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verneQient. Ils se retirèrent en proférant des menaces contre les membres du Comité: Carnot, entre autres , fut traité par Saint-Juçt d'aristocrate et meriàcé d'être dénoncé à l'Assemblée. Ce fut comme une déclaration de guerre entre les deux comités et le triumvirat .
En voyant attaquer ainsi Carnot , le travailleur le plus nécessaire au Comité , à cause de sa probité courageuse et de son grand talent militaire , je m'élevai contre Saint-Just ; Carnot paraissait étonné de ces menaces de dénonciation , redoutables d'ailleurs de la part d'un homme qui peu de mois auparavant avait dénoncé et fait périr Danton et ses partisans. Prenant la parole pour mon collègue attaqué, je dis à ce petit dictateur: « Je ne te crains pas , moi; j'ai toujours défendu la patrie ostensiblement et sans intérêt personnel. Eh bien, c'est moi qui te répondrai à la tribune, si tù t'en prends à Carnot. Tu sais que je fais des rapports qui sont écoutés favorablement de l'Assemblée ; eh bien , j'en essaierai un de ces rapports pour Carnot et contre toi. » Dès ce momerxt Robespierre et son ami ne firent plus contre nous , et principalement contre moi , que des démarches hostiles. Ils m'envoyèrent même un jour Robespierre le jeune, qu'ils avaient rappelé des Rasses-Alpes. Ce forcené entra au Comité sous prétexte de lui rendre compté àê sa mission à Nice ; mais au lieu de remplir ce devoir il s'adressa à moi , en me disant d'un lôri
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fiirietix : « Tu as maltraite mon frère ; rtoiis t'avons manqué au 3 1 mai 1 798 , ïioUs ne te manquerons pas au 3i mai de 1794- » Et il sortit en nous menaçant.
Marche de Robespierre (1).
Ainsi se résume la marche de Robespierre : d'à" bord, il s'empara du 3i mai , fait par Danton , qui eut peur de cette violation tyrannique , ouvrage de ses mains. Quelques mois après , Robespierre traita Danton comme un usurpateur et usurpa sur lui. Il extermina des représentants dont il redoutait la liberté et l'éloquence; il ne consulta plus ceux qui restaient, niais son club. Sa puissance a\igmenta d'une manière effrayante, quand il mit la ttiain sur l'encensoir le 20 prairial , et la main siir les del'niers restes de la liberté civile, le 22 prairial. Rientôt il usurpa le pouvoir du peuple eh dirigeant laConvention par la crainte, lé gouvernement par les dénonciations au club, la cité par la terrelir , les lois par là violence , et le tribuhal révolutionnaire par ses intelligences sécrètes. ïl usurpa tous les pouvoirs, il terrifia toutes les volontés ; il absorba quelques instants tonte là République eh lui seul. Mais la Convention
\ \ ) Fragment inleical»i.
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se souvint, le 9 thermidor, pendant quatre heures, quelle était investie des pouvoirs nationaux, et Robespierre ne fut plus....
Les Triumvirs préparent un nouveau .~1 mai.
Les agitations préparatoires remplirent tout le mois de messidor; les triumvirs activaient les jugements et multipliaient les supplices. Ils s'abstenaient par haine et par politique de venir aux séances du Comité, et ils ne reparurent dans un de ses bureaux, placé au troisième étage des Tuileries, que pour s'y occuper des moyens de déportation et d'exil contre une partie des détenus. Il en fut dressé des listes, dont nous ne connûmes l'existence que parle rapport du secrétaire général, M. Pierre , à qui des commis employés dans les bureaux particuliers de SaintJust , Coulhon et Robespierre , l'avaient déclaré.
Nous nous attendions de jour en jour à une attaque de la part des triumvirs , et nous apprîmes qu'ils voulaient préluder à un nouveau mouvement par le moyen des armées dites révolutionnaires de l'intérieur et par le moyen des repas civiques donnés en pleine rue.
C'est d'après ces données que le Comité me chargea du rapport sur le licenciement de ces prétendues armées révolutionnaires, qui s'étaient déjà
DE BAUERK. 209
permis, dans le Soissonnais , des actes révoltants d'oppression et de tyrannie. Je lis aussi le rapport qui abolissait ces prétendus repas civiques, destinés à engendrer des tumultes publics, et surtout à couvrir la marche et les progrès effrayants d'un nouveau mouvement révolutionnaire. C'est ainsi que les agents de Robespierre nommaient le coup d'état projeté.
