CHAPITRE II
cain; il formait l’opposition, c’était son rôle. Benjamin Constant était un de ses chefs, et le salon de Mme de Staël en était le foyer. Dans la prévision de la reprise des hostilités en Italie, elle faisait des vœux pour que Bonaparte fût battu. Déjà peu favorablement disposé pour cette femme célèbre, il en prit ombrage. Elle publia son livre de lu Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales. Un prétendit y trouver une critique indirecte du gouvernement. Mme de Staël se décida à quitter Paris; avant son départ, elle eut un long entretien avec le consul Lebrun; elle offrit une trêve de six mois, pendant lesquels elle le priait de faire la paix entre elle et Bona parte.
Portalis fut nommé commissaire du gouvernement près le Conseil des prises. Le Premier Consul essayait ainsi, dans des fonctions qui n’étaient pas précisément politiques, la docilité et le dévouement d’hommes de mérite et de talent, soupçonnés de quelque attachement à l’ancienne monarchie. Lorsque Siméon n’avait pas hésité, ou ne pouvait pas douter de Portalis, dont le caractère était plus souple et plus accommodant.
Il m’écrivit : « Tu dois être actuellement établi, et j’estime « heureux le département confié à tes soins. Tu auras tout à « créer, car on doit avoir tout détruit. Tu dois être comme la « planche de salut après le naufrage. Pour moi, mon cher, je « suis commissaire du gouvernement près le Conseil des prises. « Les parties que nous avons à juger ont de grands intérêts à « défendre, et nous avons nous-mêmes à réparer de grandes « erreurs. Notre situation est d’être justes, mais il sera difficile « de plaire à tout le monde. »
tjuelques tribuns trouvèrent piquant de nommer en fructidor Siméon président du Tribunat; ce ne fut qu’une saillie passagère; Crassous fut élu. Siméon regretta qu’on eût perdu l’occasion de faire une nouvelle amende honorable du 18 fructidor. Il regrettait aussi de n’avoir pas eu à faire le discours du 1" vendémiaire. Il aurait voulu prouver que tout martyr que Ton était de la Révolution, on pouvait enfin en parler sans lui reprocher ses maux, et qu’il était temps de ne s’occuper que du présent et de l’avenir, sans revenir constamment sur le passé. Il aurait,
me mandai l-il, donné une preuve de sagesse dont les exagérés de tous les partis auraient été étonnés. C’était une occasion perdue; il s’cn présenterait peut-être d’autres. Simeon s’était bien amendé, et en très peu de temps. La fusion et la réconciliation faisaient de rapides progrès.
Bien que le 18 Brumaire fût un coup d’État, exécuté par des baïonnettes, la grande majorité de la nation et des hommes les plus distingués de la Révolution avaient adhéré au Consulat. 11 avait contre lui le parti royaliste, peu redoutable, les jacobins les plus ardents, quelques généraux mécontents et frondeurs, sincères républicains ou se croyant par leurs services les égaux de Bonaparte et jaloux de son élévation.
Le 7 germinal, on découvrit un complot jacobin. Les conjurés avaient fait imprimer d’avance leur manifeste. . 11 énumérait les griefs des patriotes contre Bonaparte. Il dévoilait les menées infâmes qui avaient préparé la fatale journée du 18 Brumaire, et le but criminel que s’étaient proposé ses auteurs; il établissait la nécessité de sauver encore une fois la République. Le complot devait éclater le lendemain du départ de Bonaparte pour l’armée. Bernadotte y jouait le premier rôle. Lucien, ministre de l’Intérieur, y était compromis. Des soupçons atteignirent Lefebvre, qui commandait à Paris, et jusqu’à Fouché, ministre de la Police. On lui reprochait au moins de la négligence. Le 9, à un grand dîner chez Mme Devaines, Talleyrand lui confirma l’existence du complot.
Cambacérès, plus discret, se renferma dans le silence lorsqu’elle lui en parla. Le 40, elle dîna à la Malmaison, elle y fut menée par Talleyrand. 11 y avait cinquante personnes; cinq ministres, parmi lesquels Fouché qu’elle n’avait jamais vu, et qu’elle aurait, m’écrivait-elle, fait pendre sur sa mine; Lucien qui était revenu de sa fureur contre Bonaparte, et que Joseph avait amené. En se mettant à table, le Premier Consul avait l’air triste. Il se remit cependant et causa très bien. Après le dîner, parlant de la guerre, il dit tout haut : « S’il y a des « défaites, j’irai les réparer. Mais je ne partirai pas sans m’être « assuré des factieux qui veulent troubler la tranquillité « publique. » Il eut un long tête à tête avec Talleyrand, et lui