‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 118 sur 325 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

même sont-ce des déterminations irréfléchies, mais dictées par le zèle. Ces observations et l’arrêté du général doivent être envoyées au Conseil d’Etat pour qu’il statue ce qu’il appartiendra.

Une autre question est à examiner. De quelle autorité les préfets ont-ils soumis à une contribution le permis de port

« l'exercice de ce droit, et l’on t-ils soumis au payement d’une contribution ? « Détermination peu méditée, qui a donné lieu à des rumeurs et à des « calomnies. N'ont-ils pas pensé que Ton pouvait y voir, avec quelque « raison, un acte de concussion, une taxe arbitraire? Cette conduite n’a- « t-elle pas autorisé celle des militaires? Un intendant de département n’est « point un vice-empereur ; il n'a qu’une portion de l’administration gcue- « raie; il n’a d’autre devoir que celui de procurer l’exécution des lois et « des règlements.

« Il est donc nécessaire que le Conseil d’État rédige un projet de décret, « ou pour déclarer que le droit de port d’armes est illimité, ou pour Tas- « sujettir à des règles générales et fixes, ou pour l’accorder à tous les * citoyens qui ont domicile et caution, ou pour ne le déférer qu’à tous ceux « qui, s’étant fait examiner par l’autorité, en ont acheté le libre exercice .< au prix d’une contribution quelconque; et, dans ce cas, à qui cet « examen sera-t-il déféré? Ne sera-ce pas, au lieu du préfet, à la gendar- « merie, qui est le surveillant véritable et nécessaire des vagabonds?

« Sa Majesté connaît assez la théorie du Conseil pour prévoir que les « uns diront qu'il faut une loi et refuseront au gouvernement la faculté de « faire ce que fait un préfet; que d’autres préféreront le maintien des abus « au dérangement de leur système métaphysique, c’est, dans l’un et l’autre « cas, une mauvaise manière de voir, qui, à la longue, dénaturera nos « institutions.

« Il faut, par un décret, décider si le droit de port d’armes sera accordé « ou refusé à tous les citoyens, ou s’il sera refusé à quelques-uns dans tel « et tel cas, et accordé aux autres moyennant le payement d'une somme « d’argent. Dans cette dernière supposition, il faut aussi déterminer l'em- « ploi de cette contribution, soit qu’elle tourne au prolit de l’Etat, soit « qu’on Talfecle aux hospices ou aux dépenses communales. 11 pourrait y « avoir quelques motifs pour en faire une branche de revenu, qui, selon « plusieurs calculateurs, s’élèverait à plus d'un million, mais n’y a-t-il pas « un inconvénient très grave à inlliger une flétrissure au citoyen, en lui « défendant le port d'armes? Tout noble était autrefois en possession de « ce droit; aujourd’hui, tout Français domicilié, tout citoyen qui. dans son « existence privée, donne à la société une caution de sa conduite, est « noble.

« Ces dernières considérations sont les règles absolues. Les eircons- « tances peuvent exiger d'autres mesures. Sa Majesté attend ce qui lui sera « proposé par son Conseil. Elle l’invite à ne pas s’abandonner à une indif- « l'éieuee métaphysique, qui laisse faire sans s’embarrasser des consé- « quences, et à ne pas livrer à des magistrats isolés, qui n’ont pas l’en- « semble des mesures et des combinaisons générales de l’Etat, la faculté « d’imposer des obligations, de prescrire des règlements qui peuvent avoir « tant d’inlluence sur le caractère de la uatiou. — Napoléon. » ( Correspon - (lance de Napoléon, t. XIV, p. 501.)

MÉMOIRES bE A.-C. TlilRAUDEAÜ

d’armes et donné lieu ainsi à des rumeurs, à des calomnies? Ils ne sont pas des vice-empereurs. 11 est nécessaire que le Conseil d’État rédige un projet pour déclarer que le port d’armes est illimité, ou pour l’assujettir à des règles fixes, ou pour l’accorder à tout citoyen domicilié. Le permis de port d’armes appartiendrait plutôt à la gendarmerie qu’aux préfets. Si l’on perçoit une contribution, quelle en sera l’application ?

Mme Üevaines m'écrivit : « Comment le général se trouve-t-il « de la réponse de l’Empereur? Pour cette l’ois, vous devez être « satisfait de la justice qui vous est rendue, et de la manière « qui vaut bien quelque reconnaissance. Mais, par grâce, pré- « servez-vous du démon de la superbe. Plus vous êtes triom- « phant, plus vous devez être bon garçon. »

Je prouvai à Mme Devaines que je Pavais été avant sa recommandation, en allant au-devant du général. Je lui mandai qu’il paraissait ignorer ce qu’elle regardait comme un nouveau triomphe pour moi, la dictée de l’Empereur. Elle me répondit :

« Je ne comprends pas comment le général ignore la réponse « de l’Empereur; il serait donc le seul qui ne la connaîtrait « pas. D’ailleurs, par le résultat, ne faut-il pas qu’il en soit ins- « truit? Il me semble qu’il aura beau vouloir faire la sourde « oreille, celui qui fait voir les aveugles et marcher les boiteux « saura bien lui faire entendre ce qu’il voudrait ne pas con- « naître. Je vous approuve infiniment d’avoir été généreux. La « première visite devait être faite par celui qui avait raison, et, « dans cette circonstance comme dans d’autres, c’est vous qui « l’avez presque toujours. Qu’y aurait-il donc eu de si extraor- « dinaire que le démon de la superbe se fût emparé de vous? « Vous n’auriez pas été le premier héros qui aurait perdu « la tête après la victoire; il y en a des exemples. Je sais que « les moralistes nous disent qu’il est beau d’être doux, clément, « généreux, quand on a triomphé. Mais entre ce que l'on fait, « ce que l’on voit et ce qu’on a imprimé, il y a de la difïé- « rence. Permis à vous de faire à qui bon vous semblera l’ap- « plicalion. »

Ce trait semblait à l'adresse de l'Empereur; cependant,

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