‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 182 sur 325 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

« une Armée de la Patrie , composée de volontaires, de conscrits « réfractaires ou condamnés, commandés par des militaires « mécontents. On invitait l’armée d’Espagne à rentrer. Des « proclamations annonçaient à la France le but de cette révolu- « tion et à toutes les nations de l’Europe que le peuple français « renonçait au système de conquêtes ; qu’on rendrait celles qui « avaient été faites, à condition que l’Angleterre renoncerait à la « suprématie des mers, reconnaîtrait le principe que le pavillon « couvre la marchandise et restituerait les colonies.

« L’Armée de la Patrie assurait la tranquillité dans l'intérieur « et marchait dans les départements qui montreraient de l'op- « position, et à Paris, s’il voulait résister. On convoquait les « citoyens pour nommer des représentants chargés de faire une « Constitution comme celle des États-Unis, ou comme la Cons- « titution anglaise. On ne devait recourir aux Anglais qu’en cas « d’insuccès pour trouver chez eux un refuge.

« Tout ce plan parut anéanti par les révélations de Charabot. « Des ordres furent donnés pour arrêter Jaume, Yernet et « autres; ils prirent la fuite et se cachèrent, je ne les vis plus. « Ce ne fut que par la voix publique que j’appris qu'il y avait eu, « en mars, un rassemblement au Beausset où se trouvaient Jaume « et d’autres Marseillais. Je présumai que, poursuivis par la « police, ils étaient allés chercher un asile dans cette contrée, et « que dans leur désespoir ils pouvaient avoir formé des projets.

« Il en est de même de la folle tentative faite sur Marseille en « avril, que je n’ai connue que par la notoriété publique. Si « j’avais été consulté, j’en aurais détourné. Le bruit delà mort « de l’Empereur s’était dissipé ; la régence avait été organisée, « des mesures étaient prises pour former de nouvelles armées,

« on ne craignait que faiblement l’entrée de l’ennemi en « France. »

L’avocat Sauvaire, d’un âge mùr, assez obscur au barreau, très peu connu dans le monde, avait la réputation d’un homme honnête, modéré et tranquille. Ses opinions avaient toujours été contraires à la Révolution ; il n’avait pas exercé de fonctions publiques. On fut donc extrêmement étonné de le trouver dans une conspiration qui avait la couleur populaire et républicaine.

On en conjectura qu’il était là le représentant ou l’espion des royalistes, soit qu’ils se fussent réunis aux anarchistes ou qu’ils voulussent se tenir au courant des menées de ce dernier parti. La déclaration de Sauvaire était rédigée avec toute la subtilité d'un homme de loi; cependant, telle qu’elle était, elle jetait un grand jour sur les projets des conjurés et elle méritait d’autant plus de confiance qu’elle était l’ouvrage d’un des complices les plus capables d’en inspirer. Elle donnait la clé de ces tentatives faites dans les mois de mars et d’avril précédents à Toulon et à Marseille par le parti pour se rendre maître de ces villes.

Jaunie dans ses déclarations ne disait pas un seul mot de tout ce plan développé avec tant de détails par Sauvaire, et il se bornait à exposer ce qui était venu à sa connaissance des communications de Guidai, de Giraud et de Charabot avec les Anglais. II prétendait n’avoir jamais été en partie instruit que par les différends sur le partage de l’argent et qu’on venait lui soumettre en sa qualité d’avocat. 11 croyait que la politique n’avait été qu’un prétexte, mais que le véritable but de Guidai et de ses associés n’avait été que de soutirer de l’argent de Charles IV et des Anglais, qui avaient fini par s’en apercevoir et par déclarer qu’on ne devait compter sur des secours qu’autant qu’on prouverait l’organisation réelle d’un parti qui voudrait agir pour Louis XVI11 ; que cette déclaration des amiraux anglais concordait parfaitement avec un propos du marquis de Puivert. Alexandre Ricord étant allé voir le général Malet dans une maison de santé, y trouva Puivert qui dit que les royalistes se mettaient en mesure et qu’ils avaient à Marseille un parti salarié. Jaume ajoutait que, quoique Barras eût reçu chez lui Guidai et plusieurs autres, il n’avait jamais été instruit de leurs relations avec les Anglais.

Cette déclaration portait d’un bout à l’autre le caractère de la dissimulation ; pour être cru, il en disait trop et trop peu. Il offrait d’ouvrir une correspondance avec Giraud qui s'était réfugié à bord des Anglais et couronnait cette lâcheté par cette amende honorable : « Je demande sincèrement pardon à Sa « Majesté Impériale et Royale, je la supplie de faire réfléchir sur « moi les rayons de sa clémence. Je crois la mériter par les

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