Convocation des Comités révolutionnaires.
Ainsi , la fête de l'Etre Suprême, la tyrannique loi du 22 prairial, les menaces aux membres des doux Comités lors de la conférence générale , l'organisation d'un bureau extraordinaire qui, sous le nom de Comité de salut public , préparait des listes de proscription et de déportation par les mains de Saint-Just, Couthon et Robespierre; l'annonce d'un nouveau 3i mai , l'exagération des motions et discours aux Jacobins pendant les mois de prairial et de messidor, la prodigalité effrayante des supplices, la menace de nouvelles arrestations effectuées par tous les Comités révolutionnaires à la fois ; tout nous annonçait un grand orage prêt à éclater. Nous n'en doutâmes plus lorsque nous vîmes à la fin de ce dernier mois la convocation solennelle faite à la Maison commune de tous les membres des quarante-huit Comités révolutionnaires des sections de Paris.
Cette assemblée , de quatre ou cinfj renis foric, H. i4
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tionnaires, était aussi extraordinaire par la forme de sa convocation que par la nature des fonctions dont ses membres étaient revêtus. Ils ne pouvaient, en effet, se former en comité que dans leur propre section et pour leurs seules attributions. — Mes collègues me chargèrent de rédiger un rapport pour faire annuler cette convocation générale , et pour faire défendre à l'avenir de semblables réunions contraires à la paix publique et à l'institution des Comités révolutionnaires.
Dix-huit députés sauvés par le Comité de salut public.
Le décret que je fis rendre à ce sujet n'arrêta pas le cours des intrigues qui tendaient à faire périr un certain nombre de députés , à renverser les deux comités et à ajourner les séances de la Convention.
Tout marchait vers ce but, au club des Cordeliers comme au club des Jacobins. Tout semblait prêt pour un mouvement populaire déterminé par les agents de la Commune de Paris. Celle-ci employait, à payer de nouveaux troubles et de nouvelles proscriptions , les sommes mêmes que lui avait données le Comité pour fournir aux subsistances et aux approvisionnements de Paris.
On mit sous les yeux du Comité une liste que les partisans de Robespierre faisaient courir. Elle contenait les noms de dix-huit députés que ce der-
nier voulait mettre en étal d'accusation pour avoir outre-passé leur mandat et exercé la tyrannie dans les départements où ils avaient été envoyés en mission. Je me souviens de quelques uns de ces noms : Tallien, Fréron , Barras , Alquier, Dubois-Crancé, Monestier du Puy-de-Dôme , Prieur, Cavaignac...
Le Comité de salut public, qui, depuis l'effet dangereux et terrible produit par la mort de Danton, avait juré de s'opposer désormais, de tous ses moyens et d'un accord unanime, à toute accusation dirigée contre les membres de la Convention ; le Comité, dis-je, renouvela alors son serment, et convint de protéger les dix-huit députés contre les attaques de Robespierre et de Saint-Just. C'est ainsi que nous les sauvâmes. C'est grâce à cet appui que ïallien , dans la matinée du 9 thermidor, put interrompre la lecture du rapport de Saint- Just qui venait les dénoncer , et que ce même Tallien proToqua l'appel du Comité de salut public. — Nous fûmes cependant bien mal récompensés de cette résistance courageuse , car c'est parmi les députés sauvés par nous que se trouvèrent nos persécuteurs acharnés et nos prescripteurs aux jours lugubres de la réaction.
Domination de Robespierre. — Dénonciation sans résultat.
Quand les dispositions de la Commune et de ses agents secrets furent faites , le triumvirat crut pou-
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voir lever la lùte , et marcher audacieusement à son but : l'usurpation du pouvoir.
Ici commence un nouvel ordre de choses , mais horrible, exécrable , aussi affreux que le despotisme oriental , aussi sanglant que la guerre civile la plus cruelle.
Le 20 prairial , Robespierre a été fait président de la Convention ; il s'est créé pontife.
Le 2*2 prairial , après avoir mis la main sur l'encensoir, il a publié ses édits de Majesté , ses lois sanguinaires.
A la lin de prairial , il a mis en activité son tribunal de cannibales , qui , durant le mois de messidor, a couvert de sang, souillé de crimes la statue de la Liberté.
A la fin de messidor, il a dénoncé aux Jacobins
les membres du gouvernement : il a organisé la
rébellion communale contre l'autorité du peuple.
