‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 17 sur 325 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nouvelle preuve de l’assentiment général à la révolution du 18 Brumaire, en montrant à la France et à l’étranger les fils des premières familles accourant spontanément sous le drapeau national. Le succès de cette mesure était un titre de recommandation pour les préfets et le général Mathieu Dumas qui la dirigeait. Je ne lui dissimulai pas les difficultés que j'éprouvais. 11 me répondit : « Je ne vous répéterai pas ce que je vous écris « officiellement, il faut faire l’impossible. Croyez qu’il n’y avait « pas plus de ressources à Paris que là où vous êtes. Qui sait « mieux que moi qu’en paraissant à votre balcon pour la pre- « mière fois, vous avez dit : Hic seges est ubi Troja fuit. Cepen- » dant je vous demande de manière ou d’autre une poignée « de hussards, de les bien monter et de me les envoyer tout « doucement à Dijon... Coalisez-vous avec quelques bons « citoyens, avec l'arrière-garde de la Révolution, et en imitant « la souscription qui a été offerte par votre collègue Frochot, « en aidant la bonne volonté que vous aurez stimulée, faites- « moi ma poignée de hussards. Le début de la campagne est « inévitable; Pitt a mesuré l’abîme de nos misères, mais non « l'élévation du courage des Français. Je ne puis croire que la » paix soit éloignée si le gouvernement consulaire soutient celte « épreuve. »

11 la soutint glorieusement; il en soutint d’autres avec la môme gloire avant de dicter la paix. Le 16 floréal, le Premier Consul partit pour l’armée, en disant et en faisant annoncer publiquement qu'il ne serait absent que quinze jours. C’était pour tenir en respect les agitateurs. Avant son départ, il avait pris ses précautions. L’action du gouvernement était ainsi divisée : guerre, Carnot; police et justice, Cambacérès; finances, Lebrun ; relations extérieures, Talleyrand. C’était sur Carnot, à cause de son caractère moral et ferme, que reposaient le plus les espérances de sécurité. Du reste, aucune décision importante ne se prenait à Paris; tout aboutissait au Premier Consul, tout courait après lui. On lui expédiait au moins deux courriers par jour.

Même en présence de Bonaparte, la subordination des principaux agents du gouvernement n’était pas parfaite; mais, dès

qu'il n'était plus là, l’insubordination éclatait. Lucien en donnait l’exemple. C'était à peine s'il voulait bien se soumettre au Premier Consul Le jour même de son départ, Mme Bonaparte alla voir la femme de Lucien qui se mourait, et demanda à celui-ci quand il viendrait la voir aux Tuileries où Joseph était déjà venu. « Je n’y mettrai pas les pieds, répondit Lucien avec « humeur, pendant l’absence de mon frère. Je ne veux pas tra- « vailler avec les consuls. » 11 partit pour la campagne. Il fallut négocier avec lui; il céda, mais en faisant ses conditions.

Comme on désirait la paix, on croyait autour de Bonaparte qu’il la voulait sincèrement, même quand les chances de la guerre lui seraient favorables. Il regardait, disaient des gens qui se flattaient de connaître sa modération, toutes les parties de l’ Italie qu’il occupait ou qu’il occuperait comme des effets négociables dont l’avenir fixerait la destinée. On le verrait commencer un des plus beaux monuments de gloire, offrir après la victoire ce qu’il offrait avant, et très probablement rétablir un roi (celui de Sardaigne) en contraste avec les rois qui ne l’avaient pas rétabli.

Le 5 prairial, le Premier Consul écrivait qu’il serait à Paris dans quinze jours, toujours pour tenir tout le monde en haleine. Il fut très contrarié par la reddition de Gênes, surtout parce qu’il était privé des troupes de Masséna. Lucien, qui était opposé, on ne savait pourquoi, au général, colportait des lettres annonçant que la disette dans la place n’était pas telle qu’on l’avait prétendu. Ce revers ne fit pas grande sensation à Paris. On y comptait plus que jamais sur l’étoile de Bonaparte. On s'attendait à ce qu’il frapperait un grand coup, et à son prompt retour après avoir laissé à Desaix le commandement de l’armée. Tout était tranquille ou plutôt dans la stagnation. Cependant on fut plusieurs jours sans nouvelles, et l’on eut les plus vives inquiétudes.

La victoire de Marengo, 14 juin 1800 (25 prairial an VIII), décida du sort de l’Italie et fut un heureux présage pour la France. La république cisalpine fut rétablie, la ligurienne délivrée, la réunion du Piémont préparée en secret. Le Premier Consul et l’Église catholique firent alliance à Milan

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