‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 233 sur 325 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

tionale au fort du danger. C’était toucher chez moi la corde la plus sensible. Je faiblis, je renonçai à mon projet, je restai. Je me trouvai malgré moi, pour ainsi dire, relancé dans les tempêtes politiques.

Mes amis, qui croyaient savoir mieux que moi ce qui me convenait, me firent compliment. Cependant, j’avais pris un parti très sage, comme la suite l’a prouvé. Sime'on m’écrivit de Lille, où il était préfet : « Je crois que vous avez bien fait de ne pas « suivre le projet de vous expatrier, et que le parti de vous « fixer à Paris est le meilleur. C’est là plus qu’ailleurs que vous « trouverez des occupations, de la société, des amis » (14 novembre). Ce n’était rien de tout cela que je m’étais proposé d’aller chercher à Bruxelles; Siméon n’était pas dans la confidence de mes motifs. Lorsqu’il était ministre du roi de Westphalie, il n'aspirait qu’à se retirer dans sa chère Provence pour y jouir des douceurs du repos. Chassé de Cassel par l’ennemi, il était revenu à Paris à la fin de 1813; il avait changé d’avis, assisté à la chute de l’Empire et s’était rallié à la Restauration. Chambre des Pairs, Conseil d’État, il avait tout manqué. A la Cour, on lui en voulait des opinions qu’il avait émises au Tribunat, lors de l’établissement de l’Empire, de ses expressions amères et dédaigneuses pour les Bourbons et louangeuses pour l’homme qu’ils appelaient l’usurpateur. On l’avait donc mis en pénitence. Enfin, après une attente de sept mois, il fut nommé préfet à Lille. Pour un ancien conseiller d’Etat de l’Empire et un ministre, à la vérité du roi de Westphalie, c’était déroger. Mais il avait besoin d’un emploi, la carrière lui était rouverte, le premier pas était fait. Essentiellement monarchique, dévoué au pouvoir, avec sa capacité il ne pouvait que faire son chemin; il le fit rapide, brillant et durable.

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