CHAPITRE VI
Opinion du Premier Consul sur la banque. — Son écriture illisible pour lui-même. — Mes relations avec lui et Joséphine. — Mon jugement sur Bonaparte. — Refroidissement, il mon égard. — Je suis nommé préfet à Marseille; mon audience de congé. — Correspondants que je conserve à Paris. — Mon arrivée à Marseille ; froideur des autorités. — Général Cervoni. — Permon, commissaire général de police. — M. de Cicé, archevêque d'Aix. — Provençaux influents.
La Banque de France, établie en l'an VIII, ne fut réellement constituée avec privilège exclusif pour l’émission de ses billets que par la loi du 24 germinal an XI. Dans la discussion préparatoire de la loi au Conseil d’État, le Premier Consul fit un exposé de ses motifs. Régnault combattit le projet. Il craignait une commotion. Il aimait mieux que l'on fondît ensemble les établissements de banque existants. Les banquiers profiteraient pour eux de la Banque. Elle ne pourrait pas connaître le crédit des boutiquiers; ils ne profiteraient pas de l’établissement; il faudrait des succursales comme la Caisse du Commerce.
Le Premier Consul : « La banque a mal opéré; je ne lui en « fais pas un crime. Lorsqu’il n’y a pas de règle tracée pour l’in- « térêt général, on peut aller à droite ou à gauche. Quand il y « aura une règle établie, ce sera différent. Les régents ont agi sui- « vant la volonté des actionnaires, par conséquent dans leur « intérêt. Il n’y a que cela qui conduise les hommes. Ceux qui « disent le contraire ne sont que des hypocrites. Quoique jeune, « je suis bien vieux en cœur humain. Si je suis d’un parti, je « tiens à mon parti ; d’une armée, à mon armée ; d’un État, à mon « État. Si j’étais noir, je serais pour les noirs; blanc, je suis « pour les blancs. Il n’y a que cela de vrai. Le contraire est bon « à dire à des enfants de dix-huit ans... Il peut y avoir des han- « queroutes ; mais sacrifiera-t-on l’avenir de la France à un risque « de deux ou trois millions? Si la Banque ne soutenait pas le