‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 266 sur 325 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

à de sérieuses réflexions. Aussi bien informés que le ministre de l’état de leurs départements, les représentants l’accusèrent d’avoir supposé le mal ou de l’avoir exagéré; les plus polis dirent qu’il avait été trompé par ses agents. On disait encore, les uns que cette exagération avait été concertée avec l'Empereur pour effrayer les Chambres et les contenir; les autres, que c’était une invention du ministre pour encourager le parti royaliste, la Cour de Gand et décourager le parti national. Enfin, on trouvait au moins déplacé que, tandis que l’Empereur allait être aux prises avec les ennemis, le ministre vint jeter l’alarme sur ses derrières.

Mon département étant voisin de la Vendée, j’avais sur ce pays quelques renseignements qui ne s'accordaient pas tout à fait avec le rapport du ministre. Après m’avoir parlé de cette guerre avec mépris, il lui donnait de l'importance. Je lui en témoignai de l’étonnement; il prit de l’humeur et se fâcha.

« — Je ne suis point, dit-il, en contradiction. J’aurais facile- « ment terminé la guerre de la Vendée, je l’aurais même pré- « venue, si l'on ne m'avait pas contrarié; mais on est jaloux de « mon crédit dans ce pays. Je ne désespère pas encore de faire « un arrangement. Quant à mon rapport, il ne se borne pas à « l’Ouest, il embrasse les intrigues du parti royaliste dans toute « la France. Dans son discours aux Chambres, l’Empereur ne

* les avait-il pas signalées et dit que l’on communiquait avec

* Gand comme, en 1792, avec Coblentz? Si j’avais gardé le « silence, on m’aurait accusé d’avoir voulu endormir la nation. « Pour la tenir éveillée, j’ai révélé le danger; on m’accuse de « vouloir l’effrayer. On chicane sur quelques détails, mais « l’ensemble est vrai. Tu connais Marseille et sa canaille roya- « liste. Eh bien, à Toulouse, à Bordeaux, c’est la même chose.

* Dans le Midi, la queue pousse la tète. Il n’y a pas là de chefs

* marquants avec autorité...

« — Tu en as un sous la main, • dis-je en l’interrompant.

« — Qui donc?

« — Vitrolles.

« — Oui, j’ai eu assez de peine à le sauver de la colère de « l’Empereur.

» — Elle était assez fondée.

« — Quand on se serait vengé, on en aurait été bien plus t avancé ! On peut tirer parti d’un ennemi qu’on a épar- « gné...

« — Pour quelque obscure intrigue.

« — On ne connaît pas Vitrolles; ce n’est pas un fanatique, « c’est un homme d’esprit et de bonne composition. L’Empe- « reur a fini par comprendre qu'il n’avait rien à gagner à s’en « défaire.

« — D’ailleurs, il avait relâché le duc d’Angoulème. Nous

• voguons à pleines voiles dans la modération. Nous verrons « bientôt où cela nous conduira.

« — J’ai demandé des mesures législatives; l’Empereur en « voulait.

« — Pourquoi ne les as-tu pas proposées?

« — Il a préféré en laisser l'initiative aux Chambres.

« — II a craint peut-être de se compromettre avec les roya- « listes.

« — C’est moi, n’est-ce pas? Tu vois comme je les ménage « dans mon rapport; il sera bienvenu à Gand I C’est égal, si je

* dis blanc, on veut que ce soit noir.

« — Au point où en sont les choses, je n’attache pas une « grande importance à ces misérables querelles. Les hostilités « sont commencées, j’ai plus l’œil aux frontières qu'à Paris. »

« — Tu as raison.

» — L’armée a heureusement passé la Sambre, c’est d’un « bon augure. On ne peut pas tarder à recevoir la nouvelle « d’une bataille.

« Nous l’attendons à tout moment. »

On reçut, le lendemain, du champ de bataille, la nouvelle d’une victoire complète remportée à Ligny, le 16, sur les armées prussienne et anglaise commandées par Blücher et Wellington.

Dans le Moniteur du 19, une lettre du 17 du maréchal Soult au ministre de la Guerre contenait des détails. On s’était battu avec acharnement et le plus grand enthousiasme de la part des Français, un contre trois. La ligne ennemie avait été partagée. Wellington et Blücher avaient eu de la peine à se sauver. Cela

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