Le 8 thermidor, i! a mis la mainsur l'empire; un
instant, il n'y a plus de République.
Le 9 , il est jeté à l'échafaud avec tous les factieux qui , depuis le 3i mai , opprimaient , égor geaieul , déshonoraient la représentation nationale et le premier peuple du monde.
Cent fois, pendant ce trop long espace de six semaines, j'ai porté, du Comité dans mon appartement solitaire, le dégoût de l'existence , ce tœdium vitœ qui naît bien moins des maux qu'on éprouve que de l'impuissance qu'on se sent à faire cesser les maux publics et parlicuiiersdont on est témoin.
1)K lUKÈKE. 2l3
Comment, avec un peu de cœur, peut-on désirer de garder la vie au milieu de tant de crimes lâches, de cruautés impunies, de tant d'usurpateurs de réputations patriotiques? Xon , jamais je n'eusse consenti à garder le silence, ou à ne pas fuir mon poste, si je n'avais vu dans quelques hommes des Comités et de la Convention le même sentiment d'indignation et d'horreur contre cette insupportable tyrannie d'un homme régnant par l'enthousiasme dans un club, régnant par ce club dans la Convention , régnant par la Convention , «H surtout par la terreur, sur l'immense population de Paris.
Je résolus de mourir, mais de mourir avec gloire, en me plaçant parmi ceux qui voudraienl (['masquer ou détrôner Robespierre. Cette détermination prise , j'essayai une dénonciation contre le tyran , dans un rapport fait par moi à la tribune le 2 thermidor. Mais alors je fus seul , entièrement seul : ou l'on ne me comprit pas assez , ou bien , dans ce temps de calamité et de terreur, personne dans ce sénat 11 osa ramasser les armes que je jetai au milieu de l'arène.
Robespierre demande aux Comités rétablissement de quatre tribunau:!C révolutionnaires. — Saint- Just propose la dictature.
Dans les premiers jours de messidor, Saint-Just et Robespierre demandèrent une assemblée extraordinaire pour des propositions essentielles el
qui exigeaient la réunion des deux Comités de salut public et de sûreté générale. — La séance s'ouvrit à dix heures du matin. — Robespierre propose d'abord l'établissement de quatre tribunaux révolutionnaires. Cette proposition indigne tout le monde : mais on écoute l'orateur ; on ne fait ressortir que les principales raisons qui s'opposent à de si terribles mesures. Cependant, pour connaître toute sa pensée et ses projets ultérieurs, on demande si c'est à ce plan d'établissement pénal que doivent se borner les délibérations.
Pressés dans leurs retranchements , Lebas et Saint-Just prennent successivement la parole pour exposer la nécessité de réprimer avec force les ennemis du peuple, qui sont au moment de triompher et de renverser l'œuvre de la liberté. — C'est Saint- Just qui parle en second lieu ; mais ses termes sont moins vagues. « Le mal est à son comble , dit-il ; >■> vous êtes dans la plus complète anarchie des pou- » voirs et des volontés. La Convention inonde la w France de lois inexécutées , et souvent même in- » exécutables. Les représentants près des armées » disposent à leur gré de la fortune publique et » de nos destinées militaires. Les représentants en » mission usurpent tous les pouvoirs , font des lois » et ramassent de l'or auquel ils substituent des » assignats Comment régulariser un tel désordre » politiqu.c et législatif? Pour moi , je le déclare » sur mon honneur et ma conscience , je ne vois » (pi'un moyen de salut : ce moyen, c'est laconcen-
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» tration du pouvoir , c'est l'unité des mesures de » gouvernement, c'est l'énergie attachée aux insti- » tulions politiques dont les anciens firent un si » utile usage. » — L'impatience gagnait déjà tous les membres des deux Comités. Expliquez-vous^ où voulez-vous en venir? s'écrie-t-on de toutes parts. — Saint-Just reprend, avec ce flegme qui est le caractère du machiavélisme et de l'amljition concentrée : « Eh bien , je m'explique ! il faut une « puissance dictatoriale autre que celle des deux » Comités ; il faut un homme qui ait assez de » génie , de force , de patriotisme et de générosité » pour accepter cet emploi de la puissance pu- » blique ; il faut surtout un homme doué d'une » telle habitude de la révolution, de ses prin- » cipes , de ses phases , de son action et de ses di- » vers agents , qu'il puisse répondre de la sûreté w publique et du maintien de la liberté; il faut, » enfin , un homme qui ait en sa faveur l'opinion » générale, la confiance du peuple , et qui soit , en «effet, un citoyen vertueux et inflexible autant » qu'incorruptible. Cet homme , je déclare que » c'est Robespierre : lui seul peut sauver l'État. Je » demande qu'il soit investi delà dictature, et que ^> les deux Comités réunis en fassent dès demain » la proposition à la Convention. «
Le parti de Robespierre , dans cette assemblée des deux comités, se composa de Saint-Just , Couthon , Lebas, et d'un homme célèbre dans les arts, que mon respect pour son grand talent ne me
2l(^ Mli.MOiKKS
permet pas de nommer. La nature de son génie , porté vers d'autres objets que les hauteurs de la politique, doit l'absoudre de cette opinion.
