‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 141 sur 325 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

« rien pour moi parce que suis en Westphalie, et si le Roi ne « me donne rien, parce que l’Empereur ne veut pas que je lui « appartienne. » (Lettre du 4 juin.)

L’Empereur partit pour l’armée le 12 avril. Pendant son absence tout dormait. Je voulais retourner à Marseille, Fouché me retint et m’entretenait sans cesse de son grand projet. Mon congé était expiré, j’étais depuis plus de quatre mois à Paris où je n’avais rien à faire, je me décidai enfin à partir.

J’avais couru toute la nuit, un matin, de très bonne heure, arrivant à un relai, j’aperçus une voiture arrêtée et, à la porte de l’écurie, un particulier engoncé dans une pelisse et un bonnet sur les yeux, qui n’avait pas figure humaine, une espèce de spectre. Je mis pied à terre, je ne me trompais pas, c’était Talleyrand. Le geôlier de Valençay allait à Paris. Bien que nous n’eussions pas de relations, nous nous connaissions trop pour ne pas lier conversation. Il fut très aimable pour moi et me demanda les nouvelles. Je lui en donnai, telles quelles ; ce n’était pas grand chose. Il avait l’attitude d’un mécontent et l’air sombre d’un conspirateur.

J’annonçai cette rencontre à Mme Devaines. Elle me répondit : « Vous avez bien raison, les grands seigneurs sont des « princes beaucoup plus affables sur les grands chemins que « dans les salons. Je suis froidement avec celui dont vous me « parlez. Je crois qu’il est piqué de ce que j’ai dit que sa posi- « tion ne changerait pas, et de ce que j’ai affirmé qu’il n’avait « pas la maîtresse qu’il se donne les airs d’afficher. Toute « vérité n’est pas bonne à dire, tant pis pour lui s’il est offensé « des miennes. » (Lettre du 13 juillet.)

Siméon et moi nous nous entretenions toujours de nos chimères. 11 m’écrivit : « Vous voudriez un bureau, cela serait « juste, mais il faut une vacance qui peut-être n’arrivera pas de « sitôt. Qui sait même si, lorsqu’elle arrivera, vous n’aurez pas « tort de l’absence et si, les présents n’obtiendront pas lapréfé- « rence? Vous aurez vu le ministre de l’Intérieur (Cretet) à « Paris, je ne sais ce que vous avez pensé de sa santé et ce « qu’on vous en a dit. Mais le médecin de notre reine qui l’a « rencontré aux eaux de Spa, ne lui en donne pas pour six

» mois. On m’écrit de Paris qu’on parle, pour le remplacer, de « Montalivet ou de Beugnot. Beugnot sera laissé où il est, « où il peut être longtemps, où il est très bien. Je crois que « Regnaud n'oubliera rien pour remplacer Cretet. Que ce soit « lui ou Montalivet, il vaquera une place. Quoique vous fussiez « originairement de la section de la législation, les grandes « préfectures que vous avez occupées vous rendent très propre « à ce qui concerne l’intérieur, et dans le cas où Regnaud « passerait au ministère, la présidence de la section de l’inté- « rieur vous conviendrait parfaitement.

« Vous me faites beaucoup d’honneur de vous comparer à « moi. Je suis sur le retour, vous êtes à la fleur de l’âge. Vous « avez des amis en crédit : s’ils n’en usent que froidement, ils « peuvent pourtant avoir un bon mouvement et saisir une « occasion; moi, je n’ai personne. J’ai besoin d’une retraite. « d'aller voir une propriété que je n’ai pas vue depuis quatorze « ans, qui est une mine mal exploitée et que ma présence vivi- « fierait. Il n’y a pour moi que le Sénat. L’Empereur me l'accor- « dera-t-il? Je crains qu’il ne me laisse ici ou que, me retirant, « il ne me fasse ressentir le mécontentement qu’il a de certaines « choses auxquelles je ne puis certainement rien; mais quand « les choses ne vont pas au gré de ses désirs, tout le monde est « responsable. Le bien que je fais ici est de nature à le frapper « beaucoup moins que le mal qui lui déplaît. Quoi qu’il en soit, « à la paix je hasarderai une demande. Je ne voudrais pas « mourir ici et je voudrais le Sénat pour retraite. C’est la seule « qui convienne à mon âge et si je ne m'abuse, elle est due à « quatorze ans de services semés de quelques succès. Si nous « sommes un peu tranquilles, c'est bien grâce à Dieu et à « l’Empereur, je veux dire à ses victoires, car d'ailleurs il a « donné à son frère un royaume ruiné, ayant plus déchargés « que de revenus, une armée à créer, pas un général, des gens « sans attachement pour nous. Si nous ne sommes pas la proie « du premier venu, il faut en rendre grâce à l’énergie du roi et « à l’étoile de Napoléon. » (Lettre du 15 août.)

Pendant que l’Empereur faisait la guerre en Autriche, Fouché, réunissant l’intérim du ministère de l’Intérieur à celui de la

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