CHAPITRE XXIV
Arrivée à Paris. — Le duc d’Otrante. — Physionomie de Paris. — Entrée de Louis XVIII. — Etat do Marseille. — Nobles provençaux à Paris. — Voyage du comte d’Artois à Marseille. — Franchise du port.
Nous arrivâmes sains et saufs à Paris. Chaptal fils, avec qui nous nous étions intimement liés pendant son séjour dans mon département pour des entreprises industrielles, vint en son nom et celui de son père, mon ami depuis longtemps, nous trouver àl’auberge et nous enlever pour occuper chez eux l’appartement de Mme Chaptal, alors absente, jusqu’à ce que je me fusse procuré un logement. Je fus sensible à cette hospitalité qui pouvait les compromettre. Chaptal fils, industriel distingué, n’avait rien à craindre des Bourbons et se moquait d’eux. Son père était sénateur et venait de remplir consciencieusement la mission de Commissaire extraordinaire de l’Empereur à Lyon. Encore tout étourdi de la Restauration, il était profondément affligé et dans l'abattement. Par un caprice inexplicable du Roi, il ne fut point compris dans l’organisation de la Chambre des Pairs (1). Je me le reprochai, comme si l’hospitalité qu’il avait exercée envers moi avait pu contribuer à cette injustice.
Sur la manière dont la Restauration s’était opérée il me raconta des détails qu’il avait appris depuis son retour de Lyon et que j’ignorais; il en était indigné. Soit par sa répugnance pour les Bourbons, soit par crainte de l’Empereur, le Sénat n’était rien moins que décidé à prononcer sa déchéance. On eut beaucoup de peine à rassembler dix, vingt sénateurs. Ils étaient une trentaine lorsque Talleyrand les présida et leur fit adopter son gouvernement provisoire. Pendant toute une journée, on battit l’estrade et on alla de porte en porte recruter des
(1) Le comte Chaptal fut nommé en 1819 à la Chambre des Pairs.