‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 257 sur 325 · C H A 1> I T R I£ XXIX · texte numérisé non relu

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royalistes constitutionnels, tels que Benjamin Constant et Lafayette, et par les plus dévoués bonapartistes, Sebastiani, Mathieu Dumas, Lavallette et même le roi Joseph. C’était la pente vers laquelle inclinaient presque tous ceux qui prenaient part aux afl'aires. On s’était émancipé ; le bras de l’Empereur ne comprimait plus, on craignait de paraître trop bonapartiste. Regnaud de Saint-Jean-d’Angély se chargea de vaincre l’opposisition de l’Empereur, et ne put y parvenir qu’en le menaçant de donner sa démission, qui serait suivie de plusieurs autres. Je fus consulté; dès que l’Empereur n’était pas revenu comme simple chef militaire et révolutionnaire, je pensai qu’il y avait plus d’inconvénients à ajourner indéfiniment les Chambres qu’à les convoquer, bien que je fusse persuadé qu’une collision entre elles et lui était inévitable; que, victorieux, il les musèlerait, et quelles le renverseraient s’il subissait des revers. L’Empereur céda et convoqua les collèges électoraux pour élire les représentants qui devaient se réunir au Champ de Mai. Cette concession fut considérée comme une grande victoire et satisfit les ambitions qui aspiraient à entrer dans les Chambres.

Benjamin Constant contribua beaucoup à ce résultat. II se félicitait de ce que la nation serait dans quelques semaines en pleine jouissance de sa constitution. 11 n’était pas cependant sans inquiétude sur la composition de la Chambre des représentants. Si elle se divisait, il craignait des orages, mais il s’en consolait en disant : « J’ai rempli mon devoir, advienne que « pourra. <> Il était en relations intimes avec Lafayette. C’étaient les coryphées du parti conslitulionnel qui, en 1814, croyait à la monarchie représentative avec les Bourbons. Avant le 20 mars, ce parti leur avait garanti que, s’ils l’appelaient au ministère et s’abandonnaient à sa direction, l’Empereur n’arriverait pas à Paris. Cette conciliation de la Révolution et des Bourbons avait été, de 1789 à 1792. le rêve de Lafayette. Sa désertion forcée, les cachots d’Olmutz, l’épreuve récente de la Restauration ne l’avaient pas guéri. Aussi, loin d’imiter son ami Benjamin Constant lorsque l’Empereur arrivait à Paris, Lafayette. qui lui avait toujours été opposé, s’était il retiré dans sa tente, c’està-dire à sa terre de Lagrange, observant ce qui se passait et ne

voulant pas y prendre part. La convocation de la Chambre des représentants lui parut le seul moyen de salut; il fut séduit par les termes du décret de convocation où l’Empereur abdiquait la dictature; il changea de résolution et ambitionna d’être nommé représentant pour reparaître sur la scène.

Si l’Empereur n’était pas favorable aux fédérations formées à la fois pour la défense de la liberté et le maintien de l’ordre, il l’était bien moins encore aux fédérés qui, n’ayant rien à gagner pour leurs intérêts privés dans la crise où se trouvait la France, offraient cependant leurs bras à la patrie, à l’Empereur. Nombreux à Paris, ils demandaient des armes et l’honneur d’être passés en revue. On eut bien de la peine à le leur accorder. Douze mille ouvriers vinrent aux Tuileries, la plupart anciens militaires, dans leurs habits de travail, livrée du prolétaire. Le discours de leur orateur ne respirait que le plus noble dévouement, les sentiments les plus purs. Dans sa réponse, l’Empereur leur montra la plus grande confiance et, louant leur fidélité à l’honneur national, l’opposa à la lâcheté de ces hommes des hautes classes de la société qui avaient déshonoré le nom français. 11 leur promit des armes, en disant qu’ils seraient les éclaireurs de la garde nationale. Après la revue, sa Majesté impériale et ses courtisans, soulagés du poids de cette corvée, firent des fumigations pour se purifier de leur contact avec cette canaille. L’Empereur écrivit à Carnot : « Je ne pense « pas qu'il faille habiller les fédérés des faubourgs; cela nous « conduirait à des dépenses énormes et sans but d’utilité. Je ne « pense pas non plus qu’il faille leur donner des fusils. » Le motif apparent était qu’il n’y avait pas déjà assez d’armes pour les gardes nationales d’élite. 11 ne fallait donc^pas en promettre aux fédérés et les passer en revue; c’était une amère dérision. D’ailleurs, dans l’intérêt public, la capitale justifiait une exception. Elle était exposée à l’invasion, on ne pouvait prendre trop de précautions pour sa défense. Sans insulter à la garde nationale, les fédérés, qu’on aurait facilement portés à trente mille hommes, étaient plus capables de faire tête à l’ennemi qu’aucune des légions de Paris. C’eût été, en outre, un contrepoids pour arrêter la bourgeoisie sur sa pente vers les accommode-

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