‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 239 sur 325 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

nez de Fouché cette apostrophe qu’il me rapporta : « Messieurs, « il était temps que j’arrivasse. Vous vous arrangiez... et sans « moi. »

I.oin de remercier le parti bonapartiste pour sa levée de boucliers, l’Empereur désapprouva les généraux Drouet d'Erlon, Lallemand et Lefebvre-Desnouettes. Suivant lui, c’était un attentat à la majesté royale, une révolte contre le pouvoir, un mauvais exemple. 11 tenait à honneur de ne devoir son retour qu’à son audace et à l’affection du peuple et de l’armée. Il voulait qu’on en fût bien persuadé et le répétait avec orgueil. Le maréchal Davout se fit un mérite auprès de lui d’avoir refusé son concours au mouvement militaire. Personne n'osa se vanter d'avoir conspiré en sa faveur. Si les communications des bonapartistes avec l’île d’Elbe et la mission de Fleury de Chaboulon accélérèrent le retour de l’Empereur; si le dévouement de La Bédoyère facilita son entrée à Grenoble, il n’en est pas moins vrai que le nom de Napoléon et son audace déterminèrent son succès. Lorsque, pour diminuer la honte de leur chute et l’éclat du retour triomphal de l’Empereur, les Bourbons l’ont imputé à une vaste conspiration, on a répondu avec raison que c’était une fausseté, un mensonge.

Quelles fables absurdes ne débitèrent pas sciemment le Moniteur de Gand, rédigé par Chateaubriand, et les pamphlets sortis delà même fabrique! C’étaient, y disait-on, Carnot, Fouché, Cambacérès, Savary, Thibaudeau et, à leur tête, la reine Ilortense, qui avaient formé la conspiration. La reine avait vendu ses diamants, les autres avaient fourni de l’argent. J’avais voyagé en Belgique, en Allemagne, en Ilalie. J'en avais rapporté des sommes immenses que j’avais versées entre les mains de Carnot, trésorier de la conspiration. Or, je ne m’étais absenté de France, comme je l’ai déjà dit, que pour aller pendant dix ou douze jours à Bruxelles, dans le dessein de m’y établir et d’y trouver le repos. Aucun des autres prétendus conspirateurs n’avait quitté Paris ; la plupart n’avaient eu aucuns rapports entre eux, ou ne s’étaient pas vus.

La véritable conspiration qui ramena l’Empereur n'était ni bonapartiste, ni révolutionnaire. Elle avait son siège au palais

MÉMOIRES DE A -C THIRAUDEAU

des Tuileries et au Congrès de Vienne; elle avait pour auteurs et complices les Bourbons et les rois coalisés. Ils conspirèrent, les uns en décidant d’enlever l’Empereur de l’île d’Elbe pour le déporter à l'ile Sainte-Hélène, les autres en faisant la guerre aux nouveaux intérêts de la France et en s’aliénant la nation. L’Empereur ne pouvait pas hésiter; il ne lui restait qu’à périr les armes à la main sur son rocher ou à venir encore tenter la fortune en France, où des millions de bras lui étaient ouverts.

Comment les révolutionnaires, qui n’avaient pas à se louer de lui, ou qui n’avaient pas désiré son retour, se déclarèrent-ils pour lui? Les uns par ambition ou dans l’espoir de l’amener à des concessions libérales, le plus grand nombre parce qu’il fallait choisir entre lui et les Bourbons, c’est-à-dire entre la révolution et la contre-révolution.

Tandis que l’Empereur arrivait à Paris, les Bourbons cheminaient vers le Nord; il mit à leurs trousses le général Exelmans avec un corps de cavalerie pour les pousser pied à pied hors de France. Les royalistes ont méchamment supposé qu’il avait l’ordre de s’emparer des princes et de les tuer en cas de résistance. Louis XVIII avait déclaré Napoléon hors la loi et mis sa tête à prix; l’Empereur aurait donc été dans son droit s’il avait usé de représailles. Ce n’était ni dans ses principes ni dans ses habitudes. Si le Roi ou les princes avaient été pris, il en aurait été fort embarrassé et ils n’auraient pas couru le moindre risque; mais ils avaient vingt-quatre heures d’avance. Louis XVIII arriva à Lille, il y fut reçu par le maréchal Mortier et mon ami le préfet Siméon. Il s’y serait volontiers établi, mais il n’y avait pas de sûreté, l’esprit de la garnison était le même que celui de toute l’armée. Le roi et les princes passèrent donc la frontière. Mortier revint à Paris offrir son épée à l’Empereur; Siméon y revint aussi, destitué et démissionnaire.

Je ne parus devant l’Empereur que lorsqu’il m’eût renommé conseiller d’État. 11 me reçut comme tout le monde et m’adressa quelques mots insignifiants. Nous nous retrouvâmes dans les mêmes rapports qu’avant son abdication et assez froids l’un pour l’autre. Il avait remarqué mon peu d’empressement, et on ne lui avait pas laissé ignorer que je n’avais pas été partisan de

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