‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 231 sur 325 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

si on ne lui avait pas fait sur sa de'fense de Hambourg une querelle haineuse et ridicule. On le constitua malgré lui en état d hostilité. On alla le trouver à sa terre de Savigny et on lui lit des ouvertures. Il s’engagea à monter à cheval pour prendre le commandement des troupes.

Les femmes ne restaient pas inactives et jouaient aussi un rôle. Les jeunes duchesses de l'Empire, maltraitées à la Cour, étaient furieuses ; elles embauchaient les officiers, les colonels (Lawoestine, Brak, Duchamp, Jacqueminot, etc.), les généraux. Dans leurs salons on ne tarissait pas de moqueries, de sarcasmes sur les vieilles douairières de la Cour des Bourbons, sur la duchesse d’Angoulême, leur laideur, leur air empesé, leur mise gothique, leur mauvaise tournure. On s’égayait sur les vieux uniformes, les maigres épaulettes, le port de l’épée, les ailes de pigeon des voltigeurs de Louis XIV. On plaignait le triste sort de Napoléon, on s'attendrissait, on pleurait sur lui. On faisait des vœux pour son prochain retour, on l’espérait, on l'annonçait hautement. La duchesse de Saint-Leu était à la tète de cette conspiration de femmes, si leurs petites manœuvres méritaient ce nom. Sur le bruit qu’on faisait de ses salons que fréquentaient des militaires et des étrangers de distinction, j’y allai une ou deux fois. Il y avait avec le ton de la bonne compagnie, de la réserve et de la discrétion, un petit air factieux, une certaine odeur de sédition. Sans être bien dangereux, cela n’était pas sans quelque influence et donnait de vives inquiétudes à la Cour ; les femmes y crevaient de jalousie.

Le duc de Bovigo (Savary) était aussi regardé comme un agent actif de la conspiration bonapartiste; mais il n'inspirait aucune conliance. 11 n’était pas bien avec Bassano, il était très mal avec Fouché. 11 avait des communications avec la Cour et pateaugeait à droite et à gauche. A tort ou à raison, on était en garde contre tout ce qui sentait la police.

Si les Bourbons avaient eu une police habile, elle ne les aurait pas sauvés. Leur danger, c’était une antipathie réciproque entre eux et la nation. La police les aurait au moins éclairés sur le véritable état des esprits et les menées des partis:

c’était son métier et son devoir. Mais la police fut confiée à Beugnot, homme d’esprit, de mœurs douces, sans caractère, sans passion, peu capable de dévouement, flottant entre les mauvaises inspirations de la Cour et les idées libérales. Dans ses mains la police ne fut que niaise et ridicule ; on s’en moquait ouvertement. On y avait maintenu en grande partie le personnel impérial. Fouché et Savary étaient mieux servis que Beugnot.

A la mort de Malouet, il passa au ministère de la marine, qui n’était plus, depuis la paix, qu’un département in partibus, et fut remplacé à la police par d’André. A l’Assemblée constituante, d’André s’était fait une réputation d’habileté dans l’intrigue. Emigré, il avait été l’agent principal du comte de Lille pour diriger et suivre en France les manœuvres du parti royaliste. On crut avoir fait une excellente trouvaille; mais, absent depuis vingt ans, d’André venait de rentrer avec les invalides de l’émigration. Il ne connaissait plus Paris, la France, les hommes et les choses. A beaucoup d’égards, c’était pour lui le réveil d’Epiménide. Pour surcroît de malheur, ce personnage, si versé dans l’intrigue et les complots, si dévoué à ses princes légitimes, s’avisa d’être honnête homme, d’avoir de la conscience et une volonté. Il appela à son aide comme secrétaire général son beau-frère, de Fortis, d’Aix, ancien magistrat, serviteur dévoué sous l’Empire, très neuf à Paris, sans malice et aussi honnête homme. La police ne pouvait pas tomber dans de plus mauvaises mains. Ce n’est pas tout; d’André, sentant son insuffisance, jugea à propos de se procurer un conseiller officieux qui connût bien Paris, la Révolution, les partis, les hommes, qui eût joué un rôle et acquis de l’expérience. 11 choisit Tallien. Ce conventionnel devint son confident et son conseil. Célèbre surtout à cause du 9 thermidor dont on lui avait fait honneur, il n’avait pas été bien traité par le Directoire ni par Bonaparte . Pour donner du pain au chef thermidorien, au mari de Theresia Cabarrus, l’Empereur l’avait nommé consul à Alicante; il avait vécu à Paris du traitement de cette place. Il était sans fortune et, depuis la Restauration, sans emploi.

Tallien était un de ces hommes pour lesquels je ne m’étais

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