‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 197 sur 325 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

a loin que leur sûreté; nous espérons une éclatante réparation « de l’affront fait à nos armes. »

Les événements ne justifièrent pas cette confiance et cette sécurité. Dans le nord, ils obligèrent Siméon à quitter Cassel. Mme Devaines m’écrivit. : « Heureusement il est sauvé, il se « porte bien et s’occupe des moyens de nous revoir. Si cela « arrive, il prendra à peine le temps de m’embrasser pour « courir dans sa chère Provence où il sera enchanté de vous « trouver, car il vous aime beaucoup. »

Éloigné de la France pendant six ans et dévoré du besoin de la revoir ainsi que ses amis, Siméon ne respirait qu’après la retraite et le repos. Arrivé à Paris, il fut moins modeste et plus raisonnable. Il ne vint donc pas en Provence, il demanda à rentrer au Conseil d’État,. S’il ne l’obtenait pas, il était décidé à reprendre son cabinet d’avocat, attendu qu’avant tout il fallait vivre et que sa fortune ne le lui permettait pas sans rien faire.

Moreau fut blessé à mort, le 26 août, devant Dresde. Mme Devaines m’écrivit, le 10 septembre : « Voilà une belle fin! Jamais « on ne corrigera les hommes de l’ambition. Elle est bien « méprisable quand elle fait un traître d’un homme qu’on esti- « mait. »

Après la bataille de Leipzig (18-19 octobre) Mme Devaines m’écrivit : « C’est à présent que je vous plains. Votre position « me paraît la plus pénible à imaginer. Quelle année pour un « préfet que celle qui vient de se passer et sous quels auspices « s’ouvrira celle qui va commencer! Vous savez déjà la convo- « cation du Corps législatif, car, comme on l’a dit au Sénat, il « faut de l'argent. En conséquence, on double l’impôt foncier,

« sans parler du reste. Nous sommes dans la consternation, et « quel en sera le terme? Mais, je vous le répète, une partie de « mes inquiétudes porte sur vous. Il est vraisemblable que « dans beaucoup de départements il faudra une armée pour « faire payer tous ceux qui ne le pourront pas, ou pour prendre « leur bien. Belle situation que celle de la France après vingt- « cinq ans de révolution et quatorze de ce gouvernement! Et « quand on pense que c’est pour 50 millions qu’on a bouleversé ce « beau pays, on entre enrage contre ce Necker d'odieuse mémoire.

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« Sa fille est à Londres, ce dont elle est fort affligée, car elle y est « peu goûtée; elle ne voit, ne désire, ne regrette que Paris, « comme si le Paris d'aujourd’hui ressemblait à Paris d’autrefois. « Chaque année, chaque mois, chaque semaine efface jusqu’au « souvenir de ce qu’il était. »

Mme Devaines revenait toujours à son idée fixe, sa haine de la Révolution, et en rétrécissait singulièrement les causes. Ses sollicitudes sur ma situation n’étaient que trop fondées; mais j’en avais qui me préoccupaient bien plus. Si, à la lecture du 29e Bulletin de la campagne de Russie, j’avais pensé et dit que la France reculait de vingt ans, que ne devais-je pas craindre après la bataille de Leipzig? L’Empire chancelant, sur son déclin, c’était à mes yeux un grand malheur. Mais s'il succombait sous les efforts de la coalition des rois, que devenait la Révolution? Quel serait le sort de ceux qui l’avaient faite ou soutenue?

Mme Devaines n’était pas la seule à s’alarmer. Permon qui, malgré sa destitution, restait attaché au gouvernement et dans de bonnes relations avec moi, ne se dissimulait pas les dangers de la situation, mais il n’en désespérait pas. Il m’écrivit de Paris, le 25 octobre : « Vous devez avoir de sérieuses occupa- « tions en ce moment. Il y a ici beaucoup d’inquiétudes dans les « esprits et de stagnation dans les affaires. On attend les adresses « des grandes villes. L’Empereur ne cédera rien. Le sort des « armes décidera seul de cette grande querelle. On compte sur le « dévouement des Français et surtout sur celui des principaux « fonctionnaires dans les départements. Le vice-roi a rejeté avec « indignation les propositions brillantes des alliés. Sa noble con- « duite rend plus odieuse encore l’infâme conduite de Charles- « Jean. On craint pour l’Italie et les résultats de la défection de « la Bavière. »

La défection du général prussien d’York avait, en 1812, excité l’indignation publique; elle fut portée à son comble lorsque Bernadotte, prince royal de Suède, né Français, maréchal de France, prince de Pontecorvo par la grâce de l’Empereur, tourna ses armes contre elle. Cet événement fut le signal de nouvelles adresses; le préfet de la Seine, Chabrol, en donna

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