Nous trouvâmes les dictateurs un peu précoces , et nous nous élevâmes avec force et même avec dérision contre cette institution peu conforme à nos mœurs , à nos habitudes , à nos principes, et totalement subversive du système adopté par la Représentation nationale.
Après une discussion vive et courte, les dictateurs, honteux et dépités, se virent éconduits à l'unanimité, déboutés de leur proposition de dictature par un ordre du jour qui fut comme une déclaration de guerre à mort.
jOiscours de iÀobeijjicrre à la Convention, le 8 iherajidor.
\i\\ effet, 'trois jours après (i), le 8 thermidor , les dictatoriaux dressèrent leurs batteries à la Convention par un discours très mielleux que lit Robespierre, et dont, pour le mieux perdre, plusieurs membres demandèrent l'impression et
(1) Ilost éviiient que Baière a commis une erreur dédale en disant un peu plus haut que cette réunion générale des deux comités eut lieu d.ms les premiers jours de messidor; c'est de thermidor qu'il voulait dire, puisqu'il ajoute ici que, trois jours après, Mohcspierre prononça son discours du 8 thermidor. Nous aurions plus d'une erreur de ce genre à relever, si nous n'avions adopté pour syslème de ne pas fatiguer r;illenlion du lecteur par des observations de détail. {NotedeVÊdiipur.)
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l'envoi dans les départemenls. On y voyait percer la dictature projetée , à travers une foule d'accusations indirectes et artificieuses contre le comité et même contre les membres de la Convention. Moi-même je crus devoir appuyer la demande de l'impression du discours pour neutraliser l'eflCet qu'il avait produit dans les tribunes trompées , et pour éclairer Paris et les départements sur cette intrigue puissante qui menaçait de tout envahir et de tout usurper.
lie club de.i Jacobinf .
Le soir du même jour, le club des Jacobins clait plus nombreux que de coutume ; les motions les plus violentes s'y succédèrent jusqu'à plus de minuit contre la Convention et surtout contre les membres du Comité de salut public. La véhémence des débats , le fanatisme des opinions et la multiplicité des dénonciations étaient portées à un tel degré, que Collot et Billaud , qui eurent la curiosité indiscrète d'aller assister à cette orageuse séance, manquèrent d'en être les victimes. Ils revinrent, à minuit, au comité où ils racontèrent tout ce qui s'était dit; ils nous apprirent que la fureur du club était si grande qu'il s'agissait de venir dans la nuit se défaire des membres des deux comités.
Nuit du 8 au '.) thermidor. — Offre de M. Xiecointre , notaire.
De notre côté , nous délibérâmes fort tranquillement sur les mesures de salut public à prendre dès le lendemain , et sur les proclamations et décrets à proposer à la Convention. Je fus chargé de ce travail , et je m'en acquittai avec un empressement tel que, vers les trois heures de la nuit, je soumis au Comité le projet de décret tendant à briser dans les mains des triumvirs tous les leviers de la force armée , de la Commune et des quarante-huit sections de Paris. Je lui lus ensuite le projet de proclamation aux habitants de Paris, ainsi que la suite des mesures à prendre pour mettre en accusation les triumvirs et les agents connus du projet dictatorial , objet des voeux des Jacobins.
