‹ Mémoires de A.-C. Thirbaudau, 1799-1815Chapitre 82 sur 325 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« est nécessaire de dire que la botanique sans la culture n’est « qu’une science vaine et futile. »

M. Mirbel me fit des envois de plantes. « La protection mar- « quée, m’écrivit-il, que vous voulez bien donner à la culture « donne à Mme Bonaparte des espérances qui seront justice fiées par le succès. Vous réclamerez, dites-vous, l'appui du « gouvernement et vous pensez l’obtenir. Mais, trop souvent « abusé par les spéculations delà science, il est maintenant peu « disposé à soutenir des établissements qu’il regarde comme « inutiles. Il faut que des efforts bien dirigés le fassent revenir « de ses préventions. Ce qu'il ferait peut-être aujourd’hui par « complaisance, il le fera alors par devoir. C’est parce que « Mme Bonaparte s’intéresse vivement à la botanique, qu’elle « veut que cette science contribue à la prospérité publique,

« bien assurée que, lorsque des faits démontreront son utilité,

« le gouvernement ne lui refusera plus les encouragements « nécessaires. Voici positivement le fond de la pensée de « Mme Bonaparte. Vous voyez le but où elle veut arriver. Vos « lumières et votre complaisance lui donnent l’espoir que vous « la seconderez (1). »

Mme Bonaparte elle-même me développa aussi sa pensée et son but : « J’ai reçu la belle collection de graines que vous « avez eu la complaisance de m’envoyer et je vous en fais mes « remerciements. C’est pour moi un bonheur inexprimable de « voir se multiplier dans mes jardins les végétaux étrangers. « Je désire que la Malmaison offre bientôt un modèle de bonne 9 culture et qu’elle devienne une source de richesse pour les 9 départements. C’est dans cette vue que j’y fais élever une 9 innombrable quantité d’arbres et d'arbrisseaux des terres « australes et de l’Amérique septentrionale. Je veux que, dans 9 dix ans, chaque département possède une collection de 9 plantes précieuses sorties de mes pépinières. C’est surtout la 9 France méridionale que j’ai en vue, parce que nous pouvons « y établir, comme sur leur propre sol, tous les végétaux de la 9 mer du Sud. Je compte sur vous et que vous ferez tous vos

(1) Lettres du 21 nivôse et 24 pluviôse.

MÉMOIRES DE A. -C- TIIIBAUDEAU

« elTorts pour me seconder. Je viens de donner des ordres au « citoyen Mirbel, directeur de mes jardins, pour qu’il vous » adresse sur-le-champ plusieurs plantes que je lui ai indiquées « et qui réussiront chez vous en pleine terre. Vers la fin de « l’automne prochain, j’aurai le plaisir de vous en envoyer un « plus grand nombre, trop jeunes maintenant pour supporter « sans risques les fatigues du voyage. Je vois avec plaisir que « vous cherchez à étendre la culture des plantes exotiques. Il « en est beaucoup qui croîtront librement sous le beau ciel de « la Provence, et que nous ne conservons ici qu’à force d’art et « de soins. Adieu, citoyen préfet, je vous renouvelle mes remer- « ciements, je recommande mes jardins à votre zèle éclairé, et « je vous prie de croire à mon estime et à mon amitié.

« Joséphine Bonapaiite. »

« P. -S. — Donnez-moi des nouvelles de votre femme, je ® pense souvent à elle. Si elle s’occupait, comme nous, de bota- « nique, je lui enverrais des plantes; mais elle recevra sans « doute avec plus de plaisir une caisse de bonnets faits dans le « dernier goût (1). »

Après avoir cherché un terrain qui ne fût pas trop éloigné de la ville, j’en choisis un qui était disponible au quartier des Chartreux, sur le bord du ruisseau de Jaret. Penchaud, directeur des travaux de la ville, fit des plans, des projets. Le conseil municipal les adopta, vota des fonds, et le gouvernement les approuva. Le conseil municipal dédia le jardin à l’Impératrice et vota une statue qui serait placée dans la serre. Elle m’écrivit : « C’est avec plaisir, monsieur le préfet, que j’ac- « cepte la dédicace du jardin botanique de Marseille. Cet était blissement est un des fruits de votre administration, et je ne « doute pas que vos soins ne parviennent bientôt à lui donner « autant d’agrément que d’utilité. — A Saint-Cloud, le 1er bruit maire an XIII (2).

« Joséphine. *

(1) Lettre de la Malmaison, 28 ventôse a,n XII (19 mars 1804),

(2) 23 octobre 1804.

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