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Sous ce titre singulier, je rappelais à tous les députés de la Convention les motions qu'ils avaient présentées, les opinions qu'ils avaient émises et les décrets qu'ils avaient fait rendre ; je comparais lous ces faits avec leur conduite actuelle et avec leurs accusations contre moi.
6° Un discours sur mon procès ; discours que je croyais pouvoir prononcer à la tribune vers la fin des débats de cette procédure , mais qui est resté dans mon portefeuille en manuscrit.
Avant ma défense à la tribune j'avais publié sept numéros d'observations contre le rapport passionné et partial de Saiadin. Les détails relatifs à ces observations et aux faits qui en suivirent la publication , sont exposés dans les quatre pages de la note ci-jointe écrite le 92 février 1796 (ventôse, an m).
ITote sur les observations que je publiai pour me défendre contre le rapport de Saiadin, président et rapporteur de la commis» sion réactionnaire des vingt et un (1).
Le tableau des proscriptions anciennes et modernes encourues par les défenseurs de la liberté et de l'égalité , se déroula devant mes regards rapide comme la pensée, et j'entrepris dès lors les sept numéros de ma défense que j'ai publiés successivement et qui auraient dessillé les yeux aveuglés et dissipé les préventions publiques, s'il y
(1) Passage intercalé.
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avait contre elles un autre remède que le temps et les événements. A Paris qui est-ce qui lit les justifications? qui est-ce qui ne prétend pas être juge des accusations ?
Je travaillai aussi à un discours de/èmi/ d^ns lequel je retraçais l'incroyable et odieuse marche de cette espèce de procédure commencée six fois contre nous , et plus digne, par ses formes , de l'inquisition de Madrid que du premier sénat de l'univers. J'y démontrai, parles faits, les événements, et les travaux de dix-huit mois consécutifs, que celui qui avait consacré tous ses instants à la prospérité du peuple , à l'accroissement de la fortune publique, à l'agrandissement des vues nationales, à l'exaltation de l'énergie populaire , à la gloire des armées , à l'éducation primaire et à l'illustration de la marine républicaine , ne pouvait pas être un tyran du peuple. J'y démontrai que celui qui n'avait cessé de défendre l'unité et l'intégrité de la représentation nationale, à toutes les époques périlleuses, qui, dans tous ses travaux publics ou particuliers , n'avait cessé de célébrer cette autorité première , d'en poursuivre , d'en dénoncer les avilisseurs , d'en démasquer les ennemis les plus ardents , d'en signaler les amis hypocrites , ne pouvait pas être l'oppresseur de cette même Représentation nationale.
Combien on était loin de penser , le 1 2 germinal, que, tout-à-coup proscrit sans être entendu ., jn^e sdiis juij^ement , condamné sans crime ^
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un citoyen mallieureux, accusé par des contre révolutionnaires, serait enlevé brutalement de la tribune nationale! L'instrument de ces rigueurs fut un nommé Lefèvre, capitaine de la garde nationale de la section des marches. Cet officier , sans ordre écrit et avec un zèle amer que l'aristocratie peut seule inspirer, me renferma dans ma chambre, en renvoyant celui de mes concitoyens qui y avait passé la soirée , et s'occupa à établir , dans les appartements qui entouraient ma chambre , des patrouilles bruyantes chargées de tourmenter mon sommeil pendant toute la nuit Je
m'arrête , ma plume ne peut retracer aujourd'hui tous les maux que les sous-ordres royalistes voulurent me faire pendant cette nuit ; j'aime mieux reporter mon souvenir vers ce moment heureux où la veille au soir nous formions à deux le projet d'aller habiter, ce printemps, une petite et modeste maison rustique aux environs de Meudon. Alors , encore , on ne cessait de me dire que tout irait bien dans les affaires publiques , que la justice n'était pas inutilement à l'ordre du jour; que l'on avait la meilleure opinion de l'issue d'une affaire qui n'aurait jamais dû naître, et encore moins se reproduire depuis l'acte éclatant de justice rendu le 1 3 fructidor.
