‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 198 sur 325 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

le premier l’exemple. Les villes d’Aix, d’Arles, de Tarascon, en envoyèrent. A Marseille, il y eut de l’hésitation à cause de la famille Clary. On répondait à ses partisans : « On l’insulte en « supposant qu’elle puisse balancer un instant entre Bernadotte « et l’Empereur, à qui elle doit son étonnante fortune. » Le conseil municipal délibéra une adresse. Le prince royal de Suède y était fort maltraité. On y ajoutait qu’aucun sacrifice ne coûterait aux Marseillais, que leur dévouement était absolu et leur fidélité inébranlable pour la personne sacrée de l'Empereur, son auguste épouse et le roi de Rome. Le conseil municipal nomma quatre députés pour porter l’adresse à l’Impératrice. C’étaient le maire Montgrand, MM. Bernadac, Séjourné et de Panisse, ce dernier au fond de l’âme bourbonnien. Le môme jour qu’ils présentèrent leur adresse, le maire de Bordeaux en présenta aussi une de sa ville. On sait ce qui arriva quatre mois après. Ces représentants des villes de Paris, Bordeaux et Marseille, faussant leurs protestations de fidélité, vouèrent l'Empereur à l’exécration. Grande et mémorable leçon pour les princes qui prêtent quelque valeur aux adresses 1

A Paris, la famille Clary se trouva blessée de la réprobation exprimée dans l'adresse de Marseille contre Bernadotte et s'agita pour obtenir des retranchements. Le maire Montgrand y aurait volontiers consenti s’il n’avait pas plus craint de déplaire à l’Empereur qu’à cette puissante famille.

Pendant le séjour du maire à Paris, il s’établit une correspondance entre lui et moi. Il me rendait compte des démarches de la députation, des affaires de la ville dont il s'occupait, des nouvelles politiques, de la physionomie de la capitale, de l’esprit public et de ses sollicitations pour obtenir la décoration de la Légion d’honneur, objet de ses vœux les plus ardents. Il l’obtint pour ses étrennes et revint à Marseille professant un dévouement sans restrictions à l’Empereur et une confiance sans bornes dans son génie.

Après les désastres de la campagne de Russie, les cohortes qui ne devaient pas quitter le sol de la France furent incorporées dans l’armée. Dès lors, surtout après la bataille de Leipzig, et lorsqu’il fut nécessaire de pourvoir à la défense de Paris, la

garde nationale et les conscriptions ne formèrent plus, pour ainsi dire, qu'une seule masse sur laquelle le gouvernement faisait indistinctement des levées.

Un décret du 17 décembre ordonna la formation de 457 cohortes de garde nationale et de 54 compagnies d’artillerie, au total 180 000 hommes, destinées à la garde des places fortes et à la police des villes ouvertes les plus considérables. On organisa à Marseille deux cohortes dites urbaines, fortes chacune de 000 hommes. Suivant les instructions ministérielles, elles furent composées de tout ce qu'il y avait de plus notable, de plus riche. MM. de Panisse et Gavoty en furent nommés colonels. Ainsi, dans la crise la plus périlleuse, on enrégimentait les aristocraties nobiliaire et bourgeoise, une force en grande partie ennemie de la Révolution et de l’Empereur dont l’étoile avait pâli dans deux grands revers. Les cohortes urbaines de Marseille, bien habillées et armées, avaient une très bonne tenue, mais je ne m’y fiais pas. En cas d’agitation populaire, elles auraient protégé les personnes et les propriétés. Si l’ennemi se fût présenté, il était probable qu’elles l’auraient accueilli; il n’y avait rien de patriotique à en attendre. Voilà comment au déclin de l’Empire on pourvoyait à sa défense!

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