CHAPITRE XXX
i ils se soumettront, ou bien on tombera sur eux et on en aura « facilement raison. »
Le calcul de Fouché fut déjoué par les événements. Malgré ses négociations, on en vint aux mains. La guerre prit un caractère assez sérieux pour que l'Empereur envoyât dans la Vendée des renforts et le général Lamarque. Enlever à l’armée des troupes au moment où la campagne allait s’ouvrir, c’était une fâcheuse nécessité.
Je me moquai un peu de Fouché, de son influence, de son grand crédit sur les chefs vendéens, et je lui dis en riant que, d'après la tournure qu'avait prise la guerre civile, on pourrait soupçonner que ses négociations tendaient plutôt à l’animer qu’à l’éteindre. Il me répondit que l’Empereur et ses agents l’avaient contrarié; qu’on avait commis une grande faute en voulant faire des levées d'hommes dans la Vendée, qu’on avait effrayé les chefs par des menaces imprudentes; que, pour se donner de 1 importance, les généraux préféraient la guerre à la pacification ; que celte guerre n'était qu'un feu de paille et qu'il se faisait fort d’en finir quand on voudrait le laisser faire; que, du reste, il s’inquiétait fort peu des soupçons.
« — Cependant, lui dis-je, l’influence que tu te flattes « d'exercer sur les chefs...
« — Est toute naturelle, m'interrompit-il en me devinant. Je « ne l’ai pas recherchée, elle m’est venue. Ministre de la Police, « j’ai, dans tous les temps, tenu la balance entre les partis. Je « les ai tous réprimés; je les ai protégés contre les coups de fibre « de l’Empereur et les rapports malveillants de ses basses « polices. Ceux qui me reprochent mon influence sur les roya- « listes sont des sots, des imbéciles.
« — Je te remercie.
« — Je ne dis pas cela pour toi. Tu ne crois pas apparem- « ment que moi, homme de la Révolution, je sois capable de « sacrifier mon parti, de me sacrifier moi-mème. Supposons « des circonstances malheureuses, il faut tout prévoir; encore « vaut-il mieux sauver quelque chose que de tout perdre. « Sera-ce Carnot ou Bassano? Je suis dans une meilleure posi- « tion qu’eux et en mesure de parler; on m’écoutera. »
La conversation continua sur les chances de la guerre; Fouché me parut craindre qu’elles ne nous fussent pas favorables. 11 m'exposa le plan de campagne de l'Empereur; je conclus de son exposé qu'il n’en avait pas eu connaissance.
Je voyais avec peine que l'Empereur employât des chefs militaires tels que Ney, Mortier et Soult. Je ne les croyais pas capables de trahir, mais ils étaient dans une position tout à fait fausse; on ne pouvait pas compter sur leur dévouement. C’était à peu près le cas de tous les maréchaux. Un seul, Macdonald, s'était rendu justice et n'avait pas pris de service. Les autres, s’ils l'avaient osé, l’auraient imité. Ils ne servaient que par vanité et respect humain.
L’Empereur avait, en son absence, chargé du gouvernement un Conseil, composé de ses frères Joseph et Lucien, des huit ministres, des quatre ministres d'Etat. L'influence dominante appartenait pour le civil, d’abord à Fouché, ensuite à Carnot; Davout avait nécessairement la haute main sur le militaire. En présence des Chambres, ce Conseil n’était qu’un vain fantôme de gouvernement. Loin de profiter de la leçon dont l'Empereur avait pris le texte dans le Bas-Empire, elles se trouvaient soulagées par son départ d'un lourd fardeau et tenaient à honneur de prouver leur indépendance.
On leur communiqua des exposés de situation adressés à j l'Empereur par les ministres de l'Intérieur et des Relations extérieures. Cette communication fut faite à la Chambre des représentants par des ministres d'État; elle se trouva insultée. Elle i perdit de vue le fond pour ne s’occuper que de la forme et la critiquer amèrement. Elle témoigna le plus grand empressement pour réviser l’acte additionnel. C’étaient encore des discussions abstraites pendant que le bélier brisait les portes.
Le Ministre de la Police vint lui-même lire son exposé sur la situation intérieure et fit le tableau le plus alarmant de la force et de l'audace du parti royaliste dans la Vendée, la Bretagne, le ! Midi, en un mot partout. Les lois existantes lui paraissant insuffisantes pour contenir le parti et réprimer ses excès, il én demandait de nouvelles et se livrait à une longue dissertation des principes qui devaient en être le but. Ce rapport donna lieu