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tlintérêt. Je ne m "y liai point ci je persistai à demeurer caché jusqu après le 5 frimaire (les fêtes de Noël 1799), époque à laquelle le conseil constitutionnel me rendit à la liberté. Un mot ici sur cette constitution brumairicnne dont, quelques jours auparavant, les journaux avaient publié divers articles. Cette constitution fut la suite du despotisme directorial et de la faiblesse des conseils législatifs. Elle fit disparaître la lilîerté de la presse, grand nombre de journaux et la publicité des débats législatifs. C'est ainsi que fut fondée une nouvelle dictature militaire. Bonaparte adopta sans doute facilement un pouvoir excentrique; c'était l'esprit de l'armée et la tendance naturelle de ce général audacieux. Mais il faut accuser de cette fausse théorie constitutionnelle ces mêmes liommes qui se reproduisent partout avec une doctrine inévitable , ces hommes de la convention réactionnaire qui avaient été consultés et inlluents dans la rédaction de l'acte constitutionnel de l'an III (1795) et qui le furent encore pour la rédaction de l'acte constitutionnel de l'an YIII. — Ces hommes, sortis des ruines de la Convention et des vengeances du 43 vendémiaire, proclamèrent que la publicité des débats législatifs pendant le Directoire, n'avait servi qu'à irriter le gouvernement sans changer sa marche et ses vues, à mettre en mouvement les passions et l'esprit de parti , à placer en évidence quelques parvenus ambitieux, qui avaient forcé le Directoire à les dé-
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porter le 48 fruclidov pour Icui* imposer silenee el à les éliminer des élections nationales pour les empêcher d'avoir raison contre le gouvernement suprême. — Bonaparte, consul, présidait à ces discussions constitutionnelles et souriait aux débats de ces doctrinaires politiques, quand ils développaient les inconvénients du précédent régime. Ces faiseurs de constitutions étaient sans caractère et sans logique et, encore plus, sans nationalité. Bonaparte, homme de commandement, se garda bien de contrarier des logiciens obscurs et versatiles ; naturellement impatient de tout ol)stacle et de tout contrôle , il se pressa d'adopter les vues de Sièyes et de cette lâche commission des Anciens qui lui avaient livré tous les pouvoirs le 18 brumaire.
.l'avais préparé une critique de ces lois constitutionnelles, oî^i j'attaquais principalement la fausse et dangereuse institution du Tribunat. Comment, disais-je, la France sortant d'une grande et profonde révolution, supportera-t-elle sans danger et sans convulsions nouvelles, cent Irihuns, tandis que la puissante et vertueuse Bome eut bien de la })eine à en supporter deux ou trois ? Ne se souvient-on plus de la vertu terrible des Gracques et de l'insolente autorité de Licinius et des vils sénateurs?
.le rédigeai, en forme de lettre au premier (consul, mes observations sur la nouvelle constitution. .l'y attaquai le sénat, le tribunat, la préfecture et plusieurs autres mauvaises institutions. !\Ia lettre
(nC LIBRMHl )«;
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til ([uolque oÏÏcl sur les])!'!! du iirt'uiicr cousul, puisque, après on avoir tronqué et défiguré quelques phrases et quelques principes, il en fit imprimer un long extrait dans le Moniteur, et la fit insérer presque tout entière dans la Minerva d'Archenholz, imprimée on Allemagne, et qui y exerçait une grande influence sur l'opinion des hommes éclairés.
Ce fut le 5 frimaire an YIII que je lus dans le Moniteur ma mise en liberté, ainsi que celle de Carnot, de Mailhe, de Boissy d'Anglas et de vingt autres procrits de la Convention et du Directoire qui étaient renfermés dans lîle d'Oléron.
Mon premier mouvement fut d'aller remercier Bonaparte de cet acte de justice que n'auraient jamais exercé ni les directeurs ni les conventionnels, espèce d'hommes trop lâches et trop vindicatifs pour être justes.
J'oubliai, en reprenant mes droits de cité, que Bonaparte avait attaqué les droits de ma patrie, et je n'écoutai plus que le sentiment de la reconnaissance.
