CHAPITRE II
L’Église chanta les triomphes et le traita en souverain. L'hymne de la victoire et les cris d’allégresse retentirent à Paris, à Bordeaux, dans toute la République. On n’avait pas vu de campagne aussi courte, aussi brillante, aussi décisive. Couvert de lauriers, le Premier Consul traversa rapidement 1‘ Italie, posa, en passant à Lyon, la première pierre du rétablissement de la place de Bellecour, et revint à Paris pouvant dire ajuste titre comme César : Veni , vidi, vici. Il arriva le 13 messidor (2 juillet 1800), à deux heures, un peu blessé par un accident de voiture. Toute la population afflua dans la cour et dans le jardin des Tuileries. Tous les visages exprimaient une joie qu’on n’avait pas vue depuis longtemps.
En supprimant les fêtes nationales, le Consulat avait conservé les deux principales, le 14 juillet, jour de la conquête de la liberté sur le despotisme, et le 1er vendémiaire, jour de la fondation de la République. A l'anniversaire du 14 juillet on avait réuni une fête en l’honneur de la Concorde. On les célébra aux Invalides. « Jamais, m’écrivait-on, triomphe ni spectacle n’ont « été plus imposants : cette double haie de drapeaux ennemis,
« ce temple tout militaire, ces spectateurs composant eux- « mêmes un spectacle, cette double musique aux extrémités, ce « Desaix, ce La Tour d’Auvergne, ce consul si extraordinaire, si « grand, tout cet assemblage d’hommes et d'idées! »
A Bordeaux, je célébrai aussi le 14 juillet. Le 24 messidor, spectacle gratis. Le 25, je posai la première pierre de la colonne départementale. Je prononçai un discours en l’honneur des braves du département morts dans les combats. Dans l’aprèsmidi, réunion des autorités au Champ de Mars autour de l'autel de la Concorde, discours du préfet. Le soir, illumination générale, spectacle gratis, pièces de circonstance, bal dans le grand salon de la préfecture, souper dans la vaste orangerie. Il y eut de la joie, de l’enthousiasme sans commande, naturellement, dans toutes les classes. Tout s’animait, tout s’enflammait au nom de la liberté, de l’égalité, de la République. On était fier de la gloire des armées, de l’éclat du nom français. A Paris, comme à Bordeaux ma fête fit fortune. Pour mon début, je n’avais rien épargné.
Mil femme vint me trouver; elle fut comblée de politesses; elle acheva ce que j’avais heureusement commencé, la réunion des partis, le ralliement de la société. Depuis mon départ de Paris, elle avait été plusieurs fois invitée à la Malmaison. Mme Bonaparte lui avait témoigné de l’amitié, et le Premier Consul lui avait dit qu’il était satisfait de mon administration.