CHAPITRE XX
Aubagne pour le réunir à trente ou quarante autres individus et se rendre à Marseille pour arrêter les autorités, en nommer d'autres, faire une révolution et changer le gouvernement. L’autorité judiciaire et le commissaire général instruisirent cette affaire sous la direction du conseiller d’État Pelet. Cet homme mourut de ses blessures à l’hôpital.
M. Permon venait d'être remplacé par M. de Vandœuvre.
Cette tentative, considérée isolément ou d'après son résultat, paraissait ridicule; cependant, deux ou trois cents hommes armés, entrant la nuit dans une ville ouverte où ils étaient sûrs de trouver de nombreux complices, et sans autre garnison que quelques conscrits de nouvelle levée, pouvaient facilement arrêter ou égorger les autorités; les honnêtes gens seraient restés chez eux. Il ne s’agit pas de savoir comment cela aurait fini, il fallait empêcher de commencer. M. Pelet s’était rendu à Toulon où il avait établi le centre de ses opérations. On parvint à arrêter plusieurs des principaux conjurés, entre autres Jaume., Ricord, Bergier, l’avocat Sauvaire qui passait pour royaliste, et Hugues Sauveur qui se suicida dans sa prison le lendemain de sa translation à Toulon. Craignant alors d’être trahis l’un par l’autre, plusieurs d’entre eux s’empressèrent de faire des déclarations. En voici l’analyse :
Sauvaire, « vers la fin d’octobre 1812, après le bruit généra- « lement répandu de la mort de l’Empereur, après la publica- « tion du 29e Bulletin qui faisait pressentir la destruction pres- « que totale de l’armée en Russie, Jaume me dit que, soit que « l’Empereur fût mort où qu'il vécût encore, la France courait « le risque d’être envahie et même démembrée, et que, pour i prévenir ce malheur, on avait besoin de la réunion de tous les « partis, de l’énergie des républicains et d’une nouvelle Cons- « tilution. 11 me proposa d’entrer dans le projet qu'il avait ® formé à cet égard avec quelques-uns de ses amis. J’acceptai « sa proposition, à condition que je ne serais connu que d’un « petit nombre des coopérateurs. Nous eûmes trois réunions « chez moi (1) avec Ricord, Vernet et Porrc. Jaume y dit qu’il
(1) Il demeurait à un second élage, au-dessus du procureur impérial Guillibert. (Note de Thibaudeau.)
MÉMOIRES DE A.-C. THIRAUDEAU
« avait des correspondants dans plusieurs départements du « Midi où les citoyens étaient très mécontents, portés à un « changement de gouvernement et prêts à agir. On devait com- « mencer par se rendre maître de Toulon et de Marseille. Cin- « quante hommes armés devaient s’emparer du général Dumuy « à sa campagne et le forcer à signer des ordres pour remettre « les postes. Deux cents hommes divisés en divers détache- « ments arrêteraient en même temps les principaux fonction- « naires publics et les garderaient comme otages. Bergier se « chargeait de commander ces opérations; Blanchard les ferait « de son côté à Toulon, avec les hommes dont il était sûr et « aidé par Revest, du Beausset; il s’emparerait facilement du « fort Lamalgue et ensuite des portes de la ville. Une troisième « conférence eut lieu chez moi, le 20 février 1813, le jour « même de l’arrestation de Charabot; Blanchard et Revest s’y « trouvèrent. Blanchard dit qu’il ne manquait pas de bras, « qu’il ferait entrer à Toulon cent cinquante hommes deux à « deux et les tiendrait cachés chez ses amis; qu’il s’introdui- « raitavec quelques affidés dans le fort Lamalgue, dont la gar- « nison était peu nombreuse; qu’il ferait connaissance avec elle « le verre à la main; qu’il la séduirait par des promesses ou la « désarmerait ; qu’il lèverait le pontdevis et ferait les signaux « convenus avec ses amis qui s’empareraient des autres postes; « qu’on pouvait compter sur les ouvriers de l’arsenal qui « étaient mécontents. Jaume et Ricord devaient en temps « opportun aller à Toulon pour concourir aux opérations. « Maître des deux villes, on arrêtait le départ des courriers « pour retarder l’arrivée des nouvelles à Paris et on envoyait « des courriers extraordinaires dans les départements voisins « donner le signal de l’insurrection.
« Pour ne pas diviser la masse des citoyens, on prévenait « tout pillage et toute effusion de sang, et pour s’attacher le « peuple on supprimait les droits réunis. On formait une assem- « blée portant le titre de Congrès général de France. Bicord pro- « posait d’en donner la présidence à l’ex-conventionnel Gambon. « Le Congrès remplaçait les autorités par des républicains et « par des personnes modérées du parti royaliste. Il organisait