‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 281 sur 325 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

la Chambre ne l’eût osé. Au fond de l'àme, la majorité de la Chambre des Pairs ne subissait pas sans peine une seconde restauration; ils ne turent pas fâchés de l’entendre hautement flétrir, sans se compromettre, et je reçus des félicitations. Fouché lui-même me fit compliment et me dit qu’il tenait le même langage que moi. Cela n’était pas vrai; je ne voulais pas qu’il me prit pour dupe, je le relevai durement de sa vanterie. Nous en vînmes à des explications assez vives. Je lui dis nettement que je voyais avec regret Fouché de Nantes se sacrifier au duc d’Otrante, possesseur de Ferrières et de l’hôtel de la rue d'Artois.

Mes amis me blâmèrent de ce qu’ils appelaient un coup de tête inutile à la chose publique et funeste pour moi. Je savais bien que mes paroles n’arrêteraient pas un instant le cours des choses, et qu’au point de vue d’où juge le monde en général, je ne pouvais agir plus sottement pour mes intérêts. J’avais la conviction intime que les Bourbons étaient réprouvés par la France et qu’ils n’y reprendraient pas racine. 11 y avait de part et d’autre trop d'offenses et de ressentiments. L’échafaud de Louis XVI s’élevait entre eux et la nation, comme celui de Charles 1er entre les Stuarts et le peuple anglais. En déclarant que jamais je ne consentirais à reconnaître les Bourbons, je voulais constater mon attachement inébranlable à la Révolution dont ils étaient pour moi l’antipode. C’était une semence qu’au milieu de tant de découragement, de lâcheté, de trahison, je jetais dans les âmes fidèles, afin qu’elle y portât quelque fruit. Pour moi, homme de la Révolution, isolé, sans aucun autre appui que moi-même, ce n’était pas une médiocre jouissance que d’affronter du haut de la tribune la coalition des rois et les Bourbons qu’elle s’obstinait à nous imposer malgré nous.

La mise en état de siège de Paris semblait être le signal du combat; elle me prouva qu’on ne se battrait pas. Dans la loi, on eut soin de dire que les autorités civiles conserveraient l’exercice de leurs fonctions, et que la Commission de gouvernement prendrait toutes les mesures pour garantir les personnes, les propriétés et la tranquillité de la capitale, c’est-à-

dire pour contenir l’ardeur de ceux des habitants qui brûlaient de marcher à l’ennemi et qui s’indignaient de la couardise des meneurs. La commission de gouvernement annonça, pour qu’on ne se méprît pas sur ses intentions, que les approches de la capitale seraient seules défendues, et par les troupes de ligne qui resteraient campées hors des murs; que la garde nationale ne serait employée extérieurement que sur la demande des légions ou bataillons; que les tirailleurs de la garde nationale serviraient comme auxiliaires avec les troupes de ligne à la défense des postes les plus rapprochés de la place. Enfin, pour combler la mesure, une proclamation du préfet Bondy engageait les habitants à ne pas s’occuper des grands intérêts de la nation, à s’abstenir de rassemblemente, de cris, et à rester tranquilles .

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