CHAPITRE XXX
Chambre des représentants hostile à l’Empereur. — Chambre des Pairs : sa composition; j’y suis nommé. — Prétentions des frères de l’Empereur. — Séance impériale. — Adresses des Chambres. — L’Empereur part pour l’armée. — Le général Lamarque envoyé en Vendée. — Entretien avec Fouché. — Rapport des ministres aux Chambres. — Opérations de l’armée; joie, alarmes. — Bataille de Waterloo.
Dès ses premières séances, la Chambre des représentants se montra anti-bourbonnienne, défiante de l’Empereur, ennemie de la Cour, bourgeoise, un peu démocrate, éminemment nationale. D’après cela, on pouvait juger qu’elle aurait été favorable à Bonaparte, chef militaire et révolutionnaire, et qu’elle susciterait des embarras à Napoléon empereur. Le conflit commença sur des formes de communication, des puérilités. Il devint sérieux sur un objet qui l’était davantage, l’organisation du bureau. Les candidats de l’Empereur échouèrent complètement; ceux du parti constitutionnel emportèrent toutes les places. Fouché les avait vivement poussés. Lafayette lui avait paru trop faible pour la présidence ; il avait recommandé Lanjuinais, Breton et têtu. Les bonapartistes menacèrent d’un coup d’autorité ; il ne fut pas moins nommé et peut-être à cause de la menace. L’organisation du bureau était un acte flagrant d’hostilité. Soit amour de la liberté, soit antipathie, Lanjuinais, Lafayette, Flaugergues (1), étaient ennemis de l’Empereur. Dupont de l’Eure était républicain, et Grenier un général des anciennes armées du Rhin. L’Empereur fut vivement blessé et avec raison. Son explication avec Lanjuinais ne fut qu’un palliatif et ne changea rien au fond des choses. L’Empereur plia à
(1) Flaugergues fut sous-préfet de 1799 à 1810. Membre du Corps législatif à la fin de 1812. Vota, en 1814, la déchéance de Napoléon. Maître des requêtes au Conseil d’État sous la Restauration. Il se retira en 1823 et mourut en 1830.