‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 3 sur 325 · I II · texte numérisé non relu

I II

dans ce coup d’État la fin de l’anarchie dans laquelle la France se débattait. Est-ce que l’inflexible rigidité d’un principe politique peut valoir mieux que le salut d’un pays déchiré par les factions? Thibaudeau conserva, après le 18 Brumaire, son indépendance de ferme républicain. M. Aulard, notamment, lui a rendu justice sous ce rapport. « Il aima, a-t-il écrit, et servit le vainqueur de Marengo, « mais il prétendit l’aimer et le servir librement. Il ne sut « pas être courtisan... Ce ne fut pas, comme tant d’autres « survivants de la Révolution, une girouette tournant à « tout vent. Il eut ses fidélités. Ce fut, à tout prendre et « grosso modo, un honnête homme. On peut croire à ce « qu’il dit, et personne n’a été plus vrai que Thibaudeau « dans ses confidences à la postérité (1). »

M. Aulard a dit encore, sans lui jeter l’anathème : « Il « y a quelque chose de prodigieux dans sa carrière. Thi- « baudeau siégea à la Convention nationale et au Sénat « de Napoléon III. En 1792, il était déjà mûr et, en 1852, « c’était un vert vieillard, assidu, attentif. » Constatons à ce sujet que si Thibaudeau fit partie du Sénat de 1852, il ne l’avait ni demandé, ni même désiré. Ce fut le prince Jérôme, l’ex-roi de Westphalie, qui suggéra à son neveu cette nomination, en souvenir des services que Thibaudeau avait rendus jadis comme conseiller d’État et préfet, et à titre de dédommagement bien tardif des quinze années d’exil qu’il avait subies.

Thibaudeau, ne croit pas, d’ailleurs, forfaire à son passé de bon patriote en acceptant un siège au Sénat. Dans des pages écrites en 1852, et qui sont entre nos mains, il parle de la situation existant avant le 2 Décembre : « J’étais convaincu que, si l’on se traînait jusqu’au

(i) Article de la Justice du 21 mars 1887.

MÉMOIRES de a.-c. tiiibaudeau

« mois de mai 1852, on éprouverait une violente secousse « qui tournerait au profit du parti ultra-révolutionnaire. « Dans l’état de guerre déclarée entre l’Assemblée natio- « nale et le Président, il me paraissait impossible d’éviter « une rupture avant le mois de mai. Le triomphe de l'as- « semblée menait à la royauté ou à l’anarchie ; celui du « Président au despotisme. J’inclinais pour le président.

« Le 30 novembre, je rencontrai Thiers dans la rue. « Nous nous entretînmes delà situation; il pensait comme « moi que l’on ne pouvait pas espérer d’atteindre en paix « le mois de mai. Il me parut peu rassuré sur les consé- « quences d’une rupture. En nous séparant, il me dit : « Tout ceci ne peut finir que par une tragédie. » Le « 2 décembre, le Président fit son coup d’État,. »

A la Convention, au Conseil des Cinq-Cents où il avait été élu par trente-deux départements, au Conseil d’État, à la préfecture de Marseille, Tiiibaudeau s’était trouvé en rapport avec bon nombre de personnages ayant joué dans laRévolution un rôle important. Il resta en correspondance avec eux, et l’intérêt de ses Mémoires réside en grande partie dans l’échange de leurs appréciations sur les événements qui se succédèrent si rapidement sous le Consulat et l’Empire.

DE

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