‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 78 sur 325 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Joseph. Il fut gravement malade. On lui sauva la vie et il retourna à Poitiers. Par suite de la compression du cerveau, il lui resta une altération notable des facultés intellectuelles jusqu’à la mort que cet accident accéléra.

En revenant sur le bruit de mon remplacement qui s’était dissipé, Siméon me manda : « Vous resterez encore à Marseille « quelques années et vous aurez le moyen d’y faire beaucoup * de bien. Si Ganteaume a voulu vous desservir, tout l’effet « qu’il pouvait faire est produit; cet effet a été nul. On a été « dans l’impuissance d’articuler un fait ; alors les nuages qu’on « avait essayé de répandre se sont dissipés. Cervoni est parti « depuis quelques jours. » (Lettre du 9 pluviôse an XII1-29 janvier 1805.)

Bientôt après, je reçus une lettre de Regnaud et une de Defermon qui m'annonçaient qu’au sujet du budget de la ville de Marseille, l’Empereur avait montré du mécontentement de mon administration en ce qui concernait les dépenses municipales et l’octroi, et qu’il avait chargé le ministre de l’Intérieur de lui faire un rapport. Regnaud ne doutait pas que ce ne fût la suite d’une dénonciation et de ma querelle avec Ganteaume, dans laquelle Cervoni s’était aussi mal conduit à mon égard. En effet, Ganteaume ne s’était pas borné à me calomnier sur la question du divorce. Une dénonciation avait été apportée de Marseille contre moi et mon administration: il la remit à l’Empereur. Je l’ignorai; je ne pus donc pas parer le coup pendant mon séjour à Paris, ce qui m’eût été très facile.

Ganteaume étant Provençal, sa démarche semblait n’avoir pour motif que l’intérêt de son pays. C’était un personnage important et en grande faveur. Depuis la mort de Latouche-Tréville, l’Empereur lui destinait le commandement de toutes les flottes réunies pour protéger la descente en Angleterre. C'était donc un ennemi extrêmement dangereux.

Le ministre Champagny m’écrivit confidentiellement qu’en effet il avait été porté diverses plaintes à l’Empereur contre mon administration et qu’il l’avait chargé de m’en faire part (1). Il

(1) Les extraits suivants des lettres de l’Empereur au ministre de l’Intérieur et au ministre des Finances établissent la nature de ces plaintes, qui

était facile à un administrateur, même en remplissant ses devoirs et quelquefois parce qu’il remplissait tous ses devoirs, d’exciter un mécontentement qui faisait germer des accusations, de même que des intentions droites ne garantissent pas toujours contre des erreurs. Il désirait doue que je lui fournisse les moyens de me justifier sur les griefs allégués contre moi et qu'il me faisait connaître. 11 y en avait un très insignifiant relatif à la commune d’Aubagne, résidence de l’amiral Ganteaume, et que lui seul avait pu articuler. Le ministre, s’il l'avait voulu, aurait trouvé dans ses bureaux les éléments de son rapport sur ces griefs; c’est ce que je lui fis observer en lui envoyant ma justification. En m’en accusant réception, il m’écrivit : « Je la mettrai sous « les yeux de l’Empereur, et je vous ferai connaître les obser- « vations auxquelles elle aura donné lieu. Je désire sincère- « ment qu’elle puisse dissiper tous les nuages. Je ne doute pas « que vous n’y concouriez par votre exactitude scrupuleuse à « éviter tout ce qui pourrait donner lieu aux simples soup- « çons. »

Je trouvai cette recommandation fort impertinente; je trouvai

furent d’ailleurs reconnues sans fondement en ce qui concernait le préfet :

« Au Ministre de l'Intérieur , 17 pluviôse an XIII.

« L'administration de la ville de Marseille paraît exiger l’attention du « ministre. On prétend qu’on a donné un pot-de-vin de 30 000 francs pour « le bail de l’octroi... » (Correspondance de Napoléon, X, p. 173.)

« Au Ministre des Finances, 28 pluviôse an XIII.

« Je vous prie de me faire connaître si vous connaissez qu’il y ait lésion « dans le commerce des vins d’Aubagne, on me fait beaucoup de plaintes « sur l’administration des finances de Marseille... » (ld., X, p. 187.)

« Au Ministre des Finances, 5 ventôse an XIII.

« Les octrois méritent en général toute votre sollicitude : les frais de * perception sont trop chers; des dilapidations scandaleuses ont excité « l’indignation dans plusieurs villes; dans d’autres, on a taxé non les « consommations, mais les matières premières et des objets de commerce, « et établi de la sorte des entraves qui feraient rentrer notre industrie « dans la barbarie...

«< J’ai également lu avec attention le rapport sur l’octroi de Marseille. « Le conseiller d’État Français, que j’ai envoyé en mission à Marseille, il « y a deux ans, y a mérité l’estime des habitants; mais il a dû se con- « vaincre plus que personne des abus nombreux qui existent dans les « départements éloignés de la capitale... » (Id., X, p. 210.)

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