J'arrive à Paris le 1" janvier ; je vais remercier Cambacérès, alors deuxième consul, et je le prie de témoigner au premier consul tous les sentiments de reconnaissance que m'inspire la restitution de ma liberté et de mes droits de citoyen. — Deux jours après, Cambacérès me dit que le premier consul me recevrait ce jour-là môme à une heure, au Petit Luxembourg ; il m'offrit de m'y conduire dans
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sa voiture. Cambacérès était encoiv logé à 1" hôtel (le la Chancellerie , place Vendôme. J'attendis l'heure prescrite dans une voiture escortée de quatre cavaliers ; je traversai avec le cortège du pouvoir consulaire ce même Carrousel que, six ans auparavant, j'avais traversé tristement accompagné de plusieurs mille hommes de troupes et de gardes nationaux de Paris appelant sur moi la proscription. C'est qu'à Paris on est toujours en majorité contre les faibles, les malheureux, les accusés.
J'arrive au Petit Luxembourg; Cambacérès m'introduit dans un grand salon qui précédait le cabinet du premier consul : il n'y avait que des militaires. Quelques généi'aux entrent dans ce cabinet, et dix minutes après Cambacérès m'annonce le premier consul qui le suit. En eifet, le premier consul vient, s'arrête avec un général et, pendant qu'il lui parlait, il m'examine cinq ou six minutes; puis s' adressant à Cambacérès : — N'est-ce pas le citoyen Barère? — Oui, premier consul, c'est moi qui viens vous remercier de m' avoir rendu justice; c'est à vous que je dois d'être rendu à mes droits et à ma liberté, que je n'aurais jamais dû perdre. — C'est l'effet inévitable des révolutions, me répondit-il froidement.
Quel âge avez-vous? ajouta-t-il. — Quarantedeux ans ; ces prescripteurs m'ont ôté les sept plus belles années de ma vie. — Vous pouvez encore longtemps être utile à la France et à son gouver-
nomcnt. Mais vous qui avez dû bien counaître le caractère national, dites-moi franchement, que croyez -vous qui puisse lui convenir pour le gouverner? — Je réfléchis un instant ; il n'y avait que nous trois, le premier consul, Cambacérès et moi ; nous étions au milieu du salon , les autres militaires, répandus le long des croisées, ne pouvaient nous entendre. Je répondis : Général, il n'y a que deux moyens pour conduire la nation, ce sont la justice et le caractère ; nous avons eu dans la Révolution beaucoup trop de caractère, mais pas assez de justice, et la liberté a failli périr.— Sans doute; mais ces deux moyens ne sutïîsent pas ; les choses sont allées trop loin, comment rétrograder et s'affermir? — La question me parut difficile à résoudre ; je me rejetai alors sur la nécessité de se rattacher aux idées libérales , aux droits, aux principes voulus et établis par la Constitution de 1791, la seule qui ait été délibérée sagement par des hommes éclairés et dans un temps de paix. C'est là le vœu national recueilli par la plus belle assemblée qu'aura jamais la France ; c'est aux idées et aux principes de 1789 et de 1791 qu'il ftmt ramener la nation pour la gouverner facilement et sûrement. — Mais les Français sont si légers ; n'aiment-ils pas les changements de gouvernement et de gouverneur?— Non ; quant aux principes et aux droits, ils sont obstinés et constants pour les conserver. C'est une grande erreur des gouvernants de croire les Français légers, si ce n'est dans leurs mœurs, leurs
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usatios, leurs modes, leui's goûts; mais dans le cours de la Révolution, je les ai toujours vus Gaulois, c'est-à-dire graves dans leurs idées politicjues, âpres pour leurs droits, et opiniâtres dans les ol)jets de leurs révolutions. Ils lurent de môme lors de la Ligue.... Le premier consul m'interrompit en me disant qu'il me reverrait avec plaisir; et je crus devoir me retirer en m' apercevant qu'il n'aimail pas trop les vérités que je lui disais sur le caractère et les droits de la nation. J'écrivis ma conversation en sortant du Luxembourg, croyant bien que les premières impressions et les traits inattendus doivent être conservés quand il s'agit d'un homme aussi célèbre.
