‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 184 sur 325 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

papiers insignifiants parmi lesquels se trouvait une espèce de journal de ses voyages, et me dit qu’il se mettait à la disposition de l’autorité, espérant meme qu’il lui serait permis d’aller dans son département.

Ma première idée fut que cette franchise apparente n’était qu’une ruse imaginée pour remplir plus sûrement une mission anglaise, et qu'il fallait commencer par s’assurer de la personne de l’envoyé; cependant je ne laissai rien paraître. Je répondis que, d’après les lois sanitaires, on n’aurait pas dû communiquer avec lui et qu’on allait le conduire au lazaret. Il parut un peu déconcerté; en l’y envoyant, je recommandai qu’on ne le laissât communiquer avec personne.

J’allai le lendemain l’interroger et, paraissant toujours croire à sa bonne foi, je lui demandai des renseignements sur les Anglais, sur les lieux qu’il avait fréquentés, sur ce qu’il avait pu voir dans les différentes îles qu’il avait parcourues et à bord des vaisseaux ennemis. Guiran fit des réponses vagues et, après deux ou trois interrogatoires, je demeurai convaincu que c’était un véritable espion. Alors je changeai de ton et de manières avec lui, et je lui dis que j’avais bien voulu me prêter un peu à ses subterfuges, mais que je l’engageais à bien vouloir mettre de côté une dissimulation qui ne pouvait pas le sauver; qu’il était, par ses propres aveux, convaincu d’avoir déserté à l’ennemi, d’y avoir pris du service, d’avoir été amené sur la côte pour remplir une mission, que d’après cela, si on le mettait en jugement, il ne pourrait pas échapper à une condamnation; qu’il ne l’éviterait qu’en avouant franchement l’objet de son voyage; qu’il était évident que Sydney Smith ne l'avait pas envoyé simplement pour examiner l’état du pays qui lui était bien connu, mais l’avait chargé d’une mission. J’eus beau le tourner et le retourner pendant quinze jours, il me fut impossible d'en rien obtenir ni de le faire renoncer au système qu’il avait adopté. Je l’envoyai à Paris, sur la demande du ministre de la Police. Je ne sais si on fut plus heureux ou plus habile au ministère.

Le nombre des individus arrêtés pour la conspiration du Midi était considérable; ils étaient détenus à Toulon. Par décret

du 19 septembre, rendu au campdePyrna, l’Empereur décida que Charabotpère, Guidai lils. Jaunie, Giraud, Bergier, Vernet, Paban, Bernard, Raymond, Aufan, Carmorn dit Dufour, Picon, Turcon et leurs complices seraient traduits devant une commission militaire, comme prévenus d’espionnage et de communication avec l’ennemi; que Blanchard, Revest, Ricord, Porre et autres prévenus de complots contre la sûreté de l’État seraient renvoyés devant une cour spéciale désignée par le grand juge. Plusieurs des accusés traduits devant la commission militaire, entre autres Paban et Bergier, furent condamnés à mort et exécutés. Les autres, que le grand juge avait renvoyés à la cour spéciale de Nîmes, s’y trouvaient encore en 1814 et furent mis en liberté par la Restauration, ainsi que Guiran, détenu à Paris.

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