Vers les trois heures du matin , Cambon vint au Comité avec un chef de bataillon de la rue Meslay, commandant cette section qui paraissait dévouée à la Convention. Ce chef de bataillon était M. Lecoinlre, notaire; il connaissait les projets homicides dont il avait entendu les provocateurs au club des Jacobins. 11 venait nous dire que cette nuit même ces forcenés devaient entrer dans le Comité ouvert de tous cotés , et qu'aucune force ne défendait : il nous offrait le bataillon de sa section pour veiller à notre sûreté et nous défendre contre les Jacobins. Ces misérables en vou-
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laienl principalement au Comité de salut public. Cambon insista pour qu'on acceptât cette offre : nous nous y refusâmes en disant que nous croyions n'avoir rien à craindre de ceux qui se disaient amis de la liberté ; que , quant aux assassins, nous ne les avions jamais redoutés, parce que la Convention contenait six cents députés prêts à nous remplacer dans les comités du gouvernement: un corps représentatif ne meurt jamais. Le notaire , chef de bataillon , fut remercié de son zèle et de son dévouement; il le méritait bien. Il fut d'ailleurs témoin de noire déiiiiération et de notre courage.
9 thermidor. — Discours de Aobespierre.
Enfm le soleil du 9 thermidor vint éclairer toutes ces trames ourdies dans les ténèbres de l'ambition démagogique et de la tyrannie dictatoriale.
Plusieurs objets urgents, concernant les armées qui s'avançaient en triomphe dans la Belgique , et qui, d'un autre coté chassaient les coalisés , et les menaient battant sur toutes les frontières , occupèrent le Comité de salul public dans la matinée de ce jour mémorable. La Convention, qu'avaient allarmée les vociférations et les menaces des Jacobins , avait ouvert sa séance à dix heures. Saint- Just n'avait point paru au Comité , quoiqu'il eût fait annoncer qu'il lui soumettrait un rapport ; mais la duplicité de son caractère et l'astuce de
Robespierre en avaient autrement décidé. Aussitôt que le procès-verbal de la séance de la veille eut été lu , Saint-Just monta furtivement à la tribune et se mit à lire à la Convention un discours dans lequel il avait la lâcheté d'attaquer la conduite des membres du Comité en leur absence, et sans qu'aucun de ses membres fût prévenu d'une pareille dénonciation pour y répondre. C'est ce discours que Tallien interrompit un instanl , unique service qu'il rendit dans cette journée, dont il a voulu ensuite s'attribuer tous les honneurs.
Robespierre , mieux frisé et poudré que de coutume , est il sa place près de la tribune; il épie l'effet que le discours va produire. Lorsque Saint- Just en vient à cette page oij il dénonce les opinions et les travaux du Comité, l'étonnement, puis l'indignation causée par tant de lâcheté et d'injustice, font éclater quelques murmures dans TÂssemblée. Tallien , qui sait bien qu'il est du nombre des dix-huit députés proscrits, et dont l'accusation doit être mise en délibération ce jourlà même, après l'attaque dirigée contre le Comité qui a défendu la vie de ces dix -huit députés , Tallien , dis-je , profile, avec autant d'habileté que de courage , de ce premier moment d'improbalion publique pour se plaindre de ce que Saint-Just attaque les membres du Comité en leur absence ; il demande que le discours soiî suspendu jusqu'à ce qu ils aient été avertis de se rendre sur-le-champ dans l'Assemblée.
DE BARÈRK. liîl
Voilà, je le répète, la soiilc |)ari ([ue Tallieii ait eue aux événements du 9 tliormidor. Ce fait simple était trop connu alors du public , pour qu'on lui attribuât la grande inlluence que les agents de Co blenlz , arrivés à Paris , et ses amis de contrerévolution , ont cherché à lui prêter depuis , avec l'intention de le rendre puissant dans l'opinion et les passions du parti réacteur qui domina jusqu'au i3 vendémiaire.
JâC Comité se rend à ia Convention.
Dès que l'huissier de la Convention nous eut avertis , nous nous rendîmes tous à la séance. Je ne fus pas des derniers; j'étais cliargé de combattre ces ambitieux dictateurs. En entrant dans la salle , j'obtiens la parole pour des mesures de sûreté générale. Saint-Just veut soustraire son discours à la réfutation du Comité ; mais plusieurs députés demandent que la lecture en soit continuée, et qu'ensuite il soit signé par son auteur et déposé sur le bureau pour faire partie du procès-verbal.
Après ces préliminaires , je monte à la tribune; j'allais présenter le décret sur la force armée des sections , lorsque Robespierre accourt , et se place à côté de moi , en demandant très poliment la parole à ce qu'on appelait /e centre ou le marais de l'Assemblée. Il comptait sur cette majorité qui a toujours eu une grande force de nond»re et d'inei-