CHAPITRE X
Je vais à Paris pour le couronnement. — Ganteaume dénonce mon administration à l’Empereur. — Accidents arrivés à mon fils et à mon père. — Je retourne à Marseille. — Lettre de Champagny m’informant des plaintes portées contre moi; j’envoie ma justification; il ne me répond rien — Contribution mobilière à Marseille; projet de la remplacer par la ferme de la boucherie. Discussion au Conseil d’État présidé par l’Empereur; il soutient la ferme; le Conseil est partagé; l’Empereur cède. — Canal d’Arles, port de Bouc; projets de l’Empereur. — Jardin botanique à Marseille protégé par Joséphine. — Hôtel de la préfecture.
Absent depuis quinze mois de Paris, j’éprouvai le besoin d’y aller pour presser l’expédition de quelques grandes affaires, exposer la situation du département, ce que j’avais fait, ce que je voulais faire, connaître l’opinion du gouvernement sur mon administration, ainsi que ses intentions ultérieures, voir la nouvelle cour impériale, revoir mes amis, l'Empereur, l’Impératrice, me montrer et me retremper. C’était l’Empereur qui donnait les congés; j’en obtins un d’un mois (15 thermidor-3 août 1804). Mais, depuis que j’avais fait ma demande, l’Empereur était allé à Boulogne pour inspecter la flottille, distribuer à l’armée les décorations de la Légion d’honneur et se disposer à visiter les quatre départements de la rive gauche du Rhin. L’Impératrice était aux eaux d’Aix-la-Chapelle; Talleyrand, à celles de Bourbonne; le prince Joseph à Turin, pour présider le collège électoral. Le maître était absent, tout le monde s’éparpillait, chacun se donnait du bon temps. Ce n’était pas pour moi le moment d’aller à Paris. J’ajournai mon départ jusqu’à l’époque du couronnement de l’Empereur.
Les principaux fonctionnaires du département, entre autres Cervoni et Permon, se rendirent aussi à Paris pour cette solennité. Ganteaume y vint de Brest, où, depuis le mois de prairial, il était allé commander l’escadre à la place de Truguet disgracié pour avoir refusé son vote à l’établissement de l’Empire. La