvernement et payée par le receveur municipal. Defermon m’écrivit de Saint-Cloud, séance tenante : « L’esprit de la discussion a « été en général, de la part de l’Empereur, que le préfet ne « devait être que le surveillant de l'emploi des fonds munici- « paux; qu’il ne devait ni faire ni ordonnancer. aucune dépense « sur ces fonds; que le maire était le représentant de la ville,

« et que le préfet qui y réside, quoique étant autorité supé- « rieure, ne devait point se mêler de l’administration autrement « que comme surveillant; qu’il n’y avait d’exception qu’à Paris « où le préfet faisait les fonctions de maire. »

Quelques jours après, l’Empereur, de son propre mouvement, décréta que le receveur municipal cesserait ses fonctions pour avoir payé en l’an XII et en l’an XIII des dépenses excédant les allocations faites par les budgets de ces deux exercices.

J’écrivis directement à l’Empereur que l’article 37 du décret

du 4 thermidor an X, rendant les receveurs responsables des payements excédant les dépenses allouées par les budgets, supposait que ces budgets seraient arretés au commencement des exercices et notifiés au receveur. Or, entre l'envoi fait par moi au ministère et le retour des budgets, il s’était écoulé, en l’an XII, sept mois, en l’an XIII, dix mois. Celui de 1806, envoyé depuis treize mois, n’était pas encore revenu. On n’avait pas dû, pendant ces retards, arrêter les payements et laisser manquer les services. Depuis que le maire unique de Marseille était installé, je n’avais ordonné aucune dépense, ni aucun payement sur les fonds municipaux. Tous mes actes de cette nature remontaient au temps où il y avait trois mairies et où j’étais chargé de l'administration municipale comme le préfet à Paris. Si la responsabilité, au moins morale, de ces dépenses avait dû peser sur quelqu’un, c’était sur l’administrateur qui les avait ordonnées, c’était sur moi. Je priais donc l’Empereur de les faire examiner.

Le receveur de la ville, Ricard, était un ancien comptable justement recommandable par sa probité, son zèle et son exactitude. Ses qualités lui avaient concilié l’estime et la confiance du conseil municipal et de toute la ville. 11 serait, disais-je, extrêmement pénible pour moi d’être la cause de la disgrâce d’un fonctionnaire qui n’avait pas démérité.

Sa destitution fit le plus mauvais effet à Marseille; on l’attribua au maire.

Un commissaire du gouvernement vint sans se faire annoncer. C’était M. Anisson Duperron, auditeur du Conseil d'État, qui remplissait une mission dans le Midi. Je ne le connaissais pas. 11 fit les vérifications dont il était chargé et travailla avec le maire, le conseil municipal et moi ; il ne communiqua à personne le résultat de ses opérations. Ce fut de Paris, après son retour, qu’on m’en informa. D’après son opinion, le receveur municipal n’avait pas été suffisamment autorisé par la lettre de l’arrêté du 4 thermidor à refuser de payer; j’avais été forcé par le retard des budgets à pourvoir à une réparation urgente. Le maire n’avait pas de connaissances suffisantes en administration. J’avais peut-être âme reprocher d’avoir contribué à mettre

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