‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 285 sur 325 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

ciations. Il y en avait deux : une officielle et patente, l’autre secrète entamée par Fouché ; il ne parla pas de celle-ci. Ce qu’on communiqua de l’autre amena une discussion sur les Bourbons. Fouché l'interrompit en disant qu'il ne s’agissait que d’une question militaire, celle de savoir s’il était possible et convenable de défendre Paris. Alors les hommes du métier prirent la parole. Pour donner plus de poids à son opinion, Masséna commença par rappeler sa belle défense de Gênes, déclara que pour rien au monde il ne se chargerait de défendre Paris et que le parti le plus sage était d’obtenir à tout prix une suspension d’armes. Soult répéta tout ce qu'il avait dit dans les salons de la Chambre des Pairs. Suivant lui, la rive gauche de la Seine ne pouvait être défendue, il y avait le plus grand danger à défendre la rive droite. Vivement affecté de l’opinion de ses deux collègues, Lefebvre dit qu’on pouvait prolonger la défense en poussant activement les travaux de la rive gauche. La discussion s’établit sur ce point. On objecta non sans raison qu’on n'aurait pas le temps de faire ces travaux. On se plaignit amèrement de ce qu’on ne l’avait pas mis à profit. Plaintes stériles et qui touchaient peu ceux auxquelles elles s’adressaient ! Voyant qu'on allait conclure à la reddition de Paris et voulant rester étranger à cette flétrissure, je déclarai protester pour mon compte contre toute décision qui serait prise par une réunion à laquelle je ne reconnaissais aucun pouvoir. La Commission de gouvernement se réserva de convoquer un conseil de guerre, et l’on se sépara.

Le lendemain 2 juillet, j’appris qu’il s’était réuni dans la nuit. On y avait décidé qu’il était impossible de défendre Paris; la Commission de gouvernement avait résolu de rendre la capitale à l’ennemi. La question avait été très mal posée exprès pour amener ce résultat, car il ne s’agissait pas de soutenir un siège, mais de combattre hors des murs. A la vérité, peut-être avait-on laissé passer le moment favorable; en vain dit-on pour calmer la rumeur publique que le Conseil de guerre n’avait statué que sur la question militaire, que la question politique était réservée. Il était évident que la reddition de Paris menait droit aux Bourbons Les chefs militaires et la Commission de gouvernement marchaient ostensiblement à ce dénouement en présence

des Chambres, sans leur assentiment, sans leur concours, à leur insu. Je savais bien qu'il n’y avait plus moyen de s’opposer à cet excès d’usurpation ; qu’à l’extrémité où les choses avaient été amenées, la majorité des Chambres serait forcée de céder à la nécessité ; qu’en protestant dans la Chambre des Pairs, je n’y trouverais qu’un bien faible écho. Mais je tenais à honneur de renouveler ma protestation contre la solution honteuse qui s’approchait, et je lançai à la tribune mon manifeste contre la coalition et les Bourbons.

« Lorsque le siège de la représentation, dis-je, est menacé « par les armées étrangères, elle doit au peuple français, elle se « doit à elle-même de constater l’injustice de la guerre et de « consacrer par un monument solennel la violation la plus

* inouïe de tous les droits des nations, de toutes les promesses « des rois coalisés, et de protester devant le monde et les siècles « contre tout ce que la violence pourrait imposer à la France.

« Quel a été dans son principe le but de cette guerre? Pour- « quoi la coalition s’est-elle armée contre nous ? Vous le savez, « les rois l’ont déclaré, l’Europe l’a entendu : c’était pour ren- « verser Napoléon du trône où les événements l’avaient replacé. « Les puissances avaient pris l’engagement le plus solennel de « respecter, lorsque ce but serait atteint, l’indépendance et la « liberté politique de la France.

« L’abdication de Napoléon a désintéressé la coalition. Le seul » obstacle à la paix est levé. Nos plénipotentiaires se sont ren-

* dus auprès des puissances pour réclamer en faveur de l’indé-

* pendance de la nation les principes qu’elles ont proclamés. i Nous avons demandé une suspension d’armes. Cependant la « guerre a continué ses ravages, les armées anglaise et prus-

* sienne ont précipité leur marche sur la capitale, et elles n’ont « été arrêtées que par le dévouement de l’armée.

« Les rois ne peuvent se jouer de leurs paroles et de leurs

* actes ; mais en attendant le résultat des négociations, la France « serait-elle la victime des intérêts qui peuvent diviser les cabi-

* nets ? Les généraux de deux puissances se croiront-ils le droit « d’imposer un maître à la France? Décideront-ils par la force » des armes que nous sommes asservis ? Et lorsque nous récla-

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