CHAPITRE IX
« gueux de Moreau. L’Impératrice a seule obtenu la grâce « d’Armand de Polignac et de M. de Rivière.
« L’Empereur a eu avec raison beaucoup d’humeur contre « Paris qui a été bien mauvais pour lui au moment du jugeci ment des conspirateurs. Il est vrai que ce jugement se rencon- « trant avec l’avènement de l’Empire, c’était un moment où « tous les ennemis, de toutes les couleurs, bourbonnistes, « jacobins, républicains, étrangers, devaient se réunir et faire « leurs derniers efforts. Ils n’ont pu agir, ils se sont répandus « en propos de toutes les espèces et ont cherché à égarer l’opi- « nion.
« On dit que le grand juge est très mal avec l’Empereur et « qu’il sera déplacé ; que Fouché est dans le plus grand crédit « et qu’il sera remis à la tête de la police. Il a raccommodé avec « l’Empereur le sénateur Garat, son ami intime, qui voulait « plaider pour Moreau. L'Empereur lui a donné, dans le pays « des Basques, une mission pour l’instruction publique, à con- « dition qu’il irait auparavant à Boulogne. Junot a été renie voyé (1) : 1° parce qu’il faisait des dettes, qu’il jouait un jeu « d’enfer et qu'il protégeait un peu trop les jolies Anglaises ; « 2° parce qu’on voulait donner la place à Murat. Vous avez vu « la nomination de Junot (2); on lui devait bien ce léger dédom- « magement. Quant à sa femme, je ne crois pas qu’elle ait de « place.
« On ne fait rien à Paris pour le 14 juillet, du moins quant à « présent, ainsi tenez-vous en repos.
« Le couronnement est remis au 18 brumaire; il aura lieu « dans l'église des Invalides.
« Les Archi vont au Conseil d’État, le mardi à Saint-Cloud, « et le mercredi au conseil des ministres. Les ministres ne « vont pas chez eux. Ils n’ont d’inspection que celle qui « leur est donnée chaque fois. Ce sont de grands digni- « taires qui seront bien payés si l'Empereur leur donne ce « qu’il leur a promis, mais ils n’ont rien à faire. Ils ont beau « être Altesse. Monseigneur, ce sont de bien minces personnages.
(1) Du gouvernement de Paris. (Note de Thibaudeau.)
(2) Colonel général des hussards. (Note de Thibaudeau.)
« La considération personnelle de Cambacérès, malgré des * ridicules, le soutient encore dans l’opinion, et en cela elle est « juste. »
Siméon fut nommé conseiller d’État, d'abord pour son propre mérite, et. probablement aussi pour son opinion en faveur de l’hérédité; il en fut contrarié. 11 regrettait l’indépendance du Tribunat et son cabinet d’avocat, dont le produit égalait au moins le traitement de conseiller d’État, sans être obligé à aucune dépense de représentation. Il aurait préféré la présidence du Tribunat. « Mais malheureusement, m’écrivait-il, « Fabre (de l’Aude) (1) avait la possession. Melior est causa possi- « dentis. Les démarches relatives à l’hérédité avaient été con- « certées avec lui; il a eu la préférence. L’Empereur a voulu « me faire une faveur que je ne désirais pas; je ne lui en dois « pas moins reconnaissance. Je ne m’amuse pas plus au Conseil « d’État que vous ne vous y amusiez, je n’y suis point dans « mon élément. Ces discussions improvisées où il faut traiter « de toutes sortes de choses ne conviennent pas à un homme « de cabinet aussi peu causeur que je le suis, et aussi peu « pressé de se faire valoir et de se mettre en avant. Il me fau- « drait un travail particulier et à moi. Mais a-t-on jamais ce « qu’on voudrait? »
Chaptal quitta le ministère de l'Intérieur. En attendant son successeur, l 'intérim fut donné à Portalis qui était depuis deux mois ministre des Cultes. Siméon m’écrivit : « Voilà Chaptal « disgracié. Il était menacé depuis longtemps et s’attendait à « perdre le portefeuille. Ce qui l’afflige, c’est de ne pas avoir « l 'intérim en attendant l’arrivée de M. de Champagny qui le « remplace. Pourquoi n’a-t-il pas V intérim? On dit que l’Empe- « reur a trouvé mauvais qu’il ait refusé d’aller en ambassade « et préféré d’être au Sénat. Chaptal dit qu’il ne se trouvait pas « en état d’aller en ambassade, mais l’Empereur veut qu’on « soit propre à tout ce qu’il désire. S’il voulait me nommer
(1) Membre des Cinq-Cents jusqu’au 18 Brumaire, puis président du Tribunat et sénateur en 1807 avec le titre de comte. Vota, en 1814, la déchéance de l’Empereur. Pair de France, il conserva son siège pendant les Cent-Jours, mais en fut exclu sous la deuxième Restauration.