J'ignorais tout ce qui se passait dans' Paris le 12 germinal. Je travaillais à ma défense personnelle, lorsque la foudre vint me frapper presque dans les bras de l'amitié consolatrice. Je ne me
plains pasd'ùlre sacrifié à la patrie, si ce sacrifice peut lui ôlre utile ; mais je me plains d'être confondu avec les tyrans de cette patrie , que j'ai servie de toutes mes facultés physiques et morales , et que j'aimerai toujours tant que je vivrai. Telle est la profession de foi de ce cœur qui adore la liberté , qui est plein de l'amour de la patrie , de cette France, qui aura la dernière pulsation de mon cœur, au fond de quelque désert de l'Afrique ou parmi les peuplades sauvages. J'ai long-temps attendu justice de mes contemporains, mais aujourd'hui tout espoir est perdu ! Je voulais décrire tout ce qu'on m'a fait éprouver dans cette pénible route de la déportation ainsi que les sentiments délicieux qui me rapprochent de mes amis; mais depuis quelque temps je sens mon âme défaillir ; de noirs pressentiments m'obsèdent la nuit; et le jour je ne vois aucune probabilité de revoir mon pays. J'ai brisé ma plume.
lies anciens membres du Comité de salut public accusés devant la Convention. — Felet de la Iiozère , Collet, Billaud.
Enfin , l'heure de mon accusation publique sonne. Je suis amené par les gendarmes à la Convention. On me place , en attendant l'ouverture de la séance , dans le cabinet du président , situé derrière son fauteuil.
Pelet de la Lozère était président à cette époque. Toujours obscur et silencieux dans la Convention,
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il avait été mis en lumière par la réaction. La conversation s'engagea bientôt entre nous. Je lui témoignai mon indignation de ce qu'après tant de travaux , après tant de services rendus à la chose publique , tant d'éloges donnés à ma conduite par la Convention , je dusse être ainsi voué au déplorftble rôle d'accusé ; de ce qu'on m'appelait oppresseur de mon pays , moi qui lui avais consacré , avec un dévouement et un désintéressement complet , les plus belles années de ma vie , mes veilles , ma fortune et mon existence tout entière. — Que voulez-vous faire contre la force des choses? Il y a des personnes qui ont beaucoup souffert ; elles se plaignent: il faut immoler quatre membres d(^la Convention nationale pour la sauver. — Vous parlez comme Pilate, lui répondis-je; vous parlez plutôt comme le président des Juifs que comme le président des Français. — Notre conversation se termina à ces mots. Voilà la morale des réacteurs.
La séance s'ouvre : les débats de notre cause commencent ; ils n'auraient jamais dû commencer, si l'on n'avait pas voulu établir en principe Vingratitude publique. Collot crut devoir disposer la Convention en sa faveur par un discours général sur les événements qui avaient amené les principaux actes du gouvernement depuis le commencement de 1793 jusqu'à la fin de 1794- ïl eut des mouvements d'éloquence très remarquables; mais il parlait à des passions qui sont toujours sans entrailles et sans oreilles. Billaud présenta de cour-
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tes observations qui tondaient à justifier avec courage les opérations que les circonstances les plus impérieuses avaient obligé le Comité de faire pour sauver la patrie en danger.
Ma défense.
La séance , renvoyée au lendemain , semblait destinée à l'examen de ma conduite : aussi , quand elle s'ouvrit , je demandai , après un exorde aussi court que modeste , que le président voulût bien me faire lire par un secrétaire les divers griefs , afin qu'il me fût permis de les réfuter successivement , et avec un ordre propre à faire entendre au milieu des passions contraires la justificationlégale de trois membres du Comité choisis par l'accusation , sur neuf membres qui avaient pris part aux mômes travaux.
Je fus accusé d'abord d'avoir rempli la France de Comités révolutionnaires , de prisons et de tribunaux pour juger les détenus.
1" Pour me justifier sur ce point, je déroulai devant l'Assemblée les divers décrets d'où étaient résultées toutes ces mesures de répression qui avaient dégénéré en tyrannie.
2° Je montrai que c'était à Jean Debry que l'on devait la motion tendant à établir ces nond)rcux Comités révolutionnaires qui surgirent au mois de novembre 1792. Le Comité de salut public n'existait pas encore.