CHAPITRE XXVII
« étais honteux pour lui. Excepté Louis XVIII, ce sont tous des « crétins. Ils croyaient bonnement que j'étais le maître de les « sauver, qu’il ne tenait qu’à moi de faire un miracle. Parce « que je dis franchement que je ne pouvais rien, ils s’avisèrent « de me faire arrêter. Mons Bourrienne s’imaginait que rien « n’était plus facile. Ah ! bien oui, à d’autres. On n'a pas été « dix ans ministre de la Police pour se laisser prendre comme un « sot par cinq ou six argousins. Ils n’osaient pas seulement « me regarder en face, ils me faisaient presque des excuses;
« aussi, comme je les ai mystifiés ! »
On crut généralement que les Bourbons n’avaient voulu faire arrêter Fouché que parce qu’ils le regardaient comme leur ennemi et un bonapartiste. Ce coup d’autorité lui fut très utile, lui donna quelque popularité, une certaine importance et le remit d’aplomb. C’est seulement après la seconde Restauration qu’on lui prêta cette phrase ambitieuse : « Sauvez le roi, je me « charge de sauver la monarchie. » On y crut d’autant plus facilement qu’on l’accusait alors d'avoir trahi pendant les Cent Jours. On en conclut que son arrestation n'avait été qu une comédie imaginée pour écarter de lui tout soupçon d’intelligence avec les Bourbons et lui mériter la confiance de l’Empereur et des patriotes. Tout cela me paraît une fable imaginée après coup.