‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 120 sur 325 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« tisan philosophe, mais je travaillerai tant que je le pourrai « à ce que vous ne deveniez pas un sauvage.

« Puisque nous en sommes sur vos louanges et vos arnabi- « lités avec tout ce qui est si peu aimable tant là-bas que dans « le reste du monde, dites-moi comment vous êtes avec votre « très difficile et très bavard archevêque. C’est encore un « constituant, et que j’estime très médiocrement. Je le crois un « mauvais coucheur, mais il n’en faut pas moins coucher avec « lui, surtout à présent que nous croyons en Dieu. »

Je ne sais trop ce que je lui répondis ; elle m’écrivit encore : g J’ai beaucoup ri de votre détail sur l'archevêque. C’est encore « un gueux de prêtre indécroltable ; je ne puis le souffrir; je g l’ai toujours regardé comme un intrigant. Mais comme il ne g manque pas d’un certain esprit, il faut d’autant plus g d’adresse de votre part pour le maintenir. Si vous voulez g être bon garçon, je suis persuadée que vous finirez par être g le maître, car enfin il faut toujours que ce soit la raison qui g l’emporte, du moins, j’aime à le croire. »

Je trouvai le jugement trop sévère et j’essayai de défendre ce pauvre archevêque. Mme Devaines répliqua : g C'est par g taquinerie que vous prenez le parti du prélat constituant. C’est g précisément parce qu’il a été philosophe et surtout patriote g que je ne l’aimerai jamais. Vous êtes bien heureux que je g n’ajoute pas quelque chose de plus sévère, mais comme je g vous aime, et bien sincèrement, je ne veux lien dire contre g les patriotes. »

Une autre personne était antipathique à Mme Devaines, c’était une femme. Corinne allait paraître ; elle m’écrivit : g Je g vous annonce un roman-voyage de Mme de Staël, qui se g glisse le plus près qu’elle peut de Paris. Elle a loué une terre g à cinq lieues de Saint-Germain, où elle a fait nombre de g courses. Fouché, qui la tolère, dit cependant que, si elle cong tinue, il est persuadé qu'elle finira par venir se mettre dans le g lit de l’Empereur. Je vous annonce des mémoires romag nesques de Benjamin Constant. Tout cela est sous presse, g (28 janvier 1807). »

— g Vous avez reçu Corinne, ainsi que vous le désiriez ; dites

MÉMOIRES DE A.-C. THIBAUDEAÜ

« m'en votre opinion, je le veux absolument; vous aurez la « mienne en échange.

« Avez-vous lu le discours du cardinal Maury ? On m’en a « tant parlé et menacé d’un si grand ennui que je le tiens pour « lu (2 juin 1807). »

— « Vous avez été beaucoup plus indulgent que moi pour « Corinne, et si vous étiez là, nous nous disputerions fièrement.

« En somme, je vous félicite de votre jugement ; il me prouve « que vous ôtes encore jeune, ce qui est une excellente chose à « conserver. Moi qui ne le suis plus du tout, je me suis « ennuyée à mourir du premier volume. J’ai été dans une « colère continuelle de ce mélange de voyage, de descriptions,

« avec la partie romanesque. Je n'ai pas été attendrie un ins- « tant. J’ai trouvé beaucoup d’esprit, mais du mauvais goût;

« de l’amphigouri. En tout, je préfère Delphine avec tous ses « défauts (26 juillet 1807). »

Pour réparer les pertes énormes faites dans la campagne d'hiver et surtout à la bataille d’Eylau, l’Empereur ordonna l’appel de la conscription de 1808 : « J’espère, m’écrivit « Siméon, qu’elle amènera la paix. L’événement de Constanti- « nople décidera peut-être les Anglais à y accéder ; c’est à quoi « elle tient. Les Russes et les Prussiens la feraient volontiers, « si nous voulions ne traiter qu’avec eux. Mais puisque les « Anglais sont partie au procès et l’ont suscité, nous voulons « qu’ils soient partie dans la transaction, ou que les Russes et « les Prussiens se déclarent avec nous contre eux. Voilà notre « politique (21 avril 1807). »

Malgré les victoires, les bulletins pompeux et les félicitations du Sénat, Paris était dans la désolation. Mme Devaines m'écrivait : « Je ne vous dis rien sur les événements de la guerre ; « ils sont si affligeants qu’il faut se taire. Dieu veuille seule- « ment nous ramener l’Empereur ! Je ne forme pas d’autre « vœu.

« Ce pauvre Réal a perdu son fds. Dans sa dernière lettre, il « écrivait à son père : « L’Empereur a refusé à mon colonel « de me faire lieutenant parce que je suis trop jeune ; mais je « l’y forcerai bien et à me donner la croix. » Le père n’avait

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