Je ne revins à son audience que huit jours après ; je crus devoir me montrer reconnaissant. J'avais reçu du premier consul le plus grand bienfait qu'un homme puisse recevoir de son semblable, la jouissance de sa liberté et celle de ses droits sociaux. En sortant pour aller au Conseil d'État, le premier consul m'aperçoit, me reconnaît, s'approche de moi, et me dit : Vous êtes le citoyen Barèrc? je suis bien aise de vous voir ; j'ai dit au ministre de faire cesser votre surveillance. Ces paroles m'étonnèrent, parce que je m'étais cru entièrement libre, en vertu du décret du consul, et j'étais cependant encore en surveillance. J'allai voir mon ancien collègue Fouclié, ministre de la police générale, qui m'avait toujours accueilli avec amitié et franchise. Je lui parlai de la levée de ma
surveillance , et je fus autorisé à rester à Paris.
Le ministre m'invita à dîner ; je m'y trouvai avec Lamarcfue , député , qui avait eu le courage et la noble constance de réclamer ma mise en liberté en Tan VII , au mois de messidor, dans Tune des séances du conseil des Cinq-cents, et l'avait obtenue par son éloquence et par l'influence de sa probité. Carnot revenait de la Suisse où il était allé se réfugier après sa proscription au 18 fructidor anV.
Ici se présente une anecdote assez étrange. Après le dîner, Lamarque me dit quil désirait se rapprocher de Carnot. Je crus que les circonstances étaient favorables pour la réconciliation des vrais patriotes ; le malheur doit rapprocher toutes les nuances d'opinion. Je vais à Carnot et je lui présente Lamarque , mon ami, qui m'avait défendu pendant ma proscription à la tribune des Cinqcents. — Sans doute, répond ironiquement Carnot ; mais il était président de ce conseil quand j'ai été déporté comme directeur. Je m'aperçus un peu trop tard qu'il y a des hommes qui ont beaucoup trop de mémoire ; et nous nous séparâmes un peu mystifiés de cet insuccès.
Dans le courant du mois de janvier, je fus invité à dîner chez le second consul ; après le repas, il me dit : Voilà la traduction d'un discours véhément de lord Gran ville, ministre des affaires étrangères; il est entièrement dirigé contre le premier consul, qui m'a chargé de vous prier d'y faire une réponse
énergique et telle que vous trouverez convenable. — Je nie retirai pour lire ce beau discours du ministre anglais. 11 était plein de violence contre le premier consul, qui aurait dû y voir des vérités et des conseils utiles. Mon rôle était de réfuter cet écrit. Je ne pouvais m'y refuser, par égard pour celui qui était mon bienfaiteur. Il m'avait délivré des conventionnels et des directoriaux ; je devais moi-même le défendre contre les ministres anglicans. C'était défendre la Révolution en même temps, car la Révolution française est la lutte ouverte entre les idées libérales ou les idées publiques et individuelles et les vieilles aristocraties de l'Europe, corps compact de domination féodale et d'oppression politique, qui tient dans ses mains les armées du continent , possède tous les ministères, dirige tous les cabinets, et les monarques euxmêmes. Le gouvernement anglais est la clef de cette voûte aristocratique qui couvre et oppresse l'Europe. C'est le cabinet de Saint-James qui solde tous les troubles publics, qui sème les divisions intestines, qui crée et alimente les factions, qui subside les rois et paye le mouvement de leurs armées. Le torisme anglais est le type de toutes les aristocraties européennes qui forment un réseau de fer autour des peuples. L'aristocratie, qui est vieille, a l'habitude et un système complet et habile de domination. La démocratie, qui est toute jeune au contraire, commence à peine son éducation politique ; elle est tourmentée , calomniée par toutes les
aristocraties , en butte à toutes les factions et aux divisions intestines. Il faut un siècle de liberté de la presse, d'expériences électorales, de science législative et politique perfectionnée pour que la démocratie épurée et équitable gouverne les nations.
