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plus grande admiration. Il était, comme il le raconte luimême, sous le charme de sa vaste intelligence et de sa parole. Au Conseil d’Etat, il recueillait ses idées précieusement après chaque séance. Dans les discussions du Conseil et dans tous les entretiens qu’il avait avec lui à la Malmaison, l’extraordinaire facilité d’assimilation de Bonaparte, ses vues toujours larges et originales sur les hommes et sur les choses, le séduisaient entièrement. Mais son admiration et son attachement furent moindres lorsque Napoléon, devenu empereur, se montra si différent de ce qu’il l’avait connu jusque-là. Le Premier Consul était très bienveillant pour Thibaudeau, il aimait à le consulter, il le voyait près de lui avec plaisir. L’Empereur, au contraire, fut pour lui d’une sévérité étrange. En 1803, il l’enleva au Conseil d’État pour l’exiler à la préfecture de Marseille où il resta jusqu’en 1814. Son franc parler importunait alors l’Empereur, qui, sans s’abuser sur les flatteries intéressées, ne voulait néanmoins près de lui que des courtisans. Faut-il donc s’étonner que son affection s’en soit ressentie, en même temps que sa sagacité mesurait les périls que faisait courir à la France l’ambition sans bornes et irascible de l’Empereur?
Il méprisait Fouché, dit M. Thiers, et se laissait conduire par lui? On verra dans ces Mémoires à quel point cette opinion est fausse, et comment Thibaudeau n’avait garde de se solidariser avec Fouché, avec l’homme qui mettait ses talents et sa gloire à tromper tout le monde. Mais, compagnon de Fouché dans les luttes révolutionnaires, il conserva avec lui de bonnes relations, sans s’inféoder à ses vues.
D’autres écrivains ont vivement reproché à Thibaudeau son adhésion au 18 Brumaire. La vérité est que, comme l’immense majorité des citoyens français, il vit avant tout