CHAPITRE XXVII
« abandonnez ! C’est infâme. Eh ! bien, je pars, nous ne pour- « suivrons pas moins notre entreprise. Si nous succombons, la * honte en pèsera sur vous. Si nous réussissons... Adieu, mon- « sieur le maréchal ! »
Lallemand apporta chez Bassano la nouvelle de cette défection et partit pour aller joindre son frère. On fut dans la consternation. On fit encore une démarche auprès de Davout ; il fut inébranlable et exigea qu’on s’abstint de toute communication avec lui dans un moment où il se disait observé. On se trouva ■dans une extrême perplexité. On prévoyait que l'absence du maréchal, sur le concours et l’ascendant duquel on avait compté, jetterait de l’incertitude et du découragement parmi les généraux, et que, faute d’ensemble dans le mouvement, il ne réussirait pas. On se décida à le contremander, bien qu’on doutât qu’il en fût encore temps, et à envoyer quelqu'un au général Lallemand, qui ensuite ferait prévenir ses camarades; mais on n’avait plus personne de sûr sous la main. La mission n’était pas d’ailleurs sans danger; il fallait du dévouement pour la remplir. Mon fils, jeune homme de dix-huit ans, connu du général Lallemand, s’otfrit. De suite il alla prendre un passeport pour Bruxelles et partit avec mon beau-frère André, ex-percepteur des contributions dans cette ville. Malgré toute sa diligence, il arriva trop tard à Laon. En y entrant, il apprit les •désastres des deux frères Lallemand.
Ils s’étaient portés sur la Fère pour s’emparer du parc d’artillerie; ils échouèrent par la résistance du général d’Aboville et se sauvèrent. Lefebvre-Desnouettes, qui, par l’ordre de Drouet ■d’Erlon, s’était mis en marche avec les dragons de la Garde, arriva à Compiègne et, n’y trouvant pas le maréchal Davout, ne sut que faire. Le général Lion, major de ce régiment, le maintint dans le devoir; Desnouettes prit la fuite. Tout n’était pas perdu. D’Erlon était en marche avec le gros de ses troupes. La fatalité voulut que le maréchal Mortier se mît en route pour se rendre dans son gouvernement et les rencontrât; d’Erlon n’avait qu’un parti à prendre, arrêter le maréchal. Il ne l’osa pas, le maréchal donna l’ordre aux troupes de rétrograder et fit arrêter d’Erlon. Tout fut fini.
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A Laon, mon fils se trouva très embarrassé. On y était dans la plus grande agitation ; toutes les polices s’y trouvaient sur pied. 11 n’avait aucune envie de pousser sur Bruxelles. Avec son passeport pour cette ville, son retour subit à Paris pouvait le rendre suspect, son nom l’était déjà. Il paya d’audace, il alla à la préfecture et dit à M. Malouet que, dans l’état de fermentation où l’affaire des frères Lallemand mettait le pays, il ne se souciait pas de continuer son voyage, que ses parents seraient inquiets, qu'il désirait retourner au plus tôt à Paris et qu’il le priait de viser son passeport. Frappé de son nom, M. Malouet hésita, interrogea mon fils, le tourna, le retourna, et finit par lui donner son visa. 11 revint à Paris sans encombre; nous commencions à être inquiets de lui. 11 ne nous apprit rien de nouveau; nous savions que les frères Lallemand et Lefebvre- Desnouettes avaient été arrêtés. Le gouvernement avait annoncé qu’il en ferait prompte justice. Les adversaires des Bourbons furent un peu alarmés de cet échec; ils se tinrent en observation et sur leurs gardes.
Les Bourbons n’étaient pas plus rassurés. Ce qui avait manqué d’un côté pouvait réussir d'un autre; La Bédoyère avait mené son régiment à l’Empereur, ils ne savaient à qui se fier, tout leur était suspect. L’Empereur s’avançait rapidement sans obstacle, entraînant avec lui les populations, les soldats, tout ce qui se trouvait sur son passage; c’était une marche triomphale. Les forfanteries des bulletins ministériels n’en imposaient à personne. Les royalistes, disaient-ils, ne pouvaient succomber; dans tous les cas, ils ne se retireraient que sur les cadavres de leurs ennemis. A la place de ce bon et honnête d’André, on mit Bourrienne à la police. On ôta le ministère de la Guerre au maréchal Soult, soupçonné, malgré les gages donnés par lui à la Bestauration, de favoriser l’Empereur. On confia ce ministère à Clarke, qui se consumait en stupides fanfaronnades et qui promettait merveille. Après avoir tout tenté, tout épuisé, séance royale, serment à la charte, revue de la garde nationale, ne sachant plus où donner de la tête, ni à quel saint se vouer, les Bourbons eurent la belle idée de recourir à Fouché. MM. Dambray et d’Orvilliers vinrent, de la part du roi, lui offrir