Au bout de six jours, je reportai à Cambacérès le manuscrit de ma réponse à lord Gi^anvillc. Cet écrit eut beaucoup de succès, puisque Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur, eut ordre d'en faire imprimer quatorze mille exemplaires.
J'ai défendu l'bomme que, malgré les violences militaires du 18 brumaire, la nation avait reconnu comme consul et cbef de la République. Mais j'invoquerai toujours cetie défense comme étant un monument de mon amour pour la liberté et de mon dévouement à ma patrie. J'y ai défendu nos droits politiques ; j'y ai tracé les abus à craindre de la part du gouvernement absolu ; j'y ai fait sentir T incompatibilité du gouvernement militaire avec le caractère libre et civil de la nation ; enfin, j'y ai donné d'utiles leçons au chef de l'État , et j'y ai malheureusement prévu que la nation ne supporterait jamais le gouvernant qui l'accablerait sous le poids de ses victoires et de sa gloire.
Dans le mois d'avril, Cambacérès me dit un jour que le premier consul voulait me donner une préfeclure à mon choix. — Je refusai de me livrer à ladminisl ration publique, et je repoussai toutes ces olfres (pii ne pouvaient convenir à
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un homme (jue les calomniateurs salariés de Paris avaient cherche à diffamer de mille manières depuis sept ans. Camhacérès insista en disant que ce n'était là qu'un passage à des fonctions plus élevées et que dans trois mois je serais conseiller d'État. Je persistai dans mes refus; Cambacérès me blâma beaucoup, et je restai parfaitement oublié du gouvernement nouveau.
Un jour, chez M. Tarteyron, président du conseil des Anciens, on m'apporta une lettre des Tuileries ; elle portait que le premier consul me recevrait ce jour-là à deux heures après-midi. — Je me présente aux Tuileries , je suis introduit dans un grand salon où M. Maret, secrétaire des consuls, me dit : Le premier consul va venir dans l'instant. M. Maret était alors modeste ; en voyant que j'étais appelé par le premier consul , il crut devoir me parler avec une certaine affection , qu'il a été bien loin de conserver pour moi dans la suite à mesure que son influence a augmenté auprès de Bonaparte.
Le premier consul sort de son cabinet et vient à moi : J'ai à vous parler ; mais avant tout je vous remercie de la réponse à Granville. C'est bien. Aujourd'hui il faut cpic vous me fassiez un journal pour l'armée. Vous y êtes aimé; on se souvient de vos rapports et de la manière dont vous avez célébré ses victoires : il faut encore électriser l'armée. J'ai jeté les yeux sur vous. « Général , lui répondis-je, mes écrits ne produiront plus le même effet; je sors de ni. 7
la proscription, je ne suis plus à la tribune, je ne suis pas revêtu de fonctions publiques aussi importantes que le sont celles de représentant du peuple. Ma voix retentira dans le désert.» — «Vous voyez mal, me dit-il, il faut que vous rédigiez ce journal; je vous en donnerai les matériaux, votre rédaction me suffit, et vous ferez à votre gré sans contrôle aucun.» Pressé de la sorte , je réponds qu'il me répugne de me placer au rang des journalistes qui depuis quelques années ont déshonoré leur plume et avili cette belle magistrature de l'opinion. « Mais, reprend vivement le premier consul, n'avez- vous pas fait un journal à l'Assemblée constituante? quand on a fait le Point du Jour trois ans , on peut bien entreprendre un semblalde journal pour l'armée qui vous aime...» — ' Général, quand j'ai fait le journal del'Assembléeconstituante j'étais membre de cette assemblée, et c'était d'abord une sorte de compte rendu à mes commettants. Aujourd'hui, simple journaliste de votre cabinet ou de l'armée, je serai sans mission, sans autorité. » — «Prenez garde : cela vous donnera occasion de me voir tous les matins, et vous n'y perdrez rien.» —J'insistai, malgré cet insigne honneur, pour ne pas me charger du journal. Quelque grave que fût dans mon cœur le sentiment de ma reconnaissance envers le premier consul , je ne pus m' abaisser au point de ne servir dans son gouvernement qu'à faire des journaux , tandis que tant d'hommes insignifiants, vulgaires et serviles, tels que les Treilhard, les Rœderer, les
