‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 216 sur 325 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Portraits des princes, de Louis XVIII, des ministres. — Los Bourbons contre-révolutionnaires. — Les Gaulois et les Francs. — La Monarchie française de Montlosier. — Intrigues de Fouché pour faire partir l’Empereur de l’ile d’Elbe pour l’Amérique. — Il en écrit au comte d’Artois. — Fréquents entretiens avec Fouché. — Vues d’avenir en supposant les Bourbons renversés. — Entente à établir entre les anciens conventionnels. — Mésaventure de Milhaud. — Barras à Paris; le roi refuse de le recevoir.

Le mot imaginé par Beugnot pour l’entrée du comte d'Artois était d’un sens profond et un programme bien simple pour les Bourbons. Un Français de plus, c’est-à-dire acceptation du passé, respect de la Révolution. S’il était possible qu’ils régnassent, il n’y avait que ce moyen-là. Mais d’une restauration, cela ne s’était jamais vu ; il aurait fallu un miracle. Le mot heureux, charmant ne fut donc qu'un plat mensonge.

Quels étaient ces princes que l’on représentait comme les types de toutes les vertus, les réparateurs de tous les maux, les dispensateurs de tous les biens? Je vais le dire, en me dégageant autant que possible de toute prévention, en mon âme et conscience, tels qu’ils m’ont apparu et que les jugera, je l’espère, l’impartiale histoire.

Le comte d’Artois, bon homme, peu instruit; une jeunesse de dissipation, de prodigalité et de galanterie; de la chevalerie les airs, les manières, non la bravoure. Depuis 1789, antipathique à tout principe constitutionnel, encroûté dans le pouvoir absolu ; dans sa vieillesse, livré aux prêtres et cagot.

Ses deux fils : une nature commune, une éducation abandonnée aux hasards d’une vie errante et d'une existence incertaine : le duc d’Angoulême, sans esprit, sans animation, sans chaleur et dévot. Le duc de Berry, brusque, étourdi, homme de plaisir. Tous les deux incapables de gouverner, impropres aux affaires, ayant les principes politiques de leur père.

La duchesse d’Angoulême : les cent voix de la renommée comblaient d’éloges la fille de tant de rois , V Orpheline du Temple, l'auguste victime, l'ange de bonté... L’ange apparut, l’air sec et hautain, la voix rauque et menaçante, l’âme ulcérée, le cœur endurci, les yeux étincelants, tenant d’une main le flambeau de la discorde, de l’autre le glaive de la vengeance.

Le prince de Condé : réduit par l’âge à l’état d’imbécillité; c’était Coblentz, l'émigration, la monarchie primitive.

Le duc de Bourbon : Nemrod crapuleux vivant dans les forêts.

Le duc d’Orléans : il ne semblait pas hostile à la Révolution. Jacobin dans sa jeunesse, il avait servi dans les armées de la République. Son père, conventionnel, avait voté la mort de Louis XVI. Hors de France, il n’avait point d’abord démenti ses antécédents ; il avait de l’esprit, de l’instruction, des idées libérales ; mais il s’était depuis longtemps réconcilié avec ses parents de la branche aînée, il avait épousé une Bourbon de Naples. 11 avait nécessairement trempé dans les projets hostiles formés par les rois de l’Europe contre la France. La Restauration une fois accomplie, il avait quitté la Sicile, débarqué à Marseille, il était venu présenter ses hommages à Louis XVIII, qui l’avait accueilli avec bienveillance et lui avait rendu ses immenses propriétés. 11 faisait cause commune avec ses parents.

A la tête de cette famille se présentait du moins un vieillard sexagénaire qu’au premier aspect ses cheveux blancs, un air de bonhomie, des manières simples et dignes, ses infirmités même semblaient recommander à la vénération du peuple. Son esprit était orné, il aimait, il cultivait les lettres. Au commencement de la Révolution, il avait professé des principes et des opinions quelque peu conformes aux idées de son siècle. 11 avait observé la marche d’une monarchie constitutionnelle dans un pays qui passait pour en offrir le modèle. On devait croire que, mûri par l’âge, éclairé par le malheur, rappelé au trône par un concours de circonstances inespérées, pour assurer la tranquillité de son règne, il respecterait la nouvelle existence de la nation. Mais, avant que la Révolution eût transformé la France, le comte de

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