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Lebrun, les Maret, les Defermoiil , les François de Nantes , les Begouin , les Barbé-Marbois , et tant d'autres qu'il est superflu de nommer, exerçaient les premières places dans ce (jonvcrncment de parvenus. Nous en étions à ce point de la conversation lorsque le ministre de la guerre , Carnot , arrive avec son portefeuille pour travailler avec le premier consul. Je dois le dire à la louange de Carnot : il eut lair très-satisfait de me voir en conversation intime avec Bonaparte ; il crut en nous voyant promener ainsi tête à tête dans son salon, que j'allais être nommé à quelque fonction importante. Après quelques instants , il dit au premier consul : « Général , n'allez-vous pas faire un utile emploi des talents du citoyen Barère? le premier consul , qui sûrement n'en avait aucune envie et qui ne m'avait fait qu'une misérable proposition de journal, garda le silence, soit qu'il n'aimât pas à répondre ainsi à une interrogation faite par un de ses ministres , soit qu'il n'eût rien de favorable à dire. Je vis son embarras, et je répondis à Carnot : « Le premier consul voudrait faire de moi un barde pour célébrer les guerriers ; mais nous ne sommes plus au siècle dOssian. »
Cette réponse parut lui déplaire, et je pris congé du premier consul, fort heureux d'échapper à sa réquisition comme journaliste.
Ceux qui liront ces détails dans mes mémoires seront bien étonnés d'avoir ajouté foi aux imposteurs qui m'avaient représenté comme censeur
des journaux ; tandis que j'ai refusé même de rédiger un journal pour les armées. Sous tous les ministres de la police générale il y a eu des bureaux consacrés à la censure et à l'examen des journaux. C est M. Esmenard qui a été placé à la tête de cette censure, et plus tard M. Etienne a succédé à M. Esmenard ; de même que dans la suite, il y a eu un ])ureau de police littéraire, des censeurs pour les journaux tels que M. Desmarets, et des censeurs pour les livres et ouvrages dramatiques tels que M. Lacretelle, le jeune Lemontey et d'Avrigni...
Les événements militaires de l'Italie ayant appelé le premier consul à Marengo, tout sembla suspendu en France jusqu'à ce que la victoire eût prononcé entre rAutriclie et la France. Bonaparte, après avoir perdu la bataille jusqu'à six beures du soir, immola 1" armée de réserve à son salut , et la mort du brave Desaix consacra une victoire inattendue. Le premier consul sut en tirer le plus énorme avantage par un traité de paix qui lui donna toutes les places fortes, en même temps qu'il débloqua Gènes. Le premier consulrevint à Paris, où, malgré sa dernière victoire, il avait mérité la baine de tous ceux qui aimaient leur patrie et la liberté. Le général vainqueur ne fit pas oublier le consul oppresseur; on vit en lui un égoisme orgueilleux, incompatible avec le dévouement à la patrie, cl Ion sentit bientôt qu'il détruirait avec ses succès toutes les institutions républicaines.
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II nvail coninieiirc' par atï'cctov des aii's de roi eu allant s'élablii'})om[>ciisi'iii(Mil an palais des Tnileries, le Luxembourg lui semblant trop étroit poui' sa gloire et pour son pouvoir.— Peu de temps après, il avail luit enlever les earaetères de bronze doré qui étaient placés sur la porte principale du palais des Tuileries. Quand on vit que ces mots : République française, importunaient la vue du premier consul, on ne douta plus de la perte de la République et de l'anibition plus que royale du Corse.
Jevoyais l'opinion publique, quiavaitétési forten sa faveur pendant les six premiers mois , décliner tellement , que je voulus en chercher les motifs. Les voici : « Bonaparte avait promis à la Frnnce les institutions de 1791 et de la ramènera ce qu'elle avait voulu en 1789 ; il avait promis la paix générale dans toutes ses proclamations depuis le 18 brumaire. Et Ton ne voyait qu'une mauvaise Constitution consulaire , sénatoriale , tribunitienne , législative et préfectorale, sans aucun lien politique, sans aucune garantie nationale. On n'était en paix qu'avec l'Autriche ; l'Angleterre ne désarmait pas ses escadres. On se voyait d'un côté sous la tyrannie des baïonnettes de Bonaparte , et de l'autre sous la tyrannie des subsides du gouvernement anglais. »
Bonaparte avait un instinct très-subtil pour reconnaître l'aversion qu'on avait pour lui comme Corse, et la crainte qu'avaient justement conçue de ses principes despotiques et aristocratiques , tous
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les lioninies (jui avaient coml)attu depuis 1789 pour les droits et pour la liberté de la nation. 11 est certain qu'à cette époque, étant informé par sa police des causes de la haine et du mécontentement des patriotes , il les éloigna de toutes les fonctions, même les plus subalternes. Il organisa ayec les suppôts de la police une prétendue conspiration au moyen de laquelle, sans rien risquer, il trouvait le prétexte d'exterminer, de déporter et de bannir tous ceux qui appartenaient à l'opinion patriotique, opinion qu'il détestait cordialement avant le 1 8 brumaire, mais bien plus fortement encore depuis son attentat à la souveraineté et à la représentation nationale.
Ces craintes de complots factices étaient répandues partout; mais on n'en voyait ni les moyens, ni les instruments , ni le terme. Tout se tramait au palais des Tuileries sans la particii)ation du ministère ni du préfet de police. C'étaient MM. Bourienne et Talleyrand, provocateurs du complot, qui dirigeaient tout cela , et qui en présentaient les résultats à Bonaparte.
Vers les premiers jours de vendémiaire an VIIÏ, je reçus une lettre du premier consul, qui m'appelait aux Tuileries, je m'y rendis. J'y trouvai M. Bamel, l'ancien ministre des finances, qui avait, comme moi, un rendez-vous dont il ignorait l'objet. Nous attendîmes ensemble. 11 fut reçu le premier, sa conférence ne fut pas longue, et je fus introduit ensuite. En me voyant, le ])remier consul
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me (lit : Vous dcvrz cire coulent des succès de Maremjo. — Je suis peu llalUuii' de mon naturel et jo n'aime guère les despotes victorieux. Je lui répondis donc t'roidcment : Général, il ne vous manque plus que la gloire de Scipion l' Africain. — Je vis à son air concentré que ma réponse lui avait déplu, puis se rassérénant avec effort, il me répondit d'un ton pensif et prophétique : Si l'Angleterre n'est point sage, elle tombera. — Qui aurait cru que le grand général tirait ainsi lui-même son horoscope!... Après ces premiers traits de conversation, le premier consul me dit : Vous connaissez bien l'esprit qui dirige le gouvernement anglais : ses écrivains ne cessent de m'attaquer et de me traduire devant l'opinion de lEurope. Ils sont payés par les ministres de Londres ; voici un écrit de sir Francis d'Yvernois qu'on m'a envoyé , et que je n'ai pas le temps de lire; parcourez-le, veuillez m'en rendre compte et me dire s'il faut y répondre. » — Je reçus cette brochure de plus de 200 pages, et je promis de venir lui en rendre compte dans huit jours. — «C'est trop long, dit-il, trois jours suffisent, hsez la brochure, et je vous attends pour la juger. » — Je détestais ce genre de lecture sur les finances, sur la conduite du Directoire , sur celle du premier consul ; répondre sur toutes ces choses qui m'intéressaient si peu et passer ma vie à faire des écrits polémiques pour des gouvernements aussi ingrats que mal intentionnés , était pour moi un travail pénible et peu conforme à mes goûts